Dans un contexte de montée du nationalisme des ressources en Afrique de l’Ouest, le gouvernement malien a annoncé la création de la Société de Participation Minière du Mali (Sopamim), une entité entièrement détenue par l’État chargée de gérer les participations publiques dans les mines en production. Cette initiative, effective en février 2026, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à accroître le contrôle national sur les richesses minières et à promouvoir la souveraineté économique, selon des analyses récentes publiées par des sources spécialisées en ressources naturelles.
La réforme du code minier malien, initiée en 2023, a porté la participation minimale de l’État et des communautés locales de 20 % à au moins 35 % dans les projets miniers. Sopamim vient compléter cette structure en centralisant la gestion des actifs miniers existants, tandis que la Société de Recherche et d’Exploitation Minière (Sorem), créée en 2022, se concentre sur l’exploration et le développement de nouveaux sites. Cette approche hybride permet au Mali de maintenir des partenariats opérationnels avec des entreprises internationales tout en capturant une part plus importante des bénéfices issus de l’exploitation des ressources, notamment l’or, qui représente une part significative de l’économie malienne.
Selon des données rapportées par Reuters, cette politique de nationalisme des ressources a déjà porté ses fruits : les revenus de l’État issus du secteur aurifère ont augmenté de 52,5 % en 2024, la première année complète d’application du nouveau cadre fiscal et participatif. « Les améliorations fiscales et la participation accrue de l’État au Mali ont généré des progrès budgétaires substantiels, validant les attentes du gouvernement en matière de politiques de nationalisme des ressources », indique une analyse récente de l’agence.
Cette tendance n’est pas isolée au Mali. En Guinée, la part de l’État dans les projets miniers a été relevée de 15 % à 35 % entre 2022 et 2023, avec une amélioration notable de la collecte des impôts. Au Niger, une augmentation similaire de 20 % à 40 % a été mise en place entre 2024 et 2025, incluant des dispositions pour les bénéfices exceptionnels. Ces évolutions régionales, particulièrement dans les juridictions de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine, visent à harmoniser les régimes fiscaux, optimiser les revenus et favoriser le développement de contenus locaux, tels que les infrastructures et la formation professionnelle.
Pour les entreprises minières internationales, comme Barrick Gold, Resolute Mining, Endeavour Mining et Hummingbird Resources, qui opèrent principalement dans les régions ouest et sud du Mali, cette mutation implique des ajustements significatifs. La dilution des participations privées – limitées désormais à un maximum de 65 % – et l’augmentation des coûts de conformité nécessitent une diversification des portefeuilles, une diligence accrue et une intégration plus étroite avec les parties prenantes locales. Les experts soulignent que ces changements, bien que posant des défis opérationnels et financiers, pourraient être transformés en opportunités de partenariats durables, incluant des transferts de technologie et des investissements conjoints en infrastructures.
Cependant, des défis persistent. Les changements réglementaires fréquents – trois réformes au Mali entre 2022 et 2026 – et l’instabilité politique sous des administrations militaires augmentent les risques pour les investisseurs. La gestion des relations avec les États partenaires, la dilution des prises de décision et les obligations communautaires, telles que les investissements en éducation et en santé, ajoutent à la complexité. Une coordination régionale pourrait atténuer ces risques en promouvant une gouvernance harmonisée et en renforçant la confiance des investisseurs.
À l’horizon, les perspectives indiquent une évolution vers des partenariats de nouvelle génération, avec des participations liées à la performance, des accords de partage de technologie mesurables et une alignment sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Pour les pays africains, cette stratégie de contrôle étatique des ressources minières représente un pas vers une souveraineté économique renforcée, en réponse à des décennies d’extraction de valeur perçue comme inégale par les opérateurs étrangers.
Cette initiative malienne illustre un mouvement plus large en Afrique, où les gouvernements cherchent à équilibrer les impératifs de développement avec les pressions fiscales liées à la volatilité des prix des matières premières. Des observateurs internationaux appellent à une navigation prudente pour transformer le nationalisme des ressources en un modèle de développement inclusif et durable.


