Le mégaprojet gazier transafricain entre dans une nouvelle phase. L’Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM) prépare une première opération de levée de fonds pour financer le gazoduc Nigeria-Maroc, une infrastructure estimée à 25 milliards de dollars. Ce projet colossal, conçu pour s’étendre sur environ 6 900 kilomètres, pourrait redessiner la carte énergétique entre l’Afrique et l’Europe.
Une étape clé vient d’être franchie dans le développement du gazoduc Nigeria-Maroc. L’ONHYM s’apprête à lancer sa première levée de fonds depuis sa transformation en société anonyme en février 2026. Cette opération vise à mobiliser une partie des 25 milliards de dollars nécessaires à la réalisation de cette infrastructure reliant les champs gaziers d’Afrique de l’Ouest à la façade méditerranéenne.
Une source autorisée au sein de l’Office a toutefois précisé que cette levée de fonds ne serait pas portée directement par l’ONHYM. Elle serait plutôt orchestrée par une société de projet dédiée, constituée avec le partenaire nigérian, la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC Limited). Cette structure s’inscrit dans le cadre institutionnel prévu par l’accord intergouvernemental.
Lancé en 2018, le gazoduc Nigeria-Maroc, officiellement dénommé « African Atlantic Gas Pipeline », est un projet d’une envergure considérable. Avec une longueur estimée à près de 6 900 kilomètres, il combinera des tronçons terrestres et offshore pour traverser une douzaine de pays ouest-africains: Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Guinée, Guinée-Bissau, Gambie, Sénégal, Mauritanie, avant d’atteindre le Maroc. Sa capacité de transport est prévue pour atteindre entre 15 et 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, alimentant environ 400 millions de personnes dans 13 pays côtiers.
Le projet a franchi des étapes techniques décisives. Les études de faisabilité, la conception préliminaire (FEED) et les études d’impact environnemental ont été achevées, et le tracé du pipeline a été finalisé en 2025.
Le financement de ce projet titanesque repose sur une architecture complexe. Comme le détaille Amina Benkhadra, directrice générale de l’ONHYM, la signature de l’accord intergouvernemental (IGA) est attendue en 2026. Ce n’est qu’après cette étape juridique que la société de projet, une coentreprise entre l’ONHYM et la NNPC, deviendra pleinement opérationnelle.
« Le projet ne repose pas sur une seule décision finale d’investissement« , a expliqué Mme Benkhadra. « Chaque segment est conçu pour être développé comme un ‘système autonome’ afin de permettre une création de valeur rapide« . Les premiers flux de gaz sont ainsi attendus dès 2031 pour les phases initiales du projet.
Selon la source autorisée de l’ONHYM, le montant définitif de la première levée de fonds, sa nature et son calendrier seront précisés ultérieurement. La structure de financement sera dirigée par la société de projet, qui mobilisera un mélange de capitaux propres et de dettes. Le projet a déjà suscité un fort intérêt. Des bailleurs de fonds internationaux comme les Émirats arabes unis, le Fonds de l’OPEP, la Banque européenne d’investissement, la Banque islamique de développement et des institutions financières africaines (Afreximbank, Africa Finance Corporation) ont manifesté leur intérêt.
Positionner le Maroc comme hub énergétique. Le projet revêt une importance stratégique capitale. En se connectant au terminal nord du gazoduc Maghreb-Europe, il permettra d’acheminer le gaz ouest-africain vers le Vieux Continent. Le Maroc ambitionne ainsi de s’affirmer comme un pont énergétique essentiel entre l’Afrique et l’Europe à un moment où l’Union européenne cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement.
Défis sécuritaires et de production. Toutefois, le projet doit surmonter des obstacles majeurs. De vastes sections du pipeline traverseront des régions d’Afrique de l’Ouest où l’instabilité politique, les insurrections djihadistes, les activités criminelles ou les conflits communautaires sont monnaie courante, soulevant des questions cruciales de sécurité. Sur le plan de l’offre, la capacité du Nigeria à maintenir des volumes d’exportation suffisants à long terme, alors que son marché domestique est structurellement sous-alimenté, demeure une interrogation sérieuse.
Pour surmonter ces obstacles, le Nigeria a lancé sa « Décennie du gaz ». Le pays, qui dispose de réserves prouvées estimées à 200 000 milliards de pieds cubes, entend débloquer jusqu’à 20 milliards de dollars de nouveaux investissements à travers plus de 70 projets gaziers prioritaires dans les années à venir.
Rivalité régionale. Ce projet entre également en concurrence avec d’autres initiatives. L’Algérie promeut un gazoduc transsaharien concurrent reliant les champs nigérians au marché européen via un itinéraire désertique plus court. Le Maroc et ses partenaires misent sur une approche inclusive en impliquant un maximum de pays riverains pour faire de leur corridor une clé de voûte de l’intégration régionale.
Conclusion. Avec le lancement imminent de sa première levée de fonds, le projet de gazoduc Nigeria-Maroc entre dans une phase décisive. S’il réussit à lever les 25 milliards de dollars nécessaires et à surmonter les défis sécuritaires et politiques, le « African Atlantic Gas Pipeline » pourrait non seulement transformer le paysage énergétique du continent, mais aussi devenir un puissant levier d’intégration économique pour une grande partie de l’Afrique de l’Ouest.
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