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L’Algérie entre développement autocentré et dépendance au pétrole…

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L’Algérie. Entre développement autocentré et dépendance au pétrole…

L’Algérie est un pays fascinant. Son modèle de développement est d’orientation souverainiste mais reste marqué par une profonde dépendance à l’égard de la filière des hydrocarbures. En particulier, le gaz naturel et le pétrole brut. Cette analyse se propose de faire le tour de cette contradiction.

Importance des hydrocarbures

On notera toutefois le développement de raffineries qui permet au plus grand pays d’Afrique par la superficie (2,38 millions de km²) de monter en régime dans la chaîne de valeurs des hydrocarbures. Par comparaison, un pays comme le Nigeria, c’est-à-dire la plus grande puissance pétrolière africaine, est bien moins fourni en infrastructures de raffinage que l’Algérie. Cette différence explique que le Nigeria doit importer, pour une plus grand part, le pétrole raffiné (22% des importations nigérianes. C’est le premier poste d’importations de ce pays, par ailleurs, membre de l’OPEP) alors qu’il est dérisoire dans le cas de l’Algérie (2,6% des importations algériennes). Pour illustrer notre propos, on pointera le fait que la plus grande raffinerie d’Afrique (avec une production en 2016 de 356,500 barils par jour) se trouve en Algérie, à Skikda plus précisément dans le nord du pays.

Pour sa part, le Nigeria attend encore que la construction de la raffinerie promise par Aliko Dangote, un riche homme d’affaires local, soit terminée. « Le Nigeria est le premier producteur de pétrole sur le continent, mais le pays souffre régulièrement de pénuries de carburant. Or la raffinerie de Dangote, une fois livrée, devrait produire 650.000 barils de pétrole raffiné par jour. Elle permettra ainsi de couvrir une part importante de la demande locale actuelle. Une véritable alternative pour faire baisser le prix de l’essence importé »

La montée en gamme de l’économie algérienne sur le segment des hydrocarbures ne doit toutefois pas occulter la dépendance du pays à cette seule filière. Un seul chiffre peut nous en convaincre aisément.

93% des revenus d’exportations du pays proviennent du gaz naturel, du pétrole brut et du pétrole raffiné. Ces trois productions représentent respectivement 42% des exportations du pays pour le gaz naturel, 33% pour le pétrole brut et 18% pour le pétrole raffiné

Or, les hydrocarbures n’ont pas spécialement brillé sur les marchés ces dernières années. L’Algérie étant membre de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), nous prendrons comme étalon de référence le panier OPEP qui est basé sur la production et les exportations de chaque pays membre.

Nous observons que le baril de pétrole brut se situait aux alentours de 29 dollars en janvier 2003. Il va connaître une augmentation ininterrompue et va dépasser les 128 dollars en juin 2008. La crise va dégonfler ces prix en un semestre à peine. Le prix du baril, en décembre 2008, passe à 28,7 dollars.

Le plan de relance chinois qui a littéralement sorti la tête de l’économie mondiale hors de l’eau va agir à la hausse sur le prix du pétrole. Et ce dernier a flirté avec les 123 dollars en mars 2012. Jusqu’en septembre 2014, le baril s’est situé au-dessus des 100$. A cette époque, la réorientation du modèle économique chinois vers son marché intérieur va faire baisser la demande en matières premières au niveau mondial. Le prix du baril va évoluer structurellement à la baisse et se trouve à un plus-bas de 24,4 dollars en janvier 2016. La légère reprise de l’économie mondiale va ramener le prix du baril à partir d’octobre 2017 à un cours qui a longtemps oscillé autour des 50 dollars. A partir de juin 2018, la sortie des Etats-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran a mis sous tension le marché du pétrole. Si l’on ajoute à ce facteur les tensions au Venezuela, un pays que les Etats-Unis envisageaient d’envahir en août 2017, on obtient un déficit de 1,5 millions de barils sur les marchés. Pour compenser ce manque, Donald Trump met la pression sur l’Arabie Saoudite en pompant 2 millions de barils en plus par jour. On verra, dans quelle mesure, ces pressions contribueront à contenir le prix du baril. On doutera cependant du fait qu’elles soient de nature à ramener le baril au niveau de 50 dollars l’unité à brève échéance. Les capacités de production excédentaires sont, en effet, plutôt limitées. ce n’est évidemment pas une mauvaise nouvelle pour l’Algérie.

Parallèlement, on observe, dans le cas de l’Algérie, que les réserves du pays sont clairement liées au cours du brut. Dans la foulée du grand plongeon de la croissance mondiale de 2009, les réserves de l’Algérie ont oscillé aux alentours de 140 milliards d’euros de fin 2008 à fin 2010. Quand le plan de relance chinois va sortir ses effets, les réserves de l’Algérie vont remonter jusqu’à 180 milliards de dollars. Depuis, le recul a été spectaculaire. A la fin de l’année 2017, les réserves sont tombées en dessous des 100 milliards de dollars (97,3 milliards). C’était une première en dix ans. Pour les 5 premiers mois de l’année 2018, la perte de réserves s’est encore amplifiée avec une diminution de 7,3 milliards de dollars. Elles devraient s’élever à la fin de cette année à 85 milliards de dollars. Quelles sont les implications de cette donnée comptable pour l’Algérie ?

Importations, dette et contre-modèle macro

Les hydrocarbures représentent 60% des recettes fiscales de l’Etat algérien. Inutile de préciser que les orientations actuelles du marché concernant le baril posent fortement problème au Trésor algérien. Lorsque les recettes fiscales d’un Etat diminuent, la logique ultralibérale habituelle du FMI finit par s’imposer au pays en développement en crise. Il s’agit d’un cocktail amer à base de dévaluation, de diminution des dépenses publiques et d’augmentation des taux d’intérêt. Toutes ces mesures visent à réduire le pouvoir d’achat des acteurs locaux afin de garantir le remboursement de la dette extérieure (en dollars), le plus souvent en échange d’un ballon d’oxygène sous forme de prêt.

Dans le cas de l’Algérie, on fera remarquer, et c’est une donnée capitale, la faiblesse de l’endettement extérieur du pays. La dette extérieure de l’Algérie représentait 2,42% du PIB du pays en 2016. C’est-à-dire presque rien. Les réserves internationales du pays équivalent à plus de la moitié du PIB (56%) à la même époque. En clair, il est difficile pour le FMI de faire pression sur l’Algérie en se servant du chantage à la dette extérieure. Ce faible endettement correspond à un choix politique de type souverainiste qui vise à assurer la marge de manœuvre la plus large possible face aux créanciers étrangers

Le PIB de l’Algérie était de 170,37 milliards de dollars en 2017. La perte de 7,3 milliards, mentionnée auparavant, représente une baisse des réserves de l’ordre de 4,2% du PIB. Imaginons, dès lors, que les réserves, à la fin de cette année, se situent aux alentours de 51% du PIB. Il s’agit là d’une hypothèse, somme toute, probable. Il nous reste à déterminer à quels enjeux nous renvoie la concrétisation de ce cas de figures.

Un pays se trouve dans une situation confortable lorsque ses réserves permettent de couvrir 8 mois d’importation. Il se trouve que les réserves algériennes représentaient 32,78 mois d’importations en septembre 2017. En mai 2017, ces réserves étaient à un plus-bas depuis 2008 avec près de 24,9 mois d’exportations couverts[11]. Dans le cas des pays émergents, il est important de tenir compte du poids de la dette extérieure à court terme par rapport aux réserves. La dette extérieure à court terme représentait 1,6% des réserves de l’Algérie en 2016[12]. On notera que plus de 66% (1,6%/2,42%) de la dette extérieure algérienne correspond à une position à court terme. Si l’on part de l’idée que les réserves d’un pays doivent, pour être confortables, permettre de faire face à l’endettement extérieur à court terme, la situation de l’Algérie n’a, là encore, rien de problématique.

Cela dit, cette situation de relatif équilibre tient à la volonté des autorités algériennes de limiter les importations. Cette dernière s’est manifestée, depuis la chute des cours du pétrole, par un encadrement du commerce extérieur (licences d’importation, suspension de 851 produits à l’importation, notamment). Le déficit de la balance commerciale algérienne est ainsi passé de 17 milliards de dollars en 2015 et 2016 à 11,194 milliards en 2017. Pour le premier trimestre 2018, le déficit commercial algérien a été réduit à 490 millions de dollars. Cela signifie que pour l’année 2018, si cette tendance se prolonge, le déficit se situera en-dessous des 2,5 milliards d’ici la fin de l’année.

Il est évident que cette tendance sera raffermie en cas de reprise des cours pétroliers. Le niveau des réserves de l’économie algérienne n’en sera, d’ailleurs, que meilleur. On notera, pour le surplus, qu’au début de cette année, le régime des licences d’importation a été, à l’exception des véhicules automobiles, supprimé en Algérie. Pour soutenir l’économie nationale et limiter le déficit commercial, « 900 produits seront interdits d’entrée sur le territoire et de nouvelles taxes seront instaurées sur tous les produits importés pour protéger la production nationale »[14]. L’industrialisation de l’Algérie constitue donc, outre les acquis intéressants en matière du raffinage, un défi pleinement relevé par le gouvernement algérien.

Enjeux importants

La question des réserves s’avère vitale dans un pays qui a recyclé ses importantes réserves à des fins d’investissement public. C’est ainsi qu’à l’automne 2017, « le Parlement algérien a autorisé le Trésor à emprunter directement auprès de la Banque centrale. (…) Cet amendement à la Loi sur la monnaie et le crédit autorise la Banque centrale d’Algérie à procéder « à titre exceptionnel et durant une période de cinq années à l’achat directement auprès du Trésor des titres émis par celui-ci et ce, afin de permettre « le financement, notamment, de la dette publique interne et les besoins d’investissement. Contrairement à ce que le FMI laissait entendre], le recours à la « planche à billets » n’a, jusqu’à présent, pas fait déraper l’inflation d’Oran à Constantine.

En effet, l’inflation n’a cessé baisser dans le pays depuis octobre 2017. A cette époque, elle était de 6,5%. Elle n’était plus que de 4,93% en décembre 2017 pour tomber en-dessous de la barre des 3,5% en février 2018 avant de finalement se stabiliser aux alentours de 3,15% en mars 2018. Par opposition, on signalera qu’il n’existait pas de financement du Trésor par la Banque centrale en juillet 2016. A l’époque, l’inflation en Algérie s’élevait, pourtant, à 8%

Le niveau des investissements reste élevé en Algérie (50,71% en 2016). Il a même augmenté depuis l’effondrement des cours de 2014. Il s’agit là évidemment d’une donnée importante pour un pays où la majorité de la population a moins de 30 ans.

C’est sous cette pression démographique qu’un grand plan de développement d’infrastructures et de logements a été lancé par le gouvernement algérien. Par exemple, ne matière ferroviaire, « l’objectif est d’atteindre 10.000 km de voies d’ici à 2018. Ce qui fera du réseau ferroviaire algérien le deuxième du continent après celui de l’Afrique du Sud »

Ce volontarisme, d’inspiration keynésienne, vise à soutenir la croissance par l’intervention de l’Etat dans la sphère des travaux publics. Cette orientation est plus difficile à poursuivre depuis la chute des cours du brut et pose la question des relations économiques d’Alger avec la Chine. « Depuis le début des années 2000, les entreprises de BTP chinoises ont raflé une partie importante des marchés de travaux publics et privés algériens. Du côté public, on peut citer, à titre d’exemple, la réalisation de deux des tronçons de la liaison autoroutière Est-Ouest, l’agrandissement de l’aéroport d’Alger ou encore la construction de l’hôpital universitaire d’Oran »

La Chine est devenue un partenaire commercial important de l’Algérie avec les années. En 2016, la Chine était le premier partenaire en ce qui concerne les importations d’Alger (17%). Par contre, elle n’apparaît même pas parmi dans la liste des 10 principales destinations d’exportations du pays. Pékin ne représente, en effet, que 1% des exportations de l’Algérie. Ce déséquilibre fait l’objet d’une attention de la part des autorités algériennes. Selon le ministre algérien des Affaires Etrangères, « l’Algérie est considérée, au regard de ses relations distinguées avec la Chine et de son rôle pivot dans le monde arabe, comme un acteur majeur à même de booster la coopération sino-arabe ». Cependant, cette coopération s’effectuera sans que l’Algérie s’endette auprès de la Chine. Il s’agit là d’une ligne rouge fixée par Alger. L’indépendance financière du pays constitue un objectif primordial pour l’équipe au pouvoir.

L’Algérie constitue un exemple intéressant de souverainisme sur la scène internationale. Il est évident que la dette extérieure constitue un élément de fragilisation d’un pays. Cependant, la mise en œuvre de quelques projets d’infrastructure a été reportée en raison de la crise de financement de l’Etat. Ce constat plaide en faveur d’un rapprochement d’Alger avec la Chine, en vue de commercer directement en yuans avec Pékin. Il s’agit là, d’une part, d’un souhait de Pékin qui désire internationaliser sa monnaie et d’autre part, d’un chemin qu’ont commencé à emprunter certains pays africains. On rappellera, à ce sujet, que 14 pays d’Afrique orientale et australe envisageaient, en mai de cette année, d’utiliser le yuan comme monnaie de réserve.

La chose est d’autant plus facile à concevoir dans le cas algérien que le pays n’est pas spécialement lié au dollar. En avril 2018, l’Algérie ne détenait, en effet, que 681 millions de dollars de dettes US (sur plus de 85 milliards de réserves), dont 680 en titres à court terme

Le souverainisme algérien n’a, chiffres à l’appui, rien d’une illusion…

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