Nairobi et Tanga s’imposent comme les nouveaux pôles d’une ambition énergétique régionale. Les présidents kényan William Ruto et ougandais Yoweri Museveni, en présence du milliardaire nigérian Aliko Dangote, ont engagé des pourparlers avancés pour la construction d’une gigantesque raffinerie régionale sur la côte tanzanienne de Tanga. L’annonce, faite lors d’un sommet de l’Africa Finance Corporation (AFC) à Nairobi, marque un tournant stratégique pour une Afrique de l’Est qui importe encore plus de 75 % de ses carburants du Golfe.
Un projet titanesque pour briser la dépendance énergétique
L’infrastructure projetée serait une réplique exacte de la raffinerie de Dangote à Lekki, au Nigeria. Ce complexe ultra-moderne, entré pleinement en service en février 2026, possède une capacité de raffinage de 650 000 barils par jour et a nécessité un investissement estimé à 20 milliards de dollars. Selon Aliko Dangote, l’engagement est ferme : « Je m’engage aujourd’hui à ce que nous menions ce projet de raffinerie. Nous veillerons à ce qu’elle soit construite d’ici quatre à cinq ans ».
Située dans la ville portuaire stratégique de Tanga, terminal de l’East African Crude Oil Pipeline (EACOP) qui doit transporter le brut ougandais vers la côte, la future raffinerie serait reliée au réseau de pipelines du Kenya, y compris à Mombasa, afin de faciliter la distribution des produits finis dans toute la région. Le président kényan a détaillé la portée de l’initiative : « La raffinerie va traiter le pétrole de la RDC, du Kenya, du Soudan du Sud et de l’Ouganda ».
Une réponse aux chocs géopolitiques et économiques
Les récentes tensions au Moyen-Orient, notamment la fermeture virtuelle du détroit d’Ormuz, ont brutalement exposé la fragilité des chaînes d’approvisionnement est-africaines. « Nous discutons d’une raffinerie commune… pour bénéficier à nous tous », a martelé William Ruto, soulignant que l’initiative vise à protéger la région contre les chocs externes. La facture énergétique de l’Afrique est vertigineuse, avec plus de 90 milliards de dollars dépensés annuellement en importations de produits pétroliers raffinés.
Toutefois, cette vision régionale ne se fait pas au détriment des plans nationaux. Le président Yoweri Museveni a réaffirmé la poursuite du projet de raffinerie nationale à Hoima, d’une capacité plus modeste de 60 000 barils par jour, développée avec le partenaire émirati Alpha MBM Investments. « Nous construirons d’abord une petite raffinerie pour le marché local [ougandais], ainsi que pour les parties de la Tanzanie et du Kenya proches de l’Ouganda, en raison des coûts de transport. Mais l’excédent de brut sera canalisé vers la raffinerie régionale de Tanga », a précisé le chef de l’État ougandais.
Un leadership africain pour l’industrialisation du continent
Au-delà de l’enjeu énergétique, ce projet porte une ambition industrielle et politique forte. Aliko Dangote a remis en cause le modèle économique africain traditionnel : « Nous sommes un continent d’importations. Nous exportons des matières premières, ce qui signifie que nous exportons des emplois, et quand nous importons, nous importons la pauvreté ». Le projet de Tanga s’inscrit dans une stratégie plus large du groupe Dangote, qui prévoit un investissement de 40 milliards de dollars d’ici 2030, et qui ambitionne de porter la capacité de son site nigérian à 1,4 million de barils par jour, ce qui en ferait la plus grande raffinerie du monde.
Les trois dirigeants ont appelé à la mobilisation des capitaux locaux. Le président Museveni a estimé que la région dispose de ressources financières suffisantes, “bloquées dans nos fonds de pension”, pour financer elle-même de telles infrastructures. Cette déclaration fait écho au récent soutien massif de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), qui a accordé un prêt de 2,5 milliards de dollars dans le cadre d’un financement global de 4 milliards de dollars pour le développement du groupe.
L’Afrique de l’Est pourrait bien être en train d’écrire une nouvelle page de son histoire industrielle, passant du statut de dépendance énergétique à celui de hub autonome. La concrétisation de ce projet, qui exige une coordination politique sans précédent et la levée de fonds colossaux, déterminera si 2026 restera comme l’année des promesses ou celle du véritable décollage énergétique régional.
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