TotalEnergies a annoncé qu’elle pourrait réviser ses ambitions climatiques à l’horizon 2050, estimant que la transition énergétique mondiale avance à un rythme insuffisant pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Cette prise de position figure dans son rapport annuel sur le développement durable et le climat publié fin mars 2026.
Dans ce document, le groupe français reconnaît que « le système énergétique mondial a amorcé sa transition, mais nos sociétés et nos économies n’atteignent pas encore le rythme de transformation requis ». Il ajoute que ses propres trajectoires vers la neutralité carbone « devront être réévaluées et adaptées dans le temps », en fonction de l’évolution du système énergétique mondial, des politiques publiques, des avancées technologiques et des choix des consommateurs.
TotalEnergies maintient formellement son engagement envers la neutralité carbone à l’horizon 2050, mais indique clairement que ses plans devront être ajustés progressivement. Aucune nouvelle cible chiffrée ni calendrier actualisé n’a été communiqué à ce stade. Le groupe souligne par ailleurs que le scénario du GIEC donnant 50 % de chances de limiter le réchauffement à moins de 2 °C est désormais considéré comme hors de portée.
En 2025, les émissions totales liées aux activités du groupe et à l’usage de ses produits (principalement Scope 3) ont atteint 368 millions de tonnes d’équivalent CO₂. Le groupe continue de poursuivre une stratégie à deux piliers : le développement des hydrocarbures (notamment le GNL) et la croissance dans l’électricité et les énergies renouvelables.
Cette réévaluation s’inscrit dans un mouvement observé chez plusieurs majors pétrolières internationales. BP maintient ses investissements dans les énergies bas carbone tout en développant ses activités pétrolières et gazières. Eni combine croissance dans les hydrocarbures et développement progressif des énergies de transition, tandis qu’ExxonMobil renforce sa production d’hydrocarbures à l’horizon 2030 avec des investissements ciblés sur la réduction des émissions.
La décision de TotalEnergies intervient dans un contexte de demande mondiale soutenue en pétrole et en gaz, alors que la transition énergétique reste inégale selon les régions. Le groupe, dirigé par Patrick Pouyanné, avait jusqu’ici affiché une stratégie relativement ambitieuse en matière climatique parmi les grandes compagnies pétrolières européennes.
Aucune précision n’a été apportée sur l’impact potentiel de cette réévaluation sur les objectifs intermédiaires (notamment la réduction de 40 % des émissions Scope 1+2 d’ici 2030 par rapport à 2015) ni sur les investissements futurs dans les renouvelables. Le rapport insiste sur le fait que la capacité du groupe à atteindre la neutralité carbone dépend étroitement de la vitesse collective de la transition.
Cette annonce intervient alors que le secteur énergétique fait face à des tensions entre impératifs climatiques, sécurité énergétique et pressions réglementaires, notamment en Europe. TotalEnergies n’a pas souhaité faire de commentaires supplémentaires au-delà des éléments publiés dans son rapport.
Les marchés et les investisseurs suivront avec attention les prochaines communications du groupe, qui pourraient clarifier l’orientation stratégique à moyen et long terme dans un environnement énergétique en pleine mutation.


