Le Cameroun accélère sa transformation économique à travers une ambitieuse réforme des secteurs minier et énergétique, avec 2026 marquant une année charnière pour la mise en œuvre de ces changements structurels. Portées par le nouveau Code minier adopté en décembre 2023 et par des investissements massifs dans les infrastructures énergétiques, ces réformes visent à réduire la dépendance historique envers l’agriculture et le pétrole, tout en positionnant le pays comme un acteur émergent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de minerais critiques.
Au cœur de la stratégie minière figure le renforcement de la gouvernance et de la traçabilité des ressources. La Société Nationale des Mines (SONAMINES) assure désormais une participation obligatoire de l’État dans les activités d’extraction, accompagnée de protocoles stricts pour l’or et les diamants. Les autorités ont fixé au 20 février 2026 la date limite de révocation des permis pour les opérateurs non conformes, tandis que les exploitants doivent soumettre des études de faisabilité dans un délai de trois mois. Ces mesures s’accompagnent d’une fiscalité incitative orientée vers la valeur ajoutée locale : une taxe synthétique de 25 % sur la production d’or réelle, une taxe d’exportation de 5 % sur les minerais comme le fer, la bauxite et le pétrole, ainsi que l’obligation de systèmes de traitement en boucle fermée pour les opérations artisanales et l’interdiction du travail de nuit dans ces zones.
Plusieurs projets phares entrent en phase opérationnelle cette année. Le projet de bauxite Minim-Martap, porté par Canyon Resources, démarre ses activités minières avec des expéditions pilotes prévues au troisième trimestre 2026, exploitant des réserves estimées à 144 millions de tonnes à un grade élevé de 51,2 % d’oxyde d’aluminium. Parallèlement, le projet de fer de Mbalam adopte une approche phasée, avec un transport initial par camion vers le port de Kribi en attendant les infrastructures ferroviaires dédiées. Ces initiatives, soutenues par des financements internationaux substantiels – dont un crédit de 140 millions USD de AFG Bank Cameroun et des apports en capital equity – illustrent la confiance croissante des investisseurs dans le cadre réglementaire modernisé.
Dans le secteur énergétique, les avancées complètent étroitement ces efforts miniers en levant les contraintes structurelles d’approvisionnement électrique. La centrale hydroélectrique de Nachtigal, d’une capacité de 420 MW, a déjà accru de près de 30 % la production nationale, avec la quasi-totalité des turbines opérationnelles. À cela s’ajoutent 250 MW de solaire photovoltaïque en cours de déploiement, notamment à Maroua et Guider, ainsi que des investissements ciblés dans les réseaux de transmission et l’électrification rurale. La transition d’ENEO vers un contrôle étatique renforcé vise à garantir la fiabilité de l’offre, tandis que le National Energy Compact endossé en 2025 aligne le Cameroun sur l’initiative Mission 300 pour connecter des millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. Des exonérations fiscales prolongées en 2026 sur les équipements renouvelables favorisent également le développement de projets solaires et éoliens.
Selon les projections du Fonds Monétaire International issues de sa mission Article IV de 2026, ces réformes devraient soutenir une reprise progressive de la croissance. Après un ralentissement à 3,1 % en 2025 lié aux perturbations post-électorales, le PIB réel est attendu à 3,3 % en 2026, puis au-delà de 4 % à partir de 2028 à mesure que les goulots d’étranglement énergétiques se résorbent et que la production minière s’intensifie. La contribution du secteur minier au PIB pourrait ainsi passer de 2,1 % en 2024 à 4,2 % en 2026, avec une cible ambitieuse de 8,5 % en 2031. Le déficit budgétaire est quant à lui visé à 1,7 % du PIB en 2026, en ligne avec les critères de convergence de la CEMAC.
Ces évolutions s’inscrivent dans une stratégie plus large de diversification économique et d’amélioration du climat des affaires. En combinant supervision renforcée, incitations à la transformation locale et partenariats internationaux, le Cameroun cherche à transformer ses ressources naturelles en moteur de développement durable. Les défis persistent toutefois, notamment en matière de délais d’exécution des infrastructures, de volatilité des prix des matières premières et de gestion des risques sécuritaires régionaux. Le succès de cette trajectoire dépendra de la constance dans l’application des réformes et de la capacité à mobiliser des financements concessionnels pour soutenir l’élan amorcé en 2026.


