Le Conseil national de transition de Guinée-Conakry a adopté deux lois fondamentales qui marquent un tournant décisif dans l’histoire économique du pays. La Loi de planification 2026-2040 et la Loi-programme 2026-2030 inscrivent officiellement le projet Simandou au cœur de la trajectoire nationale de développement socio-économique pour les quinze prochaines années. Ces textes remplacent le programme intérimaire 2022-2025 et transforment le plus grand gisement de minerai de fer à haute teneur inexploité au monde en véritable moteur de croissance structurelle.
Le programme Simandou 2040 repose sur une ambition colossale : mobiliser plus de 200 milliards de dollars d’investissements publics et privés d’ici 2040 à travers 122 mégaprojets et 36 réformes structurantes. À pleine capacité, les mines des blocs 1 à 4 devraient produire 120 millions de tonnes de minerai de fer par an, ce qui représenterait environ 8 à 9 % de l’offre mondiale maritime de ce minerai stratégique. Les projections les plus optimistes tablent sur une croissance du PIB pouvant atteindre 26 % d’ici 2030, tandis que les années 2026-2027 devraient enregistrer un taux de croissance annuel autour de 10 %, porté par le démarrage progressif des exportations massives.
Le projet intègre trois composantes indissociables : l’exploitation simultanée de deux pôles miniers (blocs 1-2 et blocs 3-4), la construction d’un chemin de fer de 600 kilomètres reliant les sites miniers au littoral, et la réalisation d’un port en eau profonde à Morebaya capable d’accueillir des navires de très grande capacité. Les blocs 1 et 2 sont développés par le Consortium Winning Simandou, qui réunit le groupe singapourien Winning International, le sidérurgiste chinois Baowu Steel et l’investisseur China Hongqiao. Les blocs 3 et 4 sont exploités par Simfer, coentreprise associant Rio Tinto et Chinalco.
La stratégie se déploie en trois phases successives. La première, couvrant 2025-2030, concentre plus de 65 milliards de dollars de dépenses prioritaires dans les infrastructures énergétiques, les réseaux de transport, l’agriculture, l’éducation et le tourisme, afin de créer les conditions d’un décollage rapide. La phase intermédiaire privilégie le développement du traitement local et de la transformation industrielle pour réduire progressivement la dépendance aux exportations brutes. À l’horizon 2040, le corridor Simandou doit devenir une infrastructure multi-sectorielle de rang mondial, capable de soutenir des filières logistiques, manufacturières et de services compétitives à l’échelle internationale.
Au-delà de la seule production minière, les autorités guinéennes présentent Simandou comme le catalyseur d’une transformation économique profonde et durable. Le projet devrait générer des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, dynamiser les économies régionales et favoriser l’émergence de nouvelles chaînes de valeur industrielles. En ancrant juridiquement cette vision pour les quinze prochaines années, les deux lois récemment adoptées envoient un message clair aux investisseurs internationaux : la Guinée s’engage sur une trajectoire de long terme prévisible et ambitieuse.
Avec ces textes, le pays se positionne désormais comme un acteur clé de la transition énergétique mondiale, le minerai de fer de haute qualité restant un intrant essentiel à la production d’acier bas carbone. Les prochains mois seront déterminants pour observer le passage de la phase législative à la phase opérationnelle, avec notamment les premières mobilisations massives de capitaux et les avancées concrètes sur les chantiers ferroviaires et portuaires.


