Le paysage énergétique nigérian franchit une étape décisive sous l’impulsion du président Bola Tinubu. Dans une volonté affirmée de redynamiser le secteur pétrolier national, le chef de l’État a officiellement approuvé une série d’incitations fiscales et réglementaires « ciblées et liées à l’investissement » spécifiquement conçues pour le projet en eaux profondes Bonga Sud-Ouest, opéré par le géant Shell. Cette annonce fait suite à une rencontre de haut niveau entre le président nigérian et le PDG du groupe pétrolier, Wael Sawan, marquant un tournant dans la stratégie d’attractivité du premier producteur de brut africain.
Ces nouvelles mesures ne constituent pas des avantages fiscaux systématiques, mais s’inscrivent dans une logique de performance et de réciprocité. Le président Tinubu a tenu à préciser que ces incitations sont strictement conditionnées à l’apport de capitaux frais, à l’augmentation concrète des volumes de production et à une intégration rigoureuse du contenu local. L’objectif politique est limpide : le gouvernement exige que la décision d’investissement finale pour le champ Bonga Sud-Ouest soit actée avant la fin du mandat actuel de l’administration.
L’enjeu financier derrière cette collaboration est colossal pour l’économie nigériane. Selon les précisions apportées par Olu Arowolo Verheijen, conseillère spéciale du président pour l’énergie, Shell a fait part de son intention d’injecter environ 20 milliards de dollars supplémentaires dans le futur projet Bonga Sud-Ouest. Cet engagement massif vient s’ajouter aux 7 milliards de dollars déjà investis par le gouvernement dans divers projets offshore, dont Bonga Nord, depuis l’accession au pouvoir de Tinubu en 2023.
Pour Shell, cette accélération confirme un pivot stratégique majeur. Après s’être désengagée de plusieurs actifs terrestres souvent marqués par des défis sécuritaires et environnementaux, la compagnie recentre ses activités sur le gaz et les eaux profondes, des segments jugés plus rentables et stables. En augmentant sa participation dans le champ de Bonga à 65 % l’année dernière suite à un rachat de parts auprès de TotalEnergies, Shell réaffirme sa confiance à long terme dans le potentiel offshore du Nigeria.
Cette synergie entre les réformes réglementaires d’Abuja et les ambitions de Shell semble redonner un second souffle à l’industrie pétrolière du pays. En liant étroitement les allégements fiscaux à des résultats de production tangibles, le gouvernement nigérian espère non seulement stabiliser ses revenus pétroliers, mais aussi consolider sa position de leader sur l’échiquier énergétique africain tout en modernisant ses infrastructures de production flottantes.


