Dans le cadre d’une politique d’assainissement des secteurs stratégiques, le gouvernement sénégalais a annoncé la résiliation de plusieurs concessions pétrolières et gazières ainsi que le lancement d’une revue exhaustive des contrats extractifs. Ces mesures, présentées hier par le Premier ministre Ousmane Sonko, visent à récupérer des ressources pour l’État et à réallouer les économies générées vers des projets de développement économique et social.
Lors d’une conférence de presse tenue le 12 mars 2026, le chef du gouvernement a détaillé l’état d’avancement des renégociations engagées dans les domaines minier, pétrolier, des infrastructures, de l’agriculture et des télécommunications. « Ce processus a déjà permis de générer des économies substantielles destinées à être réallouées à des projets visant à soutenir le développement économique et social du pays », a déclaré Ousmane Sonko.
Parmi les décisions phares figure la reprise prochaine par l’État du bloc gazier Yakaar-Teranga, opération qui sera réalisée « sans déboursement financier public ». Le gouvernement a également confirmé la résiliation des concessions pétrolières et gazières suivantes : Diander, Djifer Offshore, Cayar Offshore Profond, Cayar Offshore Peu Profond, Saint-Louis Offshore Peu Profond et Rufisque Offshore
Ces résiliations s’inscrivent dans une logique de rééquilibrage des contrats jugés non conformes ou insuffisamment rentables pour l’État.
Le Premier ministre a par ailleurs évoqué les renégociations en cours autour du grand projet gazier transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim, développé avec la Mauritanie. Selon ses propos, l’ajustement des conditions d’approvisionnement du marché domestique pourrait générer, sur la période 2025-2040, environ 940 milliards de FCFA d’économies et 1 090 milliards de FCFA de recettes fiscales supplémentaires, soit un gain global estimé à plus de 2 000 milliards de FCFA.
Industries Chimiques du Sénégal (ICS) : un manque à gagner de 1 075 milliards de FCFA
Autre dossier sensible examiné : la convention liant l’État aux Industries Chimiques du Sénégal (ICS). Les conclusions du comité de renégociation font état d’un manque à gagner de 1 075 milliards de FCFA, lié notamment au non-paiement de taxes et redevances ainsi qu’à des exonérations fiscales irrégulières. « L’État n’a pas bénéficié de la participation prévue dans cette entreprise », a souligné Ousmane Sonko.
Nettoyage du secteur minier : retrait de 313 titres inactifs
Parallèlement, le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Birame Soulèye Diop, a annoncé la finalisation du retrait d’environ 313 titres miniers jugés inactifs ou spéculatifs. Ces titres avaient été attribués à des opérateurs n’ayant ni engagé d’investissements significatifs ni respecté leurs obligations légales en matière de paiement des droits et redevances. « Certains titres ont été conservés pour négocier des partenariats avec des investisseurs étrangers », a précisé le ministre.
Cette vaste opération de « nettoyage administratif » s’inscrit dans la stratégie gouvernementale de renforcement de la contribution des secteurs extractifs à l’économie nationale. Elle vise à mettre fin aux pratiques spéculatives et à garantir une meilleure redistribution des richesses issues des ressources naturelles du Sénégal.
Le gouvernement n’a pour l’heure communiqué aucun nom d’opérateurs concernés par les résiliations pétrolières ni les dates précises des concessions annulées. Les observateurs du secteur s’attendent toutefois à ce que ces annonces marquent un tournant dans la gouvernance des ressources extractives, dans un contexte où le Sénégal s’apprête à entrer pleinement dans l’ère de la production pétrolière et gazière.


