Dans un pas décisif vers la souveraineté économique de l’Afrique, l’initiative de banque d’or lancée par la Banque Centrale d’Égypte et l’African Export-Import Bank (Afreximbank) entre en phase opérationnelle cette année. Signé fin 2025 via un protocole d’accord (MOU), ce projet vise à créer un cadre pan-africain pour la gestion des vastes ressources en or du continent, marquant une rupture avec des décennies de dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs.
L’Afrique, qui produit environ 30 % de l’or mondial, exporte pourtant 85 à 90 % de sa production brute sans raffinage local, entraînant des pertes annuelles estimées entre 4 et 6 milliards de dollars américains. Avec plus de 50 000 tonnes de réserves d’or réparties sur le continent, cette initiative ambitionne de retenir la valeur ajoutée sur place grâce à des opérations bancaires et de métaux précieux intégrées.
Afreximbank, une banque multilatérale de développement opérant dans 144 pays africains, est au cœur de ce projet. Capitalisée à environ 3,4 milliards de dollars et disposant d’actifs totaux de 35 milliards de dollars en 2023, elle facilite plus de 180 milliards de dollars de financement commercial annuel, dont 8 à 12 % concernent les mines et les métaux précieux. L’Égypte, pivot stratégique grâce à sa position géographique et au canal de Suez qui gère 12 % du commerce maritime mondial, apporte son expertise via la Banque Centrale d’Égypte. Celle-ci a augmenté ses réserves d’or à 129 tonnes au quatrième trimestre 2024, soit une hausse de 60 % depuis 2010, dans le cadre d’efforts de diversification des réserves et de dédollarisation.
D’autres banques centrales africaines sont impliquées, notamment celles d’Algérie (173,6 tonnes de réserves d’or), d’Afrique du Sud (125,3 tonnes), d’Éthiopie (24,3 tonnes) et du Nigeria (21,8 tonnes). Ensemble, elles détiennent environ 680 tonnes d’or, représentant 4 à 6 % des réserves mondiales des banques centrales. La Banque Africaine de Développement soutient l’initiative avec 1,8 milliard de dollars de financements annuels pour le secteur minier.
Le projet repose sur des produits financiers adossés à des commodities, tels que des prêts collatéralisés par l’or, référencés aux prix du London Fix avec des rabais de 2 à 5 %, et des facilités de location d’or pour maintenir la liquidité sans liquider les actifs. La gestion des risques inclut la couverture des prix via les contrats à terme du COMEX ou du London Metal Exchange, des assurances pour la sécurité physique (0,5 à 1,0 % de la valeur annuelle), des valorisations quotidiennes au marché et des évaluations des contreparties tenant compte des risques souverains.
Sur le plan réglementaire, l’initiative s’appuie sur des zones franches comme la Zone Économique du Canal de Suez en Égypte pour des opérations exemptées de droits de douane, l’accréditation LBMA (conformité aux normes ISO 1093-1, avec des coûts annuels de 50 000 à 150 000 livres sterling par raffinerie et des investissements en infrastructure de 5 à 15 millions de dollars), et les exigences de Bâle III (ratios de capital minimaux de 10,5 % et pondération de risque de 0 % pour l’or). Les mesures anti-blanchiment suivent la Recommandation 15 du GAFI, avec des protocoles de connaissance du client et de déclaration des transactions. Le transport respecte les protocoles IATA, la documentation douanière HS Code 7108 et les exigences de chaîne de custody.
Des études de faisabilité, d’une durée de 12 à 18 mois, évaluent les aspects techniques (sécurité des coffres avec biométrie et contrôles environnementaux, coûts de construction de 200 à 500 millions de dollars, délais de 24 à 36 mois), la viabilité commerciale et la conformité multijuridictionnelle. Des normes internationales comme ISO 9001/14001/45001/27001 pour la qualité, l’environnement, la sécurité et la cybersécurité, ainsi que les règles AML du GAFI et les directives de gestion des réserves du FMI, sont intégrées.
Les moteurs de cette initiative incluent la stabilité monétaire via des couvertures en or, la substitution aux importations pour réduire la dépendance au raffinage externe (l’Afrique exporte plus de 500 tonnes d’or raffiné par an, générant 30 à 35 milliards de dollars mais perdant 4 à 6 milliards en valeur ajoutée), et la diversification des réserves. La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), opérationnelle depuis 2021, soutient le commerce intra-africain, potentiellement atteignant 712 milliards de dollars d’ici 2035, avec des paiements adossés à l’or facilitant les règlements.
Les implications sont vastes : intégration financière continentale, coordination des politiques monétaires, systèmes de paiement transfrontaliers réduisant la dépendance aux devises externes, et partage des risques entre banques centrales. Cela pourrait catalyser des initiatives similaires pour d’autres minéraux comme le platine et les diamants, accélérer la dédollarisation et renforcer les capacités humaines en finance internationale. À long terme, cela pourrait remodeler la gouvernance des ressources, accélérer l’union monétaire et positionner l’Afrique comme un acteur clé dans la fixation des prix mondiaux des métaux précieux, avec des revenus finançant le développement plus large.
Malgré ces avancées, des défis persistent : harmonisation réglementaire entre systèmes juridiques divers, risques politiques (atténués par des assurances et des engagements diplomatiques), fluctuations monétaires affectant les valorisations, coûts élevés de conformité, liquidité limitée aux phases initiales et coordination infrastructurelle.
Des précédents internationaux offrent des leçons, comme le raffinage annuel de 700 tonnes en Suisse avec une banque intégrée, les transactions quotidiennes de 50 millions de dollars à Singapour, et les normes LBMA de Londres, soulignant l’importance d’une mise en œuvre progressive, d’une intégration technologique et d’une coopération multi-agences.
Cette initiative, ancrée dans le MOU entre Afreximbank et l’Égypte, promet de transformer le secteur de l’or africain en un hub de finance minérale pan-africaine, favorisant l’intégration économique et la souveraineté dès 2026 et au-delà.


