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Sénégal : La loi sur le contenu local, quels impacts pour le secteur des assurances

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Sénégal : La loi sur le contenu local, quels impacts pour le secteur des assurances

La loi sur le «contenu local » adoptée le 24 Janvier 2019 par l’Assemblée nationale va permettre au Sénégal de se doter désormais, à l’instar d’un pays comme le Ghana, d’un cadre propice à l’augmentation de la valeur ajoutée locale et à la création d’emplois locaux dans le cycle de vie des projets pétroliers et gaziers.

Les principes directeurs et objectifs découlant de la combinaison de la loi précitée et de l’article 58 du nouveau Code Pétrolier de 2019 permettent assurément la prise en compte des intérêts exclusifs des entreprises nationales dans tous les domaines où elles peuvent intervenir et qui seraient en relation avec la chaine d’exploitation, de production, de sécurisation et de commercialisation des ressources pétrolières et gazières.

Ces intérêts doivent s’exprimer à travers le relèvement du « plateau de compétence » (formation du personnel local, transfert de technologie,) et du « plateau d’affaires » des Entreprises nationales (participation des investisseurs privés nationaux aux opérations pétrolières et octroi de contrats de fourniture de travaux, biens et services aux entreprises nationales),  mais également à travers le « renforcement de la compétitivité nationale et internationale des Entreprises Sénégalaises ».

L’industrie des assurances au Sénégal n’échappe pas à ces règles et principes, d’autant plus qu’il s’agit du seul secteur pour lequel le législateur a consacré spécialement une disposition (cf. article 10 de la loi sur le « contenu local »).

Sur cette base, les compagnies d’assurances agréées au Sénégal ont eu la prompte initiative de créer, par anticipation à cette nouvelle donne, le « Pool d’assurance des Risques Pétroliers & Gaziers » qui se présente comme une organisation avec la SEN-RE et le marché International de la Réassurance en vue de disposer d’une capacité suffisante leur permettant de couvrir les risques pétroliers selon le principe de la coassurance et de la réassurance.

Cette organisation trouve une légitimité particulière et une base légale non seulement dans l’article 10 de ladite loi, mais également dans la partie de la déclaration du Président de la République, réservée au « local content » ou « contenu local » notamment dans le secteur des assurances à l’occasion  de la réunion du Groupe Consultatif de Paris.

Il s’agit d’une réaction inédite notée dans la zone de la Conférence interafricaine des marchés de l’assurance (CIMA).

Toutefois, le sens et la portée de cette loi sont-ils bien compris par les différents acteurs concernés de l’économie nationale ? En plus, la philosophie du  « local content »  telle que déclinée est-elle bien appréhendée ?

La question mérite d’être posée à propos de l’industrie locale des Assurances, au vu de la tournure que l’application des principes posés par ladite loi commence à prendre chez les Assureurs du marché sénégalais.

En effet, le conflit commercial évoqué dans la presse écrite (« Financial Afrik » et « observateur » précisément) entre la compagnie AMSA Assurances et le « Pool d’assurance des Risques Pétroliers & Gaziers » à l’occasion de la première affaire réalisée, installe déjà le doute. Le traitement réservé à cette affaire laisse perplexe quant à la bonne compréhension par les assureurs, des motivations, principes directeurs, objectifs principaux et bien sûr du champ d’application de la politique nationale en matière de «contenu local» dans le secteur des hydrocarbures.

Loin de jeter le discrédit sur la stratégie mise en place par les assureurs à ce jour et ses conséquences déjà perceptibles, notre intention est d’identifier et surtout d’indiquer aux compagnies d’assurances, les véritables enjeux de la loi sur le « contenu local » au Sénégal et les possibilités probablement méconnues mais plus larges que cette dernière offre à l’industrie sénégalaise des Assurances et à ses différents acteurs.

  1. Les enjeux du «contenu local» dans l’industrie des Assurances

Au vu des principes directeurs et objectifs déclinés ci-dessus, les professionnels de        l’assurance auraient dû se poser les questions suivantes :

  • quelles sont les véritables composantes professionnelles de l’industrie ou du secteur des Assurances?
  • est-ce exclusivement les compagnies d’assurances ? les sociétés de courtage et d’intermédiation (courtiers) en Assurance dûment agréées par l’Etat du Sénégal  sont-elles concernées ?
  • ces compagnies et courtiers sont-ils par ailleurs considérés comme des sociétés de nationalité sénégalaise, compte tenu de la composition de leur capital social, à l’effet de remplir le critère d’éligibilité pour bénéficier en priorité des retombées de cette loi ?
  • enfin, le marché sénégalais, dans sa configuration actuelle, n’aurait-il pas besoin d’une restructuration profonde, compte tenu de la faible capacité notée à prendre entièrement en charge les risques pétroliers et gaziers, de peur de céder en fronting la presque totalité des affaires souscrites aux sociétés de réassurances étrangères?

Autant de questions que les professionnels des assurances doivent se poser et auxquelles des réponses pertinentes pourraient apporter les éclairages nécessaires à la stratégie qu’ils doivent adopter :

a)A propos des composantes professionnelles du marché sénégalais, Il faut reconnaitre sans risque de se tromper que les sociétés de courtage, de droit national, font bel et bien partie du dispositif permettant d’assurer le service de l’assurance compte tenu de leur expertise, et au regard des dispositions du code CIMA relatives aux conditions de création, d’agrément et de fonctionnement.

Pour rappel, elles jouent un rôle essentiel de conseil et de gestion des conflits pouvant survenir entre les compagnies d’assurances et les assurés, fussent-ils des assurés opérant dans le domaine pétrolier ou gazier.

Au surplus, elles représentent une part extrêmement importante dans le chiffre d’affaires des compagnies IARD, sans oublier que la plupart de ces sociétés est le fruit d’investissements de sénégalais qui participent ainsi au développement de l’économie nationale.

Par ailleurs, leur activité, de par sa nature et contrairement à celle des compagnies d’assurances, ne donne pas lieu à des cessions de réassurance à l’étranger. Les commissions captées dans les affaires souscrites sont en général retenues dans l’économie sénégalaise. Il est alors certain que l’essentiel de leur chiffre d’affaires est réinjecté dans l’économie nationale en terme d’épargnes bancaires, d’investissements dans d’autres secteurs de l’économie (immobilier, achats d’actions, souscriptions possibles aux obligations d’Etat, salaires etc…) et enfin, en terme d’obligations fiscales.

Ces sociétés sont aujourd’hui au nombre de soixante-dix-sept (77) agréées par l’Etat du Sénégal, suivant la liste officielle publiée par la Direction des Assurances.

Aussi, et c’est très important, leur intervention dans le placement des affaires aussi bien en Assurances qu’en Réassurances permet-elle de réduire à certains égards les flux de capitaux (pourcentage des primes cédées) sur le marché de la réassurance à l’étranger compte tenu de leurs taux de commissionnement qui avoisinent en moyenne les 18 à 20% des primes d’assurance.

Même s’il est vrai qu’une bonne partie du chiffre d’affaires du courtage revient aux filiales de groupes étrangers, comme c’est le cas d’ailleurs pour  les compagnies d’assurances, le rôle positif des sociétés de courtage dans l’économie nationale est assurément  indéniable. Enfin et pour faire écho à cette dernière question éminemment juridique, une étude concernant les critères de nationalité des sociétés et les conséquences qu’implique l’application de la loi sur le « local content », doit être menée.

b) L’autre enjeu est relatif à la taille du marché sénégalais des assurances.

En effet, nous convenons tous aujourd’hui que ce marché ne dispose pas de la capacité suffisante pour absorber plus de 10% (pourcentage très optimiste) des risques pétro-gaziers qui se profilent à l’horizon. Quelle solution ?

La restructuration du marché des Assurances du Sénégal devient alors une question essentielle dans la mesure où c’est l’un des secteurs qui doivent s’adapter à cette nouvelle donne (exploitation du pétrole et du gaz) pour en profiter économiquement et financièrement et, jouer véritablement le rôle attendu d’eux par l’Etat.

Il ne devrait pas s’agir seulement de s’organiser en pool pour capter les parts de risques qui sont à la portée actuelle du marché. En effet,  les marchés d’assurances doivent grandir par l’évolution de leur économie et par l’ingéniosité de leurs acteurs et cadres accompagnés par les investisseurs. A notre avis, les moyens financiers pour créer d’autres compagnies et l’expertise adéquate ne manquent pas au Sénégal. C’est le moment d’y réfléchir profondément en incluant tous les acteurs de l’industrie des assurances et même ceux qui sont hors du métier dès l’instant que ces derniers (investisseurs) peuvent participer à la mise en place des conditions qui favoriseront l’augmentation des capacités du marché sénégalais.

  • Pour une démarche inclusive de tous les acteurs du monde des assurances.

Seule une démarche globalisante et inclusive pourrait permettre de faire face à toutes les problématiques abordées ci-dessus. Il est en effet très clair que le secteur des assurances au Sénégal compte aujourd’hui autour de 18 compagnies d’assurances IARD et 08 compagnies VIE, mais également, comme nous l’avons affirmé précédemment,  77  sociétés de courtage et de conseil en Assurances au titre de l’année 2019, constituées pour la majorité sous forme de S.A, dument agréées auprès des autorités sénégalaises et dont la plupart est le fruit d’investissements de sénégalais.

Combien de sociétés seraient mises en marge de la plus grande opportunité de transformation de l’économie du Sénégal et de l’industrie des assurances si un processus de mutualisation des efforts du marché est enclenché sans la prise en compte des sociétés de courtage d’assurances ? Ce serait d’autant plus regrettable qu’il s’agit d’une catégorie professionnelle qui pourrait apporter un avis important pour la prise en charge des questions essentielles qui se posent actuellement dans le marché.

La meilleure stratégie serait d’associer toutes les sociétés de courtage agréées en tant qu’actrices et composantes de l’industrie des Assurances dans le pool Pétrolier et gazier déjà mis en place par les sociétés d’assurances.  C’est moins un partage du gâteau que la recherche de solutions d’ensemble qui s’impose au  marché qui doit rapidement s’adapter à cette évolution. Des solutions pour la question particulière d’une meilleure et excellente répartition des produits du « local content » en assurances (création d’emplois et relèvement des compétences, chiffre- d’affaires des compagnies d’assurances et sociétés de courtage, apports dans l’économie etc…) et celle d’une restructuration du marché. Les sociétés de courtage d’assurances ont donc leur mot à dire.

De toutes façons, nous pensons que les sociétés de courtage locales sauront prendre leur destin en main au cas où elles ne seraient pas intégrées dans le pool pétrolier et gazier ou dans un groupe d’études plus large.

Eventuellement, les investisseurs aussi intéressés par notre secteur pour sa transformation en profondeur, pourraient être concernés. Ils participeront à la recherche de solutions d’ensemble puisqu’ appelés à financer certaines opérations de création de nouvelles sociétés d’assurances et de réassurances.

Le défi aujourd’hui n’est donc pas de capter ce que nous, assureurs, sommes en mesure de prendre de ce marché, mais de l’aider à s’agrandir, à augmenter sa capacité au bénéfice de tous ses acteurs et de l’économie nationale. Il est donc quantitatif et qualitatif.

C’est seulement dans ces conditions que nous pourrons cerner les véritables problèmes que pose cette nouvelle donne du secteur de l’hydrocarbure et de répondre convenablement au rendez-vous de l’histoire qui va dans le sens de trouver la voie d’une croissance inclusive qui profite à l’économie nationale, mais surtout aux Entreprises nationales et aux populations.

Il est encore temps de RECTIFIER le tir.

Djibril DIA, Juriste et Consultant en Assurance

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NJ Ayuk : « mon livre «Billions at Play : The Future of Energy in Africa and Doing Deals»… « 

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NJ Ayuk : "mon livre «Billions at Play : The Future of Energy in Africa and Doing Deals»... "

L’avocat NJ Ayuk, spécialiste des questions énergétiques en Afrique, a effectué une présentation de son nouveau livre «Billions at Play : The Future of Energy in Africa and Doing Deals» en marge du Africa Oil and Power 2019 au Cap. Le président de la Chambre africaine de l’énergie évoque ici les questions majeures de son livre dont la gestion des ressources en hydrocarbures, la posture des Etats africains dans les négociations ainsi que la gestion transparente de cette industrie. L’animateur de la Grande Conférence sur le contenu local aborde aussi les perspectives d’un Sénégal producteur de pétrole et de gaz.

Votre nouveau livre «Des milliards en jeu : Le future de l’énergie et des affaires en Afrique» s’intéresse aux négociations et contrats entre les Etats africains disposant de ressources énergétiques et les différentes compagnies dans le secteur des hydrocarbures. Pourquoi un tel intérêt ?

Les capacités de négociations des Etats africains avec leurs investisseurs sont au cœur des problématiques liées au développement économique et au contenu local en Afrique. Notre connaissance des dynamiques mondiales du secteur de l’énergie, mais aussi nos capacités à nous mettre en position de force sur la table des négociations sont des éléments majeurs qui permettent la signature de contrats qui bénéficient les économies et populations africaines. «Des milliards en jeu» explore cette problématique non seulement en ce qui concerne les contrats de partage de production, mais également tout accord régissant le fonctionnement d’une société, que ce soit les politiques mises en place pour favoriser l’embauche des femmes ou les contrats d’investissement qui doivent permettre le développement du contenu local et la création d’emplois.

Que conseille l’avocat spécialisé en hydrocarbures aux nouveaux pays ayant découvert des gisements considérables ?

Les nouveaux pays ayant découvert des hydrocarbures doivent préparer à la fois leur cadre réglementaire, mais aussi le niveau de compétences locales disponibles dans leur marché. Le cadre réglementaire est le pilier du développement futur de toute industrie, y compris celle des hydrocarbures. Des cadres adaptés et progressifs doivent être mis en place, qui tiennent compte de l’avancement de l’industrie dans chaque marché. Un pays ne produisant que très peu de pétrole et de gaz et ayant tout juste découvert de grandes réserves comme le Sénégal, n’établira pas le même cadre réglementaire qu’un pays comme le Congo, qui produit plusieurs centaines de milliers de barils par jour depuis des décennies.
Préparer la main-d’œuvre locale est un second élément-clé. Alors que les pays africains développent des cadres réglementaires favorisant le contenu local, il est nécessaire qu’ils puissent offrir aux compagnies étrangères une main-d’œuvre locale qui soit convenablement formée et éduquée.

La production de pétrole et de gaz génère d’importantes ressources pour les pays. Comment faire pour que ces ressources profitent aux populations africaines, premières détentrices du gaz et du pétrole ?

L’introduction de régulations sur le contenu local est très importante. Les exemples récents de nouveaux codes des hydrocarbures au Cameroun ou au Gabon en sont de très bons exemples. Celui du Sénégal en est un autre. Les investisseurs étrangers n’investiront dans l’économie locale que s’ils y sont obligés. Il faut donc prévoir dans les régulations et les contrats des clauses stipulant que l’embauche d’une main d’œuvre locale et la fourniture de services et biens locaux sont une obligation dans tout projet d’hydrocarbures.
Il faut également s’assurer d’une distribution transparente et équilibrée des revenus du secteur à travers l’Economie nationale. Encore une fois, l’adoption de normes internationales en matière de bonne gouvernance et de transparence est nécessaire. En suivant ces principes, l’on s’assure que l’industrie soit génératrice d’emplois pour les populations locales, favorise le développement de sociétés indigènes, et que ses revenus soient redistribués dans des projets d’infrastructures qui appuient le développement de l’économie locale dans son ensemble.

Les ressources importantes en gaz de l’Afrique peuvent-elles être considérées comme un levier d’essor dans la production d’électricité, la diversification des économies et l’appui d’industries majeures comme l’agriculture ?

Absolument. Elles sont un levier d’essor dans la production d’électricité à condition encore une fois, que les contrats de partage de production contiennent des clauses concernant l’allocation d’une certaine partie de la production à la consommation nationale. C’est le cas au Sénégal par exemple, où une partie du gaz qui sera produit doit être réservée au Sénégal. Ce gaz peut non seulement alimenter des centrales électriques, mais aussi servir de combustible à des industries telles que le ciment et l’acier, ou être utilisé dans la production de produits pétrochimiques et d’engrais.

Le développement de ces ressources génère évidemment des revenus considérables pour le pays, qui peut ensuite les redistribuer pour soutenir le développement industriel national et des secteurs-clés comme l’agriculture. C’est la trajectoire empruntée par de nombreux pays pétroliers africains comme la Guinée Equatoriale ou le Nigeria, qui s’appuient de plus en plus sur les revenus du pétrole et du gaz pour financer leur diversification économique.

Que vous inspire l’approche du Sénégal jusqu’à présent en préparation de son virage pétrolier et gazier avec l’organisation d’un cadre légal et la consolidation des mécanismes d’accompagnement ?

Le Sénégal a fait preuve de beaucoup de cohérence et de pragmatisme. Les débats nationaux qui ont suivi les grandes découvertes depuis 2014 et qui ont précédé le changement du cadre réglementaire ont permis l’inclusion de l’industrie, du secteur privé et de la Société civile. Ceci est très positif et a été grandement salué à l’échelle régionale et mondiale.
L’évolution du cadre réglementaire sénégalais, ainsi que l’ouverture récente de l’Institut national du pétrole et du gaz (Inpg), sont une preuve de la volonté politique sénégalaise d’être prêt à la fois au niveau réglementaire et local à accueillir l’industrie des hydrocarbures et à être en mesure d’en tirer le plus de bénéfices possibles pour les Sénégalais.

Vous vous faites un défenseur dans ce livre des Etats africains dans la gestion de leurs ressources en hydrocarbures. Quelle est la place de leur responsabilisation et de la reddition des comptes pour une transparence de ces secteurs ?

De nombreux producteurs africains font partie de l’Initia­tive sur la transparence dans les industries extractives (Itie), par laquelle ils s’engagent à rendre accessible un certain nombre de données et statistiques sur leur secteur pétrolier et ses revenus. Cette transparence est nécessaire à la responsabilisation de l’industrie et à la reddition de ses comptes.
Il convient également à la Société civile de jouer son rôle d’observateur et de demander des comptes aux gouvernants quant à l’utilisation des revenus du pétrole comme soutien de l’économie locale.
De nombreux exemples en Afrique et dans la monde démontrent également que la création de fonds financés par la rente pétrolière est très bénéfique à la fois pour la transparence du secteur mais également pour s’assurer que ses revenus soient proprement redistribués.

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Le Sénégal conçoit une stratégie bien équilibrée de pétrole et de gaz (Entretien)

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Le Sénégal conçoit une stratégie bien équilibrée de pétrole et de gaz

En tant qu’organisme de promotion du secteur des hydrocarbures au Sénégal, la Société nationale des pétroles du Sénégal (PETROSEN), une entreprise publique productrice de pétrole et de gaz, a constaté une augmentation spectaculaire de l’intérêt des acteurs internationaux pour les ressources pétrolières du pays. Mamadou Faye, directeur général de PETROSEN, a expliqué, comment PETROSEN est l’instrument d’application de la politique pétrolière de l’État du Sénégal.

Dans quelle mesure les différentes institutions gouvernementales, Cos-Petrogaz, PETROSEN, INPG sont-elles complémentaires dans la réalisation de la vision du président Macky Sall concernant le secteur du pétrole et du gaz?

Plusieurs institutions clés sont impliquées dans le secteur pétrolier et gazier au Sénégal, notamment le Comité national d’orientation stratégique pour le pétrole et le gaz (Cos-Petrogaz), le ministère du Pétrole et de l’Énergie, le ministère des Finances et du Budget, la société pétrolière publique PETROSEN. et l’Institut national du pétrole et du gaz.

Le Cos-Petrogaz, qui relève directement de la présidence de la République du Sénégal, est un organe de gestion et de surveillance stratégique. Sa mission est d’assister le président de la République et le gouvernement dans la définition de la stratégie globale du secteur des hydrocarbures et de suivre sa mise en œuvre, par le biais du secrétariat permanent, qui sert d’outil de coordination.

Le ministère du Pétrole et de l’Énergie est l’organe de contrôle officiel chargé de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique définie par le chef de l’État dans le secteur de l’énergie. Il assure notamment le contrôle et le suivi des opérations pétrolières.

PETROSEN est en charge des opérations suivantes: promotion du bassin sédimentaire, exploration et production de ressources en hydrocarbures, raffinage, stockage, commercialisation, transport et distribution, ainsi que des activités industrielles liées aux segments énumérés ci-dessus.

Enfin, l’Institut national du pétrole et du gaz a pour objectif de développer l’expertise nationale en matière de pétrole et de promouvoir l’emploi des sénégalais et des sénégalais dans les secteurs du pétrole et du gaz.

Le Sénégal a fait des découvertes majeures de pétrole et de gaz au cours des dernières années et l’exploration se poursuit. Bien que les premières productions arriveront en 2022, le gouvernement a décidé d’anticiper plusieurs segments liés au secteur de l’énergie et du pétrole.

Avant ces découvertes, le Sénégal avait décidé de s’associer à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), une initiative mondiale visant à accroître la transparence dans les secteurs minier et pétrolier. PETROSEN a un représentant au sein du comité national de l’ITIE.

Pouvez-vous nous donner quelques détails sur la stratégie d’exploitation des premières ressources extraites d’ici 2022?

La production de pétrole et de gaz devrait commencer en 2022. Pour le pétrole, une partie de la production sera utilisée pour le marché intérieur, à savoir vendue à et raffinée localement par la Société Africaine de Raffinage, la raffinerie du Sénégal. À court terme, il est prévu d’accroître la capacité de SAR grâce à un programme de modernisation des installations, qui passera de 1,2 million de tonnes par an à 1,5 million de tonnes par an. Toutefois, l’État envisage la construction d’une nouvelle raffinerie, d’une capacité accrue, capable de raffiner des bruts complexes.

Pour le gaz naturel, un plan directeur de monétisation est en cours d’élaboration. En outre, le ministère du Pétrole et de l’Énergie a mis en place une stratégie «Gas-to-Power» pour la production d’électricité à bon marché utilisant le gaz naturel comme matière première. En bref, outre la production de GNL destiné à l’exportation, le gaz sera utilisé principalement pour la production d’électricité, mais des options de transformation en engrais et autres produits dérivés sont également envisagées.

Quelle est la stratégie du Sénégal concernant l’allocation de blocs offshore actuellement ouverts à l’exploration? Envisagez-vous de lancer une série de licences officielles?

Une douzaine de blocs offshore sont actuellement ouverts. Ils comprennent de nouveaux blocs offshore ultra-profonds. Conformément au nouveau code pétrolier introduit plus tôt cette année, nous lancerons un cycle de licences officiel pour ces blocs. L’annonce sera faite lors de la conférence Africa Oil and Power, qui se tiendra le 9 octobre 2019 à Cape Town, en Afrique du Sud. Le processus durera six mois, au cours desquels les entreprises intéressées auront accès à une salle informatique dédiée afin d’acquérir et d’interpréter des données et de soumettre des demandes pour les blocs de leur choix.

Le Sénégal est un pays stable démocratique. Il a une économie en croissance et des institutions fortes. Dans le secteur du pétrole et du gaz, les découvertes réalisées entre 2014 et 2017 ont été déterminantes pour prouver que le pays possède une province des hydrocarbures au large des côtes. Ces deux facteurs combinés permettent aux investisseurs étrangers et aux opérateurs de voir le Sénégal comme un pays sûr et attrayant pour les entreprises.

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Le cadre réglementaire modernisé du Sénégal pour attirer les investissements

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Le cadre réglementaire modernisé du Sénégal pour attirer les investissements

Centurion Law Group est un conglomérat panafricain de droit des sociétés, spécialisé dans le droit des affaires transfrontalier et le droit de l’énergie.

Quels aspects réglementaires clés doivent être mis en œuvre par un pays producteur proche comme le Sénégal pour améliorer l’attractivité du secteur pétrolier et gazier?

Dans tous les pays pétroliers, les régulateurs et les décideurs doivent tenir compte de l’état d’avancement de leur secteur pour mettre en œuvre les politiques et les cadres réglementaires appropriés. De toute évidence, un pays comme le Sénégal, qui produira bientôt plus de 20 000 barils de pétrole par jour, ne produira pas les mêmes réglementations qu’un pays comme le Nigéria, qui produit plus de 1,5 million de barils depuis des décennies. Les réglementations doivent être progressives. Ce qui compte dans un cas comme le Sénégal, c’est d’appliquer des réglementations qui jettent les bases du développement d’une industrie durable, axée sur le contenu et créatrice d’emplois. Lors de la planification du développement de l’industrie et de ses réglementations, le renforcement des capacités nationales, tant au sein des institutions nationales que du secteur privé, revêt une importance primordiale.

Quel est votre sentiment vis-à-vis de l’état de préparation du cadre réglementaire sénégalais à la lumière des premières productions produites en 2022?

J’ai un sentiment extrêmement positif et optimiste quant à la capacité du Sénégal à construire une industrie du pétrole et du gaz robuste et durable. Saluons d’abord l’engagement du gouvernement en faveur de la transparence avec le peuple sénégalais. Très tôt après les découvertes, le gouvernement a commencé à engager l’ensemble de la société civile sénégalaise autour de débats tels que le développement de contenu local, le renforcement des capacités nationales et les emplois locaux. Cela a envoyé un message fort à la région et à la communauté des investisseurs dans son ensemble: le Sénégal était déterminé à mettre en place un secteur pétrolier et gazier africain moderne fondé sur la bonne gouvernance.

Comment le nouveau code pétrolier et gazier répond-il à l’objectif ambitieux du gouvernement en matière de contenu local?

Le nouveau code relève de deux aspects. Le premier concerne l’inclusion. Toute la société sénégalaise a participé activement aux débats et discussions avant et pendant la rédaction du code, ce qui fait du texte final un texte qui réponde aux aspirations de l’industrie et des citoyens. Deuxièmement, le nouveau cadre concerne spécifiquement le contenu local, qui bénéficie de sa propre loi. De nouvelles conditions rendent obligatoire la participation du secteur privé sénégalais aux activités liées aux hydrocarbures, en particulier aux activités de construction, d’approvisionnement et de services relatifs aux champs de pétrole. Le texte prévoit également des transferts de technologies et de compétences qui contribueront dans une large mesure au développement des entreprises sénégalaises.

Quels pays africains peuvent servir de modèles pour que le Sénégal mette en place un cadre réglementaire efficace?

Il existe de nombreux enseignements à tirer de plusieurs juridictions africaines en ce qui concerne la mise en œuvre du cadre réglementaire approprié pour le Sénégal. Prendre des modèles internationaux non africains peut également s’avérer très bénéfique. Trinité-et-Tobago, par exemple, est très utile car c’est un pays relativement petit qui s’est très tôt concentré sur la réglementation et le développement de son industrie gazière et qui est maintenant un exportateur mondial de gaz. En Afrique, il faut absolument tirer des enseignements du développement du contenu local au Nigéria, de la durabilité environnementale au Gabon ou du bon usage des revenus pétroliers pour stimuler la diversification économique en Guinée équatoriale.

Comment la coopération régionale peut-elle stimuler l’exploration pétrolière et gazière dans le bassin de MSGBC? Quelles mesures doivent être prises par les pays pour créer des synergies efficaces?

Le Sénégal et la Mauritanie ont déjà montré à l’Afrique que le fait de mettre ses différences de côté et de travailler au co-développement de projets serait avantageux pour les économies africaines et leurs populations. Tortue est un projet phare à cet égard, et il aura un impact profond sur le développement socio-économique des deux pays. La principale étape pour encourager de telles collaborations et projets futurs consiste simplement à maintenir le dialogue ouvert et à en engager davantage.

C’est ce que fait par exemple la Chambre de l’énergie africaine. Nous devons voir les pays africains s’engager davantage, car le dialogue énergétique intra-africain est resté trop faible compte tenu du potentiel de ressources naturelles de notre continent.

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