Le gouvernement sénégalais a annoncé la reprise totale du contrôle du bloc gazier offshore Yakaar‑Teranga par la compagnie nationale Petrosen, un actif majeur estimé à environ 25 billions de pieds cubes (tcf) de gaz naturel. Cette décision, annoncée par le Premier ministre Ousmane Sonko comme une victoire majeure, intervient dans le cadre d’une vaste révision des ressources extractives promises lors de l’alternance politique de 2024. L’accord, conclu sans aucune compensation financière pour l’État, met fin à la participation des opérateurs étrangers Kosmos Energy et, antérieurement, BP, qui n’avaient pas réussi à aligner leurs stratégies commerciales sur les priorités de souveraineté énergétique du Sénégal.
Contexte de la reprise : entre échec des partenariats et rupture politique
Le retrait de BP, annoncé fin 2023, avait déjà fragilisé le projet. Le groupe britannique, qui détenait 60 % des parts, souhaitait orienter l’essentiel de la production vers l’exportation, tandis que Dakar insistait pour que le gaz serve d’abord son marché intérieur, en particulier pour la production d’électricité et l’alimentation des industries locales. Après le départ de BP, Kosmos Energy a porté sa participation à 90 % et est devenu opérateur, mais sans parvenir à finaliser l’étude de faisabilité ni à réunir les investissements nécessaires. À la fin de l’année 2025, le ministre de l’Énergie Birame Souleye Diop avait déjà évoqué l’option d’une nationalisation du projet, soulignant que la nation devait reprendre la main sur ses ressources pour les orienter vers ses besoins domestiques.
En mars 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a réaffirmé sa volonté de renforcer l’équité dans la gouvernance des ressources naturelles, en remettant en question les termes d’un contrat gazier signé par BP pour un projet voisin de Grand Tortue Ahmeyim, tout en évoquant une reprise prochaine du développement de Yakaar-Teranga.
L’examen gouvernemental a également mis en lumière les conditions jugées « opaques » dans lesquelles le bloc avait été attribué à l’entrepreneur Frank Timis. Cette opacité présumée avait conduit les autorités actuelles à réclamer, dès 2024, la création d’une commission chargée de renégocier l’ensemble des contrats pétroliers et gaziers, dans le but de « rééquilibrer » des accords estimés défavorables au Sénégal. Selon une évaluation réalisée par la task force gouvernementale, l’absence de renégociation pourrait représenter un manque à gagner de 200 à 300 millions de dollars sur la durée d’exploitation d’un actif.
Modalités de l’accord : contrôle exclusif et rupture avec le passé
L’accord signé le 22 avril 2026 entre Kosmos Energy, Petrosen et l’État du Sénégal prévoit le retrait conjoint des deux sociétés de la licence du bloc gazier de Cayar, dénommé Yakaar‑Teranga. Le Premier ministre a souligné que cette transaction a été réalisée « sans aucune contrepartie financière », ce qu’il a qualifié d’ « aboutissement d’un combat de dix années ». Le retrait sera entériné par arrêté ministériel, puis une nouvelle licence sera octroyée exclusivement à Petrosen, qui deviendra seul opérateur du gisement.
Cette opération s’inscrit dans une politique plus large de révision des codes pétrolier et gazier, visant à renforcer la transparence et le contrôle public sur les ressources naturelles. Parallèlement, le gouvernement a annoncé l’annulation de 71 permis miniers et la suspension d’activités d’entreprises jugées non conformes aux engagements contractuels, signe d’une volonté ferme de remettre à plat un système jugé trop favorable aux intérêts étrangers au détriment de l’intérêt national.
Enjeux stratégiques : souveraineté énergétique et équilibre financier
Au‑delà du symbole politique, la reprise de Yakaar‑Teranga répond à des urgences économiques et industrielles. Le Sénégal, dont la dette atteignait 132 % du PIB fin 2024, cherche à réduire sa facture d’importation d’hydrocarbures et à sécuriser son approvisionnement électrique, actuellement tributaire de carburants coûteux. Le projet, dont les premières extractions étaient envisagées pour 2027, devra désormais être accéléré sous la seule direction de Petrosen afin de fournir du gaz aux centrales électriques et aux zones industrielles. Le Premier ministre a clairement énoncé cette orientation en affirmant que les renégociations « permettraient de redresser les finances du Sénégal et de stimuler l’économie en fournissant un gaz moins cher aux industries et à la population ».
La reprise du bloc ne préjuge pas pour autant d’une exclusion totale des investisseurs étrangers dans l’exploitation future. Le gouvernement a laissé entendre que des partenariats techniques ou financiers resteraient possibles, mais sous un contrôle étatique strict. L’objectif annoncé est de bâtir un modèle « gagnant‑gagnant » tout en garantissant que la rente gazière profite prioritairement au développement national.
Une dynamique de rupture
Avec cette reprise, le Sénégal devient le premier pays d’Afrique de l’Ouest à rapatrier intégralement un bloc gazier de cette envergure. Le gouvernement du Président Bassirou Diomaye Faye et du premier ministre Ousmane Sonko affirme ainsi sa détermination à rompre avec ce qu’il perçoit comme un héritage de concessions déséquilibrées. Comme l’a déclaré le Premier ministre dans son annonce du 22 avril : « Tous nos actifs spoliés seront renégociés et, si nécessaire, recouvrés. D’autres suivront. Et la vérité avec eux ». Sur le plan économique, la réussite de ce pari dépendra désormais de la capacité de l’entreprise nationale à mobiliser les financements, les compétences techniques et les délais nécessaires pour transformer ce vaste gisement en levier de croissance et de souveraineté énergétique.
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