Le Cameroun intensifie ses efforts pour relancer son secteur des hydrocarbures en lançant un appel d’offres majeur pour l’exploration pétrolière et gazière en 2026. La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), l’entité publique chargée de la gestion des ressources pétrolières du pays, supervise cette opération ambitieuse qui propose neuf blocs d’exploration répartis dans deux bassins sédimentaires prouvés : le bassin de Rio del Rey et le bassin de Douala/Kribi-Campo.
Ouvert depuis août 2025, cet appel d’offres vise à attirer des investissements internationaux dans un contexte où la production des champs matures connaît un déclin naturel et où les revenus fiscaux issus du secteur pétrolier sont attendus en baisse de plus de 12 % en 2026. Les trois blocs situés dans le bassin de Rio del Rey (Ndian River, Bolongo Exploration et Bakassi) se trouvent en eaux peu profondes et bénéficient d’une proximité avec des infrastructures existantes et des champs en production, ce qui réduit les risques techniques et les coûts de développement. Ces zones offrent des perspectives de mise en valeur rapide grâce à des données historiques de forage et à des structures géologiques déjà validées.
Les six autres blocs, localisés dans le bassin de Douala/Kribi-Campo (Etinde Exploration, Bomono, Nkombe-Nsepe, Tilapia, Ntem et Elombo), concernent des eaux plus profondes et présentent un potentiel plus élevé mais également des défis techniques accrus, notamment en matière de forage et de géologie complexe. Ces opportunités s’inscrivent dans une stratégie de diversification des risques pour les investisseurs, en combinant des actifs à faible risque à proximité des infrastructures avec des prospects frontaliers à plus fort rendement.
La SNH met l’accent sur un cadre contractuel flexible, incluant des contrats de partage de production, des concessions et des contrats de services à risque, afin d’adapter les termes aux profils variés d’opérateurs, des indépendants aux majors internationales. Les soumissionnaires disposent d’un data room accessible depuis septembre 2025 pour évaluer les données sismiques 2D et 3D, les logs de puits et les études géochimiques. La date limite de dépôt des offres est fixée au 30 mars 2026, avec une attribution finale attendue fin avril 2026.
Ce round de licences s’accompagne d’engagements forts en matière de contenu local, incluant des objectifs d’emploi pour les nationaux, des préférences pour les fournisseurs locaux, des programmes de formation et des investissements communautaires. Par ailleurs, les exigences environnementales respectent les standards internationaux tout en tenant compte des sensibilités écologiques locales.
Cette initiative intervient à un moment clé pour le Cameroun, qui cherche à stabiliser ses recettes publiques tout en renforçant sa souveraineté énergétique. Elle coïncide avec d’autres développements majeurs dans le secteur, tels que le démarrage imminent de la raffinerie de Kribi en 2026 – la première grande installation de raffinage nouvelle depuis des décennies – et des projets gaziers transfrontaliers avec la Guinée équatoriale, notamment autour des champs Yoyo-Yolanda. Ces avancées positionnent le pays comme un acteur stratégique dans le corridor pétrolier d’Afrique centrale, où l’infrastructure existante, la connectivité régionale et les perspectives d’exportation favorisent une monétisation accélérée des découvertes.
Les observateurs du marché estiment que ce cycle d’attribution pourrait marquer le début d’une nouvelle phase d’investissements upstream en Afrique centrale, dans un environnement géopolitique et énergétique mondial marqué par la volatilité des prix et la transition énergétique. Le succès de cet appel d’offres dépendra de la capacité du Cameroun à démontrer la compétitivité de ses termes fiscaux et la fiabilité de son cadre réglementaire face à une concurrence régionale accrue.


