Les marchés énergétiques mondiaux sont en pleine tempête. Le baril de Brent a franchi la barre symbolique des 110 dollars ce mercredi 19 mars, tandis que les contrats à terme sur le gaz naturel européen (TTF) ont bondi de plus de 35 % en une séance, alimentés par l’escalade des frappes sur des infrastructures pétrolières et gazières stratégiques dans le Golfe Persique.
Selon les données relayées par La Tribune (publication du 19 mars à 08:47), cet emballement succède à une série d’attaques visant des sites clés : installations iraniennes (dont le méga-gisement de South Pars, partagé avec le Qatar), complexe gazier qatari de Ras Laffan (plus grande usine d’exportation de GNL au monde) et d’autres hubs régionaux. Ces frappes, survenues dans le cadre du conflit impliquant l’Iran, Israël et des acteurs alliés, menacent non seulement les capacités de production immédiates, mais surtout l’ensemble des flux transitant par le détroit d’Ormuz – corridor par lequel passent environ 20 % du pétrole brut mondial et une part significative du GNL qatari et émirati.
Le Brent, référence internationale du marché pétrolier, a ainsi grimpé de plus de 5 % en une journée pour atteindre 110 dollars le baril, un niveau qui n’avait plus été observé de manière soutenue depuis plusieurs années. Sur le marché du gaz, le hub TTF néerlandais a enregistré une flambée spectaculaire : les contrats pour avril 2026 ont dépassé les 60-62 €/MWh dans les échanges récents (après un pic à près de 70 € selon certaines cotations intraday), soit une hausse cumulée de plus de 90 % sur le mois écoulé dans un contexte de perturbations persistantes.
Ces hausses s’expliquent par plusieurs facteurs cumulés :
- Dégâts directs sur des infrastructures de production et de liquéfaction (QatarEnergy a annoncé des suspensions partielles ou totales de GNL suite aux attaques).
- Risque accru de perturbations prolongées dans le détroit d’Ormuz, où les armateurs ont suspendu ou réorienté leurs routes, renchérissant les coûts d’assurance et de fret.
- Crainte d’un effet domino sur les approvisionnements mondiaux, le Golfe représentant une part critique des exportations de GNL vers l’Asie et l’Europe.
Pour l’Europe, déjà fragilisée par la volatilité énergétique depuis 2022, ce nouveau choc pourrait se traduire par une inflation importée massive, une pression accrue sur les industries énergivores et un retour des débats sur la diversification des sources (accélération des renouvelables, relance du nucléaire, recours accru au GNL américain ou africain). Les analystes estiment que si les perturbations se prolongent au-delà de quelques semaines, les prix du gaz pourraient durablement dépasser les 100 €/MWh, forçant l’UE à explorer des options d’urgence comme la réactivation de flux russes inactifs ou des mesures de rationnement.
Les marchés actions ont réagi en baisse, sous le poids de la hausse des coûts énergétiques, tandis que les assureurs maritimes et les compagnies pétrolières ajustent leurs primes et leurs scénarios de risque. Au moment où l’Afrique de l’Ouest (Nigeria, Sénégal, Mauritanie) accélère ses projets gaziers et pétroliers, ce choc rappelle brutalement la vulnérabilité globale des chaînes d’approvisionnement et l’urgence d’une souveraineté énergétique renforcée.
Les prochains jours seront décisifs : une désescalade diplomatique pourrait calmer les cours, mais une prolongation des hostilités risque de transformer ce pic conjoncturel en choc structurel durable pour l’économie mondiale.


