Alors que le conflit au Moyen-Orient, opposant États-Unis, Israël et Iran, entre dans sa troisième semaine et paralyse partiellement le détroit d’Ormuz – par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial –, la Chine, premier importateur planétaire de brut, fait figure de résiliente. Malgré une flambée des cours dépassant les 100 dollars le baril le 16 mars, Pékin limite les dégâts grâce à une stratégie de long terme bâtie autour de réserves stratégiques massives, diversification des approvisionnements, relance de la production domestique et accélération des énergies renouvelables.
Selon l’analyse publiée par France 24 le 16 mars, la Chine tire une partie de sa force de ses réserves stratégiques de pétrole brut, estimées entre 1,2 et 1,4 milliard de barils – un stock couvrant environ 100 jours d’importations. « La Chine a constitué et reconstitué ses réserves stratégiques au cours des vingt dernières années, précisément pour se préparer à des moments comme celui-ci », explique Erica Downs, chercheuse au Centre de politique énergétique mondiale de l’université Columbia. Ces stocks, accumulés discrètement, ont été renforcés ces derniers mois : les importations de brut ont bondi de 16 % au cours des deux premiers mois de 2026 par rapport à 2025, signe d’une anticipation du risque iranien.
La dépendance au Moyen-Orient reste élevée – 57 % des importations directes de pétrole brut en 2025 provenaient de la région, avec l’Iran comme fournisseur clé malgré les sanctions. Mais Pékin a réduit cette exposition : la part du Moyen-Orient dans les approvisionnements est passée de 60 % à 50 % sur l’année écoulée, grâce à un pivot marqué vers la Russie (livraisons accrues via pipelines et tankers) et d’autres sources (Brésil, Angola). Le projet de gazoduc Power of Siberia 2 reliant la Russie à la Chine pourrait s’accélérer dans ce contexte, malgré les tensions liées à l’Ukraine.
Sur le plan domestique, la production pétrolière chinoise dépasse les 4 millions de barils par jour depuis 2019, limitant le recours aux importations. Parallèlement, Pékin mise sur une transition énergétique agressive : en 2025, 38 % de l’électricité provenait de sources bas-carbone (solaire et éolien), avec un dépassement du charbon par ces énergies renouvelables au printemps 2025. Le pays prévoit de doubler sa production d’électricité renouvelable entre 2022 et 2030, dans le cadre de ses engagements climatiques (plafonnement des émissions de CO₂ d’ici 2030, neutralité carbone en 2060).
L’électrification massive du transport renforce cette résilience : 12 % du parc automobile est électrique, et 30 % des ventes de camions lourds neufs l’étaient l’an dernier. Résultat : le pétrole représente désormais moins de la moitié de l’énergie primaire consommée en Chine, contre une part beaucoup plus élevée aux États-Unis ou en Europe. Anders Hove, de l’Oxford Institute for Energy Studies, note que cette stratégie, initialement industrielle, a progressivement intégré une dimension de sécurité énergétique.
Face à la crise immédiate, le gouvernement a suspendu début mars les exportations de produits raffinés (gazole, essence) pour prioriser le marché intérieur, limitant la hausse des prix à la pompe (+27,5 yuans, soit environ 3,4 euros pour un plein de 50 litres depuis la semaine dernière). Pékin multiplie les appels à la négociation pour un cessez-le-feu et espère un régime de faveur iranien pour ses pétroliers transitant par Ormuz – un navire pakistanais a franchi le détroit le week-end dernier avec traçage activé.
Donald Trump a proposé à la Chine de rejoindre une coalition militaire pour sécuriser le passage stratégique, sans réponse officielle de Pékin à ce jour. Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS, rappelle toutefois les limites : « On ne peut pas toujours remplacer une énergie par une autre. […] Tous les produits de la pétrochimie, industrie clé dans n’importe quelle économie moderne, ont besoin de pétrole. »
Malgré ces atouts, la Chine reste exposée à un choc prolongé : une destruction de la demande mondiale (via hausse des coûts en Europe et aux États-Unis) pourrait freiner ses exportations manufacturières. Pour l’instant, sa préparation de longue date lui permet de résister mieux que d’autres grandes économies, transformant un risque géopolitique majeur en test de résilience maîtrisé.
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