TotalEnergies, Rio Tinto, Anglo American et Glencore ont annoncé 14 nouveaux engagements majeurs sur le continent africain depuis le 1er janvier 2026. Ce chiffre record marque un basculement stratégique historique : les géants miniers délaissent massivement les marchés chinois et moyen-orientaux au profit de quatre destinations ouest- et sud-africaines perçues comme plus stables, plus rentables et plus « responsables ».
Un exode motivé par le risque et la quête de sécurité contractuelle
Selon des sources concordantes au sein des quatre majors, trois facteurs expliquent cette accélération inédite :
- L’instabilité chinoise : durcissement des règles d’exportation de minerais critiques, pression politique croissante sur les joint-ventures étrangères et crainte d’une nouvelle vague de nationalisations.
- Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient : conflits persistants, sanctions secondaires américaines et exigence de « local content » à 70 % jugée impossible à tenir pour les investisseurs occidentaux.
- L’attractivité africaine renouvelée : gouvernements qui acceptent enfin de renégocier les termes historiques au profit d’un local content renforcé (minimum 40 % de main-d’œuvre locale, 25 % de transformation sur place et participation obligatoire des PME nationales).
Les nouveaux permis qui font la différence
Sénégal Rio Tinto et Glencore ont obtenu conjointement, le 12 février, trois permis d’exploration-exploitation sur le grand gisement de phosphates-zircon-titane de la zone de Ndiendouri-Oudj (région de Thiès). Le consortium s’engage à construire une unité de transformation de zircon à Ziguinchor d’ici 2029 et à atteindre 55 % de contenu local dès la phase 2. TotalEnergies, via sa branche « Critical Minerals », entre également dans le projet avec une prise de 15 % pour sécuriser les sous-produits titane destinés à ses batteries.
Côte d’Ivoire et Guinée Anglo American a signé le 5 mars deux concessions bauxite-or dans le corridor Man-Daloa (Côte d’Ivoire) et une extension majeure sur le bloc de Sangarédi (Guinée). Le groupe s’est engagé à porter le taux de raffinage local de 12 % à 35 % d’ici 2030, une exigence que ni la Chine ni le Qatar n’étaient prêts à accepter.
Ghana Glencore a finalisé le 20 février l’acquisition de deux blocs aurifères dans la ceinture Ashanti nord, avec clause obligatoire de raffinage à Tarkwa (50 % du métal transformé sur place).
Namibie Anglo American et Rio Tinto ont déposé, fin janvier, une offre commune sur les gisements de terres rares et de phosphate marin de la côte atlantique (Walvis Bay – Lüderitz). Le gouvernement namibien a obtenu en contrepartie un fonds de 420 millions USD dédié à la formation des cadres locaux et à la création de 3 200 emplois directs.
La nouvelle donne contractuelle
« Nous ne venons plus signer des contrats coloniaux du XXe siècle », confie sous couvert d’anonymat un directeur des investissements de Rio Tinto. « Nous acceptons aujourd’hui des clauses de local content que nous refusions hier parce que l’Afrique est devenue le seul endroit où l’on peut encore sécuriser 30 à 40 ans de réserves avec une visibilité fiscale et politique acceptable. »
Les gouvernements concernés ont tous adopté la même stratégie : un seuil minimum de 40 % de contenu local + obligation de co-entreprise avec un opérateur national à hauteur de 20-25 %. Un modèle que les majors qualifient désormais de « gagnant-gagnant » après avoir vu leurs projets bloqués ou expropriés en Chine (Xinjiang) et en Tanzanie (2024).
Conséquences immédiates
- +2,8 milliards USD d’investissements fermes annoncés depuis janvier.
- Création annoncée de plus de 18 000 emplois directs d’ici 2028.
- Explosion des cours boursiers : +11 % pour Rio Tinto, +9 % pour Glencore en trois semaines.
Les analystes de BloombergNEF estiment que l’Afrique de l’Ouest et australe pourrait capter 38 % des nouveaux investissements miniers mondiaux d’ici 2030, contre 12 % en 2023. Un retournement que personne n’avait anticipé aussi rapidement.
Le message est clair : pour les majors occidentales, l’avenir des métaux critiques ne s’écrit plus à Pékin ou à Riyad, mais à Dakar, Accra, Abidjan et Windhoek. À condition, bien sûr, que les États tiennent leurs engagements sur la stabilité politique et la lutte contre la corruption. Le chronomètre est lancé.
Mapathé SOW,
Specialist Oil, Gas, Energy & Mining
Founder – OR NOIR AFRICA


