La Côte d’Ivoire perdrait chaque année près de 4 600 milliards de francs CFA (plus de 7 milliards d’euros) en raison de l’orpaillage illégal. Cette estimation alarmante a été dévoilée le 30 avril par Stan Zézé, président du groupe Bloomfield Intelligence, lors de la conférence annuelle « Risque Pays » tenue au Sofitel Abidjan .
Ce manque à gagner colossale représenterait plus de 142 tonnes d’or, soit l’équivalent de près du tiers de la production officielle totale estimée du pays, qui échappent chaque année au contrôle de l’État et alimentent des filières de contrebande transfrontalière .
Au-delà de l’hémorragie financière, l’orpaillage clandestin se double d’une dangereuse architecture sécuritaire parallèle. Les sites illégaux, souvent soutenus par des réseaux étrangers, en particulier chinois, attirent une main‑d’œuvre flottante venue de toute la sous‑région, échappant aux contrôles migratoires et favorisant la criminalité organisée . Sur le plan écologique, la contamination des sols et des rivières par le mercure laisse présager une facture environnementale lourde, qui pèsera sur l’État et les générations futures .
Les conséquences sociales ne sont pas moindres : développement de la prostitution, trafic de drogues, conditions de vie précaires et conflits fonciers régulièrement sanglants entre orpailleurs et propriétaires terriens fragilisent le tissu social rural .
En contrepoint, le gouvernement ivoirien mise résolument sur l’industrialisation minière. En 2024, le secteur minier formel a contribué à hauteur de 4,5 % à 5 % du PIB national, avec l’ambition affichée d’atteindre 6 % dès 2025 . Les exportations minières dépassent aujourd’hui 14 milliards de dollars, propulsant la Côte d’Ivoire parmi les cinq premiers pays miniers africains.
Contrairement aux activités illégales, les mines industrielles reversent 0,5 % de leur chiffre d’affaires au Fonds de Développement Local, finançant des écoles, des centres de santé et des infrastructures de base pour les communautés riveraines. Elles sont également soumises à des obligations strictes de réhabilitation environnementale .
Face à l’ampleur du défi, les autorités ont engagé une répression accrue. La Brigade de répression des infractions au code minier (BRICM), appuyée par la gendarmerie, multiplie les opérations de démantèlement. En mars 2026, des sites majeurs à Adzopé et Bongouanou ont été détruits par le feu, et la formation des magistrats est renforcée pour transformer les interpellations en condamnations effectives et dissuader financeurs et contrebandiers .
Parallèlement, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a plaidé le 16 avril à Washington, en marge des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, pour une traçabilité mondiale de l’or, sur le modèle du Processus de Kimberley, ainsi que pour un contrôle accru des intrants chimiques (mercure, cyanure) utilisés dans l’orpaillage illégal .
La Côte d’Ivoire entend ainsi conjuguer plusieurs impératifs : éradiquer les réseaux criminels, endiguer la contrebande d’or, préserver l’environnement et capter les recettes fiscales nécessaires au développement. L’accélération de l’industrialisation du secteur minier apparaît comme la seule voie pour transformer durablement la richesse du sous‑sol en emplois décents, en infrastructures locales et en ressources publiques. Face à la saignée annuelle de 142 tonnes d’or, le gouvernement ivoirien ne peut se permettre d’attendre.
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