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Algérie : la fin de la rente pétrolière ?

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Algérie : la fin de la rente pétrolière ?

Depuis maintenant quatre ans l’Algérie voit ses réserves de change fondre. La faute à un prix du baril de pétrole trop bas pour couvrir les dépenses de l’Etat soucieux de maintenir la paix sociale dans le pays. Les temps fastes semblent révolus. Comment le régime algérien, qui s’est construit sur la rente pétrolière, appréhende ce changement ? Analyse de l’économiste Alexandre Kateb.

Les hydrocarbures représentent aujourd’hui  près de 30% de la richesse du pays. Ils comptent pour 98% des exportations, et rapportent environ 70% des rentrées fiscales de l’Etat. Le niveau de vie des Algériens et la santé économique du pays se calquent aujourd’hui sur les prix du baril de pétrole. Alexandre Kateb est économiste. Il fut un temps membre d’une délégation d’économistes chargés en 2016 par le Premier ministre Abdelmalek Sellal de réfléchir à un nouveau modèle de croissance pour le pays, beaucoup moins dépendant du pétrole et du gaz.

Alexandre Kateb est économiste, spécialiste des économies émergentes.

Alexandre Kateb est économiste, spécialiste des économies émergentes.
Libre de droit.

En 2014, le baril de pétrole était tombé à 45 dollars contre plus de 100 dollars au début des années 2010. Le gouvernement algérien avait estimé à l’époque qu’une remontée des prix du baril autour de 70 dollars lui permettrait de retrouver un équilibre budgétaire. Or le prix actuel avoisine ce montant et l’Algérie continue de voir ses réserves de change baisser. Elles se sont erodées de plus de 9 milliards de dollars en six mois. Comment l’expliquer ? 

Alexandre Ketab : les réserves de change qui étaient proches des 200 milliards de dollars ont fondu de moitié en quatre ansLe gouvernement, ces derniers temps, a fait le choix d’une politique expansionniste pour tenter de maintenir la paix sociale et la remontée du prix du baril de 45 à 70 dollars est insuffisante pour couvrir toutes ces nouvelles dépenses. On construit des logements, des infrastructures et on distribue des subventions. On relance la dépense publique. Cette politique permet pour l’instant d’assurer un certain calme, et le pouvoir en place pour des raisons politique ne changera pas de trajectoire. Les élections présidentielles ont lieu dans quelques mois en avril prochain. Mais cette politique a des incidences budgétaires énormes et les finances de l’Etat pourraient être à sec d’ici à 24 mois si le gouvernement ne change pas de trajectoire. Le pays fait tourner la planche à billets actuellement. L’inflation est de retour. Le pouvoir actuel se retrouve donc devant un choix difficile, presque impossible. Le gouvernement veut assurer la pérénité financière de l’Etat et aimerait changer de politique budgétaire et mettre fin aux subventions publiques. Mais le risque d’un embrasement social est grand. Les mouvements sociaux de 2016-2017 ont fréiné les plans de rigeur. Il faudrait que le baril de pétrole puisse remonter à près de 100 dollars pour résoudre à court terme les difficultés budgétaires sans déclencher des mouvements sociaux durs. Mais cela ne risque pas d’arriver.

Pourquoi le plan de relance ne permet pas de relancer réellement l’économie du pays et ainsi la rendre moins dépendante des revenus liés à l’hydrocarbure ?

Cela tient à la faiblesse du secteur privé en Algérie. Le pays est nourri exclusivement aux subventions publiques. Les crises successives ont affaibli durablement l’appareil productif privé algérien. Le pays importe et produit peu en dehors des hydrocarbures.Le pouvoir a donc confié à des prestataires étrangers les travaux d’infrastructures, notamment la construction d’autoroutes à des entreprises chinoises. Cet argent public n’a pas donc irrigué le secteur privé algérien et donc l’emploi local et la croissance.

Que faudrait-il donc faire pour développer ce secteur privé algérien ? 

Il faudrait réduire le poids de la dépense publique dans l’économie du pays. Il faudrait libéraliser, privatiser certains secteurs de l’économie. Bref donner une place aux entreprises privées !   Mais est-ce que le gouvernement en a réellement l’envie ? Des personnes haut placés au sein de l’Etat entretiennent des logiques corporatistes.  Et il est très compliqué de se défaire d’une logique de rente. L’argent public fait vivre de nombreuses perosnnes dans le pays.

Le gaz algérien est confronté à la concurence russe, américaine et qatari.

Le gaz algérien est confronté à la concurence russe, américaine et qatari.
AP Photo/Alfred de Montesquiou

Le pouvoir central est tenté de développer d’avantage ses exportations d’hydrocarbures, notamment en développant le gaz de schiste dans le sud du pays. Est-ce que cette option peut sortir le pays de l’impasse budgétaire ? 

Le développement du gaz de shiste rencontre l’opposition d’une partie des populations locales. En outre l’exploitation de ce gaz demande des investissements lourds. Le gaz de shiste ne pourra être réellement exploité que dans 5 à 10 ans. Les prix du gaz restent très volatiles avec la concurence russe, qatari et américaine. Le pouvoir en place n’a pas cinq ans devant lui aujourd’hui ! Le régime n’est même pas assuré de survivre si le baril monte à 100 dollars.

Que risque t’il d’arriver ? En 1986, les prix du baril de pétrole se sont effondrés, entrainant une recession économique. Deux ans plus tard, les émeutes populaires de 1988 entrainaient la victoire électorale du Front islamique du salut ? Le pays peut-il connaître à nouveau des heures sombres ? 

La population ne veut pas revivre les années noires. Et les Algériens sont assez peu politisés. Le pouvoir doit être fort et  assumer une politique de transition d’une économie dépendante de la rente pétrolière à une économie plus ouverte. Cette transition ne se fera pas sans heurts notamment sociaux. Elle pourrait également changer la nature du régime politque car celui-ci s’est construit sur la rente pétrolière. Un secteur privé pourrait ainsi émerger et le pouvoir en place se verrait obligé de composer avec celui-ci.

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Sénégal : Le consultant pétrolier Bachir Dramé alerte : « Manque de communication de l’Etat sur le pétrole et le gaz »

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Sénégal : Le consultant pétrolier Bachir Dramé alerte : « Manque de communication de l’Etat sur le pétrole et le gaz »

L’expert Pétrolier et consultant international,  Bachir Dramé dans une courte et précise contribution, alerte les autorités sur les conséquences de leur manque de communication sur le pétrole et le gaz. Voici l’intégralité de sa missive.

Bonsoir à tous. Permettez moi de vous parler par devoir de vérité pour mon pays le Sénégal. Un pays à la croisée des chemins avec les importantes découvertes du Pétrole et du gaz. Ces découvertes aux enjeux multiples. Le premier de ces enjeux réside dans l’impérieuse nécessité de communiquer juste et vrai.
Ceci est le gage de notre sécurité à tous, de l’intégrité du territoire, de l’assurance de l’avenir de nos enfants.

Cela relève de la responsabilité du Président de la République et de son gouvernement, de ses institutions dédiées. Il faut impérativement travailler à éloigner le spectre de la malédiction du Pétrole. A ce jour, beaucoup de nos compatriotes se posent des questions sans réponses pertinentes. A quoi sert le Cos Petrogaz ? Pourquoi ceux qui sont payés par l’argent du contribuable refusent d’aller parler aux sénégalais, pour leur apporter les bonnes réponses face aux nombreuses assertions et questionnements ? Pourquoi les jeunes en quête d’emploi n’ont pas senti les innovations majeures apportées dans le secteur ?

Pourquoi les intermédiaires venus d’ailleurs veulent contrôler le contenu local avec la bénédiction de certaines multinationales pendant que les sénégalais restent suspendus aux décrets d’application ? A qui profite tout cela ?
Ceux qui ont la responsabilité de conduire les destinées du Pétrole après les grandes annonces ont aussi la responsabilité de nous apporter les éclairages idoines. Juste par devoir de vérité.

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Pierre Lhermitte sur le pétrole : “le contenu local doit être compétitif“

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Pierre Lhermitte sur le pétrole : “le contenu local doit être compétitif“ | Or Noir Africa

Consultant spécialisé dans le secteur pétrolier africain, Pierre Lhermitte estime qu’il faut que le contenu local s’inscrive dans une logique rationnelle de compétitivité et de création de valeur. Entretien.


Comment devrait-on vous présenter ? Quel est votre rôle dans la chaîne de valeur du pétrole ?


Je suis un consultant international, passionné par les problématiques de création de valeur en Afrique et spécialisé dans le secteur pétrolier. Aujourd’hui, je mets mes compétences au service des États Africains pour les aider à tirer le meilleur parti de leurs réserves de pétrole et de gaz. Officier de Marine Marchande, j’ai passé la première partie de ma carrière principalement dans la salle des machines, passant progressivement des navires de commerces aux plateformes de forage avant de rejoindre le groupe Total comme spécialiste marine puis comme responsable logistique. Cette deuxième étape professionnelle m’a permis de passer plus de 10 années au cœur des opérations pétrolières amonts et de découvrir un monde d’excellence et de défis techniques toujours plus audacieux mais aussi de gaspillage et d’inefficience systémique.

Après un passage à l’INSEAD, pour un Executive MBA, je me suis résolu à tenter de comprendre les mécanismes d’escalade des coûts pétroliers. Rapidement, il m’est apparu que les premières victimes des surcoûts sont les pays producteurs africains puisque l’immense majorité des moyens de production y sont importés. Le contenu local s’est alors imposé comme une évidence, mais je n’ai pas souhaité proposer mes services aux États africains sans retourner de nouveau à l’école, à Sciences Po cette fois, pour un Master de Politique et Management du Développement spécialisé sur l’Afrique.

Aujourd’hui cette triple casquette technique, business et politiques publiques me permet de contribuer à l’élaboration de stratégies nationales visant non seulement à maximiser la valeur ajoutée des projets pétroliers et gaziers, mais aussi à écarter les effets secondaires dramatiques, communément regroupés sous le terme malédiction du pétrole. Ceci m’assure aujourd’hui des missions passionnantes pour lesquelles je me sens d’autant plus à l’aise que j’ai rejoint récemment le cabinet de conseil Performances et que je peux désormais m’appuyer sur l’expérience de ce groupe qui travaille depuis 25 ans à la transformation des économies africaines, et de son dirigeant, Victor Ndiaye qui a su bâtir le premier cabinet africain de classe mondiale.


La société civile africaine estime en général que les contrats de partage pétroliers sont déséquilibrés ? Qu’en est-il ?

La société civile a raison d’être exigeante mais pour répondre à votre question, je vous propose un petit retour en arrière pour observer l’évolution du partage de la richesse entre les compagnies pétrolières et les États hôtes. Ce retour nous permet de constater qu’avant la généralisation des contrats de partage de production, le système prévalent était le régime de concession. Dénué de tout risque pour le pays hôte, les premières concessions se sont néanmoins révélées extrêmement désavantageuses pour des pays qui, peu conscients de la valeur des réservoirs, acceptaient des rentes forfaitaires ou un fixe par baril. L’addition de majoration de la rente en cas de hausse des cours à quelque peu réduit le déséquilibre mais la véritable avancée eut lieu dans les années 60 avec l’apparition en Indonésie du premier contrat de partage de production.

Ce type d’accord, majoritairement utilisé aujourd’hui, constitue un véritable partenariat entre le groupe de compagnies pétrolières d’une part, comprenant éventuellement la compagnie nationale, et l’État producteur, d’autre part, qui prend désormais sa part de risque technique et commercial. Le mécanisme général de ce type de contrat est très simple : le groupe entrepreneurs avance les investissements et conduit les opérations pétrolières pour assurer la production. Cette production sert en premier lieu à rembourser les coûts pétroliers, avant que le solde, appelé profit pétrolier, ne soit partagé entre l’État et le groupe de compagnies pétrolières.

Aujourd’hui, on peut schématiser en disant que dans les cas les moins favorables, le profit est partagé à 50/50 entre les deux parties, mais que le plus souvent, l’État producteur est majoritaire. Il est sans doute possible de toujours faire mieux mais en l’état actuel des choses, je ne pense pas qu’on puisse dire que le partage est déséquilibré mais qu’il reflète au contraire, l’équilibre d’éléments fondamentaux qui sont la propriété légitime de la ressource d’un côté, et de l’autre, le savoir-faire, le financement et le risque découverte. Ce n’est donc pas le moment de crier au scandale mais plutôt celui d’œuvrer sans relâche pour modifier cet équilibre entre les parties. Rappelons que c’est, entre autres, la connaissance du réservoir qui a permis aux pays producteurs de passer avec succès des contrats de concessions aux contrats de partage de production et que ce sera la parfaite maitrise du forage et des architectures pétrolières qui leur permettra d’évoluer vers des contrats de services plus avantageux. C’est à ce titre qu’il convient de saluer la création au Sénégal, de l’Institut National du Pétrole et du Gaz qui vise à éliminer l’asymétrie d’information et de formation.


Quel rôle joue la fiscalité dans l’équilibre entre les parties ?

La fiscalité est un outil potentiellement puissant mais n’étant pas fiscaliste, je ne rentrerai pas dans les détails et me bornerai à rappeler qu’il s’agit avant tout d’un levier de répartition interne des revenus tirés des hydrocarbures. En effet, si on prend la vue d’ensemble, la valeur d’un réservoir de pétrole ou de gaz sera partagée entre trois classes d’acteurs : les fournisseurs, les compagnies pétrolières et l’État. Que ce dernier tire ses revenus d’une part de production en nature, de plus ou moins de redevances ou d’impôts sur les bénéfices ne modifie pas nécessairement le montant total de la valeur qui lui revient. Il n’y a donc pas de formule unique qui permette de maximiser le revenu total de l’État mais une chose certaine est qu’il est impératif de coordonner les différentes exigences légales, contractuelles et fiscales.

Car du côté des compagnies pétrolières, l’appréciation financière d’un projet est consolidée dans une feuille de calcul compilant l’intégralité des éléments avec pour résultat, un avis “Go / no Go“. Seule une approche similaire de la situation peut permettre aux pays hôtes de laisser à leur partenaire le juste profit correspondant au savoir-faire et au risque encouru. Des exigences trop basses amènent au sacrifice d’une portion de la valeur de l’État alors que des demandes exagérées provoquent la fuite des compagnies exploratrices vers d’autres horizons. C’est seulement après avoir défini une valeur cible globale que doit s’établir la stratégie de répartition entre les impôts et taxes, la part de production, les redevances éventuelles et autres dispositions diverses. En ce qui concerne les impôts, un élément déterminant pour un État est sa capacité réelle à taxer des acteurs parfois experts en optimisation fiscale.


Quelles sont les autres pistes pour les pays africains pour créer de la valeur ?

Une fois fixés les termes du contrat pétrolier, les compagnies pétrolières deviennent les partenaires stratégiques des États hôtes et leur partenariat, s’il fonctionne bien, peut entrainer une création de valeur de supplémentaire, notamment en luttant ensemble pour la maitrise des coûts pétroliers, c’est-à-dire en évitant de laisser une part trop importante aux fournisseurs. Aujourd’hui encore, malgré des efforts de rationalisation consécutifs à la chute du baril, les moyens de production restent trop nombreux et sont facturés à des tarifs qu’aucune autre industrie n’accepterait de payer. Nul ne saurait être blâmé pour cela car le problème est non seulement mondial mais aussi systémique.

Pour les pays africains cependant, la sanction est double puisque l’immense majorité de ces moyens de production est toujours massivement importée. Prenons l’exemple d’un navire ravitailleur superflus : dans le Golfe du Mexique, ce navire probablement construit aux États-Unis contribuera à faire tourner l’économie américaine, alors que dans le cas d’un pays africain, il s’agira d’une perte sèche. Ce constat désolant a motivé les campagnes audacieuses de contenu local observées avant 2014, visant à “recycler“ une plus grande partie des coûts dans les économies nationales des pays producteurs. Le succès technique est incontestable et l’Angola ou le Nigéria, pour ne citer qu’eux, ont montré au monde entier la capacité de pays africains à relever des défis techniques de premier plan.

Au niveau économique, en revanche, le bilan est plus mitigé, et c’est là un euphémisme. Faute de stratégies de création de valeur, ces initiatives ont généralement abouti à des augmentations de coûts et, trop souvent, à une destruction de valeur pour les pays concernés. Pour éviter cela, le développement du contenu local ne doit pas retarder, ni renchérir la production des hydrocarbures, sauf vision stratégique à long terme. Je recommande donc de tempérer les ambitions d’une touche de réalisme et de conquérir la chaine de valeur “bottom up“. Il y a énormément à faire dans les services et notamment la logistique, et ces services ont, en outre, l’avantage de pouvoir être transposés à d’autres secteurs productifs et de favoriser ainsi la diversification des économies.


Au sujet des coûts justement, quel est le coût moyen de production du pétrole africain comparé à celui du Moyen Orient ou d’autres régions du globe ?

Le pétrole saoudien, produit principalement à terre, est, encore aujourd’hui, le plus facile à produire et donc le moins cher du monde. En comparaison, le pétrole africain, issu en grande partie de champs situés en mer dans des eaux de plus en plus profondes nécessite des investissements beaucoup plus importants et sa production qui nécessite plusieurs années de développement, coute plus cher. Abstraction faite du facteur qualitatif, le pétrole saoudien bénéficie donc d’un avantage compétitif évident.

Pourtant, ce n’est pas nécessairement d’Arabie Saoudite que vient le danger mais plutôt des États-Unis avec le développement récent de pétrole de schiste. Cette production supplémentaire inattendue, rendue possible par les techniques de fracturation, est venue bousculer l’équilibre entre l’offre et la demande, et reste l’une des causes principales du prix relativement bas qu’on observe actuellement.

Ce pétrole non conventionnel, encore cher à produire mais exempt des investissements initiaux massifs qui caractérisent le pétrole conventionnel offshore africain, risque de continuer à peser sur les marchés même s’il est évidemment impossible de prévoir l’évolution des prix tant les facteurs en jeu sont nombreux. Pour tenter d’anticiper l’offre future de ce pétrole non conventionnel, il faudra d’un côté, suivre les progrès techniques à même de réduire les coûts de production et d’améliorer le taux de récupération, et de l’autre observer la complexité grandissante et la distance croissante vers les réseaux de distribution des réservoirs restant à produire.


Concrètement, quel avenir pour le pétrole africain ? 

La question qui se pose avant tout est quel est l’avenir du pétrole en général. Il existe de nombreuses études et les scénarios associés vont d’une flambée des prix à pétrole bon marché en passant par autant de valeurs moyennes. Par ailleurs, rien n’interdit de penser qu’une innovation radicale motivée par des contraintes environnementales croissante ne viendra pas un jour rendre cette matière première définitivement obsolète. A l’inverse, une autre invention pourrait lui trouver un nouvel usage et le rendre encore plus indispensable. Il est donc extrêmement difficile de se positionner avec certitude et il sera de plus en plus nécessaire d’adopter des stratégies flexibles et évolutives. Ces stratégies devront néanmoins s’appuyer sur des constantes fortes : la maitrise des coûts, le développement d’un contenu local compétitif ou encore la diversification des économies. Un point essentiel est de de noter que l’excès de l’offre par rapport à la demande exacerbe la compétition entre producteurs mais que cette compétition peut être à géométrie variable. Une compétition au sein des pays producteurs africains pour inciter les compagnies pétrolières à développer en priorité leur potentiel minier, aboutira inexorablement au sacrifice d’une partie supplémentaire de la valeur des réserves.

A l’inverse, une collaboration étroite et une convergence des exigences permettront aux pays producteurs africains de mieux défendre leurs intérêts vis-à-vis de leurs partenaires techniques. De même, des stratégies concertées visant à réduire les coûts sans sacrifier le contenu local, mais aussi à améliorer le climat des affaires pour faire baisser le risque pays permettront de lutter plus efficacement contre la concurrence du pétrole non conventionnel américain. Rendons hommage à cette occasion à l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africain et à son Secrétaire Général, M. Mahaman Laouan Gaya, qui œuvre sans relâche pour rendre le secteur pétrolier africain plus fort, bien aidé cette année par le Ministre des Mines et de Hydrocarbures de Guinée Équatoriale, M. Gabriel Mbaga Obiang Lima, instigateur de l’initiative 2019, année de l’énergie. Ces leaders, et bien d’autres, ont compris que l’ère du pétrole n’est pas éternelle, mais qu’elle peut contribuer à développer une dynamique de développement et d’intégration en Afrique qui continuera à porter ses fruits bien après que les derniers puits ne soient taris ou abandonnés.

Financial Afrik

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Sénégal : La loi sur le contenu local, quels impacts pour le secteur des assurances

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Sénégal : La loi sur le contenu local, quels impacts pour le secteur des assurances

La loi sur le «contenu local » adoptée le 24 Janvier 2019 par l’Assemblée nationale va permettre au Sénégal de se doter désormais, à l’instar d’un pays comme le Ghana, d’un cadre propice à l’augmentation de la valeur ajoutée locale et à la création d’emplois locaux dans le cycle de vie des projets pétroliers et gaziers.

Les principes directeurs et objectifs découlant de la combinaison de la loi précitée et de l’article 58 du nouveau Code Pétrolier de 2019 permettent assurément la prise en compte des intérêts exclusifs des entreprises nationales dans tous les domaines où elles peuvent intervenir et qui seraient en relation avec la chaine d’exploitation, de production, de sécurisation et de commercialisation des ressources pétrolières et gazières.

Ces intérêts doivent s’exprimer à travers le relèvement du « plateau de compétence » (formation du personnel local, transfert de technologie,) et du « plateau d’affaires » des Entreprises nationales (participation des investisseurs privés nationaux aux opérations pétrolières et octroi de contrats de fourniture de travaux, biens et services aux entreprises nationales),  mais également à travers le « renforcement de la compétitivité nationale et internationale des Entreprises Sénégalaises ».

L’industrie des assurances au Sénégal n’échappe pas à ces règles et principes, d’autant plus qu’il s’agit du seul secteur pour lequel le législateur a consacré spécialement une disposition (cf. article 10 de la loi sur le « contenu local »).

Sur cette base, les compagnies d’assurances agréées au Sénégal ont eu la prompte initiative de créer, par anticipation à cette nouvelle donne, le « Pool d’assurance des Risques Pétroliers & Gaziers » qui se présente comme une organisation avec la SEN-RE et le marché International de la Réassurance en vue de disposer d’une capacité suffisante leur permettant de couvrir les risques pétroliers selon le principe de la coassurance et de la réassurance.

Cette organisation trouve une légitimité particulière et une base légale non seulement dans l’article 10 de ladite loi, mais également dans la partie de la déclaration du Président de la République, réservée au « local content » ou « contenu local » notamment dans le secteur des assurances à l’occasion  de la réunion du Groupe Consultatif de Paris.

Il s’agit d’une réaction inédite notée dans la zone de la Conférence interafricaine des marchés de l’assurance (CIMA).

Toutefois, le sens et la portée de cette loi sont-ils bien compris par les différents acteurs concernés de l’économie nationale ? En plus, la philosophie du  « local content »  telle que déclinée est-elle bien appréhendée ?

La question mérite d’être posée à propos de l’industrie locale des Assurances, au vu de la tournure que l’application des principes posés par ladite loi commence à prendre chez les Assureurs du marché sénégalais.

En effet, le conflit commercial évoqué dans la presse écrite (« Financial Afrik » et « observateur » précisément) entre la compagnie AMSA Assurances et le « Pool d’assurance des Risques Pétroliers & Gaziers » à l’occasion de la première affaire réalisée, installe déjà le doute. Le traitement réservé à cette affaire laisse perplexe quant à la bonne compréhension par les assureurs, des motivations, principes directeurs, objectifs principaux et bien sûr du champ d’application de la politique nationale en matière de «contenu local» dans le secteur des hydrocarbures.

Loin de jeter le discrédit sur la stratégie mise en place par les assureurs à ce jour et ses conséquences déjà perceptibles, notre intention est d’identifier et surtout d’indiquer aux compagnies d’assurances, les véritables enjeux de la loi sur le « contenu local » au Sénégal et les possibilités probablement méconnues mais plus larges que cette dernière offre à l’industrie sénégalaise des Assurances et à ses différents acteurs.

  1. Les enjeux du «contenu local» dans l’industrie des Assurances

Au vu des principes directeurs et objectifs déclinés ci-dessus, les professionnels de        l’assurance auraient dû se poser les questions suivantes :

  • quelles sont les véritables composantes professionnelles de l’industrie ou du secteur des Assurances?
  • est-ce exclusivement les compagnies d’assurances ? les sociétés de courtage et d’intermédiation (courtiers) en Assurance dûment agréées par l’Etat du Sénégal  sont-elles concernées ?
  • ces compagnies et courtiers sont-ils par ailleurs considérés comme des sociétés de nationalité sénégalaise, compte tenu de la composition de leur capital social, à l’effet de remplir le critère d’éligibilité pour bénéficier en priorité des retombées de cette loi ?
  • enfin, le marché sénégalais, dans sa configuration actuelle, n’aurait-il pas besoin d’une restructuration profonde, compte tenu de la faible capacité notée à prendre entièrement en charge les risques pétroliers et gaziers, de peur de céder en fronting la presque totalité des affaires souscrites aux sociétés de réassurances étrangères?

Autant de questions que les professionnels des assurances doivent se poser et auxquelles des réponses pertinentes pourraient apporter les éclairages nécessaires à la stratégie qu’ils doivent adopter :

a)A propos des composantes professionnelles du marché sénégalais, Il faut reconnaitre sans risque de se tromper que les sociétés de courtage, de droit national, font bel et bien partie du dispositif permettant d’assurer le service de l’assurance compte tenu de leur expertise, et au regard des dispositions du code CIMA relatives aux conditions de création, d’agrément et de fonctionnement.

Pour rappel, elles jouent un rôle essentiel de conseil et de gestion des conflits pouvant survenir entre les compagnies d’assurances et les assurés, fussent-ils des assurés opérant dans le domaine pétrolier ou gazier.

Au surplus, elles représentent une part extrêmement importante dans le chiffre d’affaires des compagnies IARD, sans oublier que la plupart de ces sociétés est le fruit d’investissements de sénégalais qui participent ainsi au développement de l’économie nationale.

Par ailleurs, leur activité, de par sa nature et contrairement à celle des compagnies d’assurances, ne donne pas lieu à des cessions de réassurance à l’étranger. Les commissions captées dans les affaires souscrites sont en général retenues dans l’économie sénégalaise. Il est alors certain que l’essentiel de leur chiffre d’affaires est réinjecté dans l’économie nationale en terme d’épargnes bancaires, d’investissements dans d’autres secteurs de l’économie (immobilier, achats d’actions, souscriptions possibles aux obligations d’Etat, salaires etc…) et enfin, en terme d’obligations fiscales.

Ces sociétés sont aujourd’hui au nombre de soixante-dix-sept (77) agréées par l’Etat du Sénégal, suivant la liste officielle publiée par la Direction des Assurances.

Aussi, et c’est très important, leur intervention dans le placement des affaires aussi bien en Assurances qu’en Réassurances permet-elle de réduire à certains égards les flux de capitaux (pourcentage des primes cédées) sur le marché de la réassurance à l’étranger compte tenu de leurs taux de commissionnement qui avoisinent en moyenne les 18 à 20% des primes d’assurance.

Même s’il est vrai qu’une bonne partie du chiffre d’affaires du courtage revient aux filiales de groupes étrangers, comme c’est le cas d’ailleurs pour  les compagnies d’assurances, le rôle positif des sociétés de courtage dans l’économie nationale est assurément  indéniable. Enfin et pour faire écho à cette dernière question éminemment juridique, une étude concernant les critères de nationalité des sociétés et les conséquences qu’implique l’application de la loi sur le « local content », doit être menée.

b) L’autre enjeu est relatif à la taille du marché sénégalais des assurances.

En effet, nous convenons tous aujourd’hui que ce marché ne dispose pas de la capacité suffisante pour absorber plus de 10% (pourcentage très optimiste) des risques pétro-gaziers qui se profilent à l’horizon. Quelle solution ?

La restructuration du marché des Assurances du Sénégal devient alors une question essentielle dans la mesure où c’est l’un des secteurs qui doivent s’adapter à cette nouvelle donne (exploitation du pétrole et du gaz) pour en profiter économiquement et financièrement et, jouer véritablement le rôle attendu d’eux par l’Etat.

Il ne devrait pas s’agir seulement de s’organiser en pool pour capter les parts de risques qui sont à la portée actuelle du marché. En effet,  les marchés d’assurances doivent grandir par l’évolution de leur économie et par l’ingéniosité de leurs acteurs et cadres accompagnés par les investisseurs. A notre avis, les moyens financiers pour créer d’autres compagnies et l’expertise adéquate ne manquent pas au Sénégal. C’est le moment d’y réfléchir profondément en incluant tous les acteurs de l’industrie des assurances et même ceux qui sont hors du métier dès l’instant que ces derniers (investisseurs) peuvent participer à la mise en place des conditions qui favoriseront l’augmentation des capacités du marché sénégalais.

  • Pour une démarche inclusive de tous les acteurs du monde des assurances.

Seule une démarche globalisante et inclusive pourrait permettre de faire face à toutes les problématiques abordées ci-dessus. Il est en effet très clair que le secteur des assurances au Sénégal compte aujourd’hui autour de 18 compagnies d’assurances IARD et 08 compagnies VIE, mais également, comme nous l’avons affirmé précédemment,  77  sociétés de courtage et de conseil en Assurances au titre de l’année 2019, constituées pour la majorité sous forme de S.A, dument agréées auprès des autorités sénégalaises et dont la plupart est le fruit d’investissements de sénégalais.

Combien de sociétés seraient mises en marge de la plus grande opportunité de transformation de l’économie du Sénégal et de l’industrie des assurances si un processus de mutualisation des efforts du marché est enclenché sans la prise en compte des sociétés de courtage d’assurances ? Ce serait d’autant plus regrettable qu’il s’agit d’une catégorie professionnelle qui pourrait apporter un avis important pour la prise en charge des questions essentielles qui se posent actuellement dans le marché.

La meilleure stratégie serait d’associer toutes les sociétés de courtage agréées en tant qu’actrices et composantes de l’industrie des Assurances dans le pool Pétrolier et gazier déjà mis en place par les sociétés d’assurances.  C’est moins un partage du gâteau que la recherche de solutions d’ensemble qui s’impose au  marché qui doit rapidement s’adapter à cette évolution. Des solutions pour la question particulière d’une meilleure et excellente répartition des produits du « local content » en assurances (création d’emplois et relèvement des compétences, chiffre- d’affaires des compagnies d’assurances et sociétés de courtage, apports dans l’économie etc…) et celle d’une restructuration du marché. Les sociétés de courtage d’assurances ont donc leur mot à dire.

De toutes façons, nous pensons que les sociétés de courtage locales sauront prendre leur destin en main au cas où elles ne seraient pas intégrées dans le pool pétrolier et gazier ou dans un groupe d’études plus large.

Eventuellement, les investisseurs aussi intéressés par notre secteur pour sa transformation en profondeur, pourraient être concernés. Ils participeront à la recherche de solutions d’ensemble puisqu’ appelés à financer certaines opérations de création de nouvelles sociétés d’assurances et de réassurances.

Le défi aujourd’hui n’est donc pas de capter ce que nous, assureurs, sommes en mesure de prendre de ce marché, mais de l’aider à s’agrandir, à augmenter sa capacité au bénéfice de tous ses acteurs et de l’économie nationale. Il est donc quantitatif et qualitatif.

C’est seulement dans ces conditions que nous pourrons cerner les véritables problèmes que pose cette nouvelle donne du secteur de l’hydrocarbure et de répondre convenablement au rendez-vous de l’histoire qui va dans le sens de trouver la voie d’une croissance inclusive qui profite à l’économie nationale, mais surtout aux Entreprises nationales et aux populations.

Il est encore temps de RECTIFIER le tir.

Djibril DIA, Juriste et Consultant en Assurance

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