À quelques semaines seulement du renouvellement du principal contrat d’approvisionnement en carburants de l’État guinéen, plusieurs négociants internationaux ont multiplié les démarches à Conakry. Malgré cette intense activité diplomatique et commerciale, le contrat a finalement été prolongé avec l’opérateur historique Oryx Energies, filiale du groupe Addax Oryx Group (AOG), sans que les challengers parviennent à s’imposer.
Selon des informations concordantes, plusieurs acteurs majeurs du négoce pétrolier ont tenté de se positionner auprès des autorités guinéennes fin 2025 et début 2026. Parmi eux, la société saoudienne Aramco Trading a opéré un discret rapprochement, avec des cadres reçus par Lanciné Condé, directeur général de la Société nationale des pétroles (SONAP). Des représentants d’ADNOC (Émirats arabes unis) et du trader suisse Mocoh ont également été signalés dans la capitale, aux côtés d’autres acteurs comme Sahara Group, qui gérait précédemment le contrat avant sa résiliation en avril 2024.
Ce « ballet » intervient dans un contexte particulièrement sensible. Le contrat initial d’Oryx Energies, attribué en urgence en mai 2024 pour une durée de deux ans, arrivait à échéance en avril 2026. Il avait été conclu après l’explosion du dépôt de carburant de Kaloum en décembre 2023, qui avait plongé le pays dans une grave crise d’approvisionnement et conduit à la résiliation anticipée du contrat de Sahara Group.
En parallèle, la Guinée continue de s’appuyer sur une solution temporaire mise en place par le groupe turc Albayrak pour assurer le stockage et l’approvisionnement du pays. Les autorités réfléchissent par ailleurs à la construction de deux nouveaux dépôts de carburant, situés au nord et au sud de Conakry, dans des zones portuaires moins densément peuplées, afin d’améliorer la sécurité et la capacité de stockage national.
Chez Oryx Energies, la continuité est assurée par des figures locales comme Moussa Diao, responsable de la distribution, et le suivi étroit d’Olivier Lassagne, cadre expérimenté du groupe. Le maintien du contrat permet à l’État guinéen de préserver une certaine stabilité des approvisionnements à court terme, alors que les prix des carburants restent un sujet sensible pour la population.
Pour les traders évincés, ce nouvel échec n’est probablement que temporaire. Le marché guinéen, bien que modeste en volume, reste stratégique en Afrique de l’Ouest et attire les géants du négoce qui cherchent à diversifier leurs positions sur le continent. Les observateurs s’attendent à ce que les négociations reprennent rapidement en vue du prochain renouvellement, prévu dans six à douze mois selon les modalités exactes de la prolongation.
Du côté de la présidence, on met en avant « la priorité donnée à la continuité de l’approvisionnement et à la stabilité des prix pour les Guinéens ».
Ce nouvel épisode illustre une fois de plus la forte compétition qui règne autour des contrats pétroliers en Afrique, où les enjeux géopolitiques (Arabie saoudite, Émirats, Turquie, Suisse) se mêlent aux considérations économiques et de sécurité nationale.


