Le gouvernement malien a annoncé avoir recouvré plus de 761 milliards de francs CFA (environ 1,2 milliard de dollars) de recettes impayées auprès des sociétés minières. Cette somme colossale, issue d’un audit complet et d’une renégociation des contrats dans le secteur extractif, constitue l’une des interventions les plus importantes en matière de gouvernance des ressources dans l’histoire récente du pays.
Le Mali, classé parmi les 20 premiers producteurs d’or au monde et troisième en Afrique, voit son économie reposer largement sur l’exploitation minière. Face au décalage persistant entre les volumes exportés et les recettes perçues, les autorités de la transition, dirigées par le président Assimi Goïta, ont lancé un audit approfondi. Les conclusions ont été sans appel : l’État aurait perdu entre 300 et 600 milliards de francs CFA (480 à 960 millions de dollars) de recettes fiscales en raison de contrats jugés déséquilibrés, de lacunes fiscales et d’un contrôle insuffisant.
La réponse du gouvernement a été double : un recouvrement agressif des créances et une refonte majeure de la législation minière. Pilier de cette réforme, le nouveau Code minier de 2023 remplace la loi de 2019 et renforce significativement la mainmise de l’État sur ses ressources. Les principales innovations incluent :
-
Une participation gratuite de 10% de l’État dans toutes les opérations minières.
-
La possibilité pour le gouvernement d’acquérir une participation supplémentaire de 20% dès les premières années de production.
-
Une cession obligatoire de 5% des parts à des investisseurs locaux, portant la participation combinée État/collectivités à un maximum potentiel de 35%, contre 20% auparavant.
Ce recouvrement massif intervient à un moment crucial pour les finances publiques maliennes, dans un contexte de tensions économiques et de transition politique. En 2023, le secteur minier avait déjà contribué à hauteur de 644 milliards de francs CFA au budget de l’État, soit 21,5% des recettes publiques totales. Le secteur représentait 6,3% du PIB et ses exportations (principalement de l’or, avec 70 tonnes produites) généraient près des trois quarts des recettes d’exportation du pays, tout en créant 61 023 emplois.
Pour le gouvernement, ces réformes marquent un tournant vers une plus grande justice économique et une souveraineté nationale renforcée sur les ressources stratégiques. L’objectif est clair : garantir que l’exploitation des richesses du sous-sol contribue plus directement et plus équitablement au développement national.
Pour les investisseurs internationaux et les sociétés minières en place, l’environnement réglementaire entre dans une nouvelle ère, caractérisée par un contrôle étatique accru et une exigence renforcée de retombées locales. Le succès de cette politique, qui pourrait inspirer d’autres pays riches en ressources, se mesurera à sa capacité à concilier attractivité des investissements et bénéfices tangibles pour l’économie et la population malienne.


