Le baril de brut léger (WTI) s’est échangé jeudi jusqu’à 126 dollars en cours de séance, du jamais‑vu depuis la flambée consécutive à l’invasion russe en Ukraine, avant de revenir sous les 115 dollars dans l’après-midi. Le blocage persistant du détroit d’Ormuz, une artère maritime par laquelle transite habituellement près de 20 % du pétrole mondial, est la cause directe de cette hausse brutale.
Depuis le 28 février 2026, les Gardiens de la révolution iranienne empêchent la quasi‑totalité du trafic dans le golfe Persique, en riposte aux frappes aériennes américano‑israéliennes qui ont coûté la vie au guide suprême Ali Khamenei. À ce blocus iranien, Washington oppose depuis plusieurs semaines un blocus naval des ports de la République islamique, rendant de facto toute navigation impossible. « La seule certitude est que l’impasse actuelle perdure », écrivait mercredi le quotidien espagnol El País.
Sur le front diplomatique, Téhéran a conditionné la réouverture du détroit à la levée totale du siège américain, une proposition immédiatement rejetée par Donald Trump. Le président américain s’est préparé à maintenir le blocus « pendant des mois si nécessaire », persuadé que la pression économique finira par faire plier la République islamique.
L’Iran ne semble pourtant pas fléchir. L’ayatollah Mojtaba Khamenei, fils du défunt guide suprême, a accusé Washington d’être responsable de l’instabilité régionale et affirmé que « l’avenir du golfe Persique sera plus radieux sans la présence des États-Unis ». Surtout, le président du Parlement iranien, Bagher Ghalibaf, a menacé que les prix pourraient rapidement grimper jusqu’à 140 dollars si le blocage se prolonge, tout en tournant en dérision les avertissements de Donald Trump.
La guerre a dévasté l’économie iranienne. Mercredi, la monnaie locale a touché un plus bas historique à 1,81 million de rials pour un dollar sur le marché libre. L’inflation, déjà supérieure à 50 %, continue d’éroder le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes. Les échanges non pétroliers se sont effondrés de 29 % sur le seul mois de février, après que les infrastructures portuaires et ferroviaires eurent été ciblées par les frappes américaines.
Dans l’immédiat, l’administration Trump a annoncé la création d’une coalition internationale baptisée « Maritime Freedom Construct » (MFC). Pilotée conjointement par le département d’État et le Central Command américain, elle coordonnerait le partage de renseignements, les actions diplomatiques et l’application des sanctions pour tenter de rétablir la liberté de circulation dans le détroit. Selon un télégramme interne cité par le Wall Street Journal, Washington a demandé à ses ambassades de convaincre les alliés de rejoindre ce mécanisme. « Votre participation renforcera notre capacité collective à protéger l’économie mondiale », plaide le texte.
L’OPEP+ a pour sa part approuvé une augmentation théorique de sa production de 206 000 barils par jour pour mai, mais cette hausse reste lettre morte tant que le trafic est interrompu. La fermeture du détroit a retiré du marché 12 à 15 millions de barils par jour, l’équivalent de près de 15 % de la consommation mondiale. JP Morgan a averti jeudi que les cours pourraient franchir les 150 dollars à la mi‑mai si l’impasse se poursuit.
Pour l’économie mondiale, chaque hausse de 10 dollars du baril réduit la croissance d’environ 0,1 à 0,2 point de PIB, selon les modèles de la Banque de France. Les banques centrales, qui peinaient déjà à maîtriser l’inflation après la phase post‑pandémie, pourraient être contraintes de prolonger leur politique restrictive, tandis que les consommateurs subiront une pression supplémentaire sur les prix de l’énergie et des transports. À Washington, l’envolée des carburants écorne déjà la cote de popularité de Donald Trump à l’approche des élections de mi‑mandat.
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