La crise géopolitique au Moyen-Orient, marquée par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, provoque une sévère pénurie de carburéacteur (jet fuel) en Europe, poussant les acteurs du secteur à se tourner vers de nouvelles sources d’approvisionnement, notamment la raffinerie Dangote au Nigeria et le bassin Atlantique.
Selon un rapport de Kpler, les perturbations ont réduit d’environ 21 % les expéditions mondiales de jet fuel par voie maritime. L’Europe, qui dépendait fortement des cargaisons en provenance d’Asie et du Golfe, fait face à une contraction brutale des flux en provenance de l’Est. Les prix élevés en Asie, les restrictions à l’exportation en Chine et potentiellement en Corée du Sud, ainsi que les incertitudes liées aux sanctions européennes sur le brut russe (affectant notamment les approvisionnements indiens de la raffinerie Jamnagar), rendent ces sources de plus en plus difficiles d’accès.
Dans ce contexte tendu, l’attention se porte désormais sur le bassin Atlantique, en particulier la côte du Golfe des États-Unis et l’Afrique de l’Ouest. La raffinerie Dangote, la plus grande d’Afrique avec une capacité de 650 000 barils par jour, émerge comme une option crédible. En 2025, elle a exporté environ 89 000 barils par jour de carburéacteur. Grâce à la montée en puissance de cette unité, l’Afrique de l’Ouest est devenue structurellement excédentaire en produits raffinés, même si la priorité reste souvent donnée à la satisfaction de la demande domestique nigériane et régionale.
Cependant, les alternatives restent limitées. Les exportations en provenance du Golfe des États-Unis sont contraintes par une forte demande en Amérique latine, des différences de spécifications techniques et des goulets d’étranglement infrastructurels : les volumes expédiés vers l’Europe dépassent rarement un million de tonnes par mois, même lorsque les opportunités d’arbitrage sont attractives. Les analystes estiment que ni les cargaisons américaines ni celles en provenance d’Afrique de l’Ouest ne pourront pleinement compenser la perte des volumes moyen-orientaux.
L’Europe peine également à augmenter sa propre production de jet fuel en interne. Les raffineries européennes sont limitées par leur configuration, leurs engagements en diesel et des contraintes logistiques. Le carburant d’aviation durable (SAF) progresse sous la pression réglementaire, mais ne représente encore qu’une part marginale de l’offre totale.
À court terme, le marché devrait s’ajuster via une hausse des prix et l’allongement des routes commerciales. Le niveau de gravité de la crise dépendra de la durée des perturbations géopolitiques et de la rapidité avec laquelle les sources alternatives pourront être mobilisées. Les compagnies aériennes européennes, dont Air France-KLM et EasyJet, préparent déjà des plans de contingence face à cette incertitude.
Cette situation met en lumière la vulnérabilité structurelle de l’Europe en matière de produits raffinés et pourrait accélérer la diversification de ses approvisionnements vers l’Atlantique. Pour la raffinerie Dangote, dirigée par le milliardaire nigérian Aliko Dangote, cette crise représente une opportunité d’accroître ses exportations vers un marché premium, renforçant ainsi son rôle stratégique sur la scène énergétique internationale. Le plein impact sur les prix et les volumes devrait se préciser dans les prochaines semaines.


