Le Sénégal a dégagé en mars 2026 un excédent commercial de 183,8 milliards de FCFA (environ 306,3 millions de dollars), soutenu par l’envolée des exportations de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié, selon les chiffres publiés par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Une performance qui confirme la place croissante des hydrocarbures dans la structure du commerce extérieur sénégalais.
L’ANSD a dévoilé ce mercredi les chiffres du commerce extérieur du pays pour le mois de mars 2026, faisant état d’un bond spectaculaire des ventes à l’international. Les exportations sénégalaises ont ainsi atteint 713,4 milliards de FCFA (1,19 milliard de dollars), contre 453,1 milliards de FCFA le mois précédent, soit une progression de 57,4 % sur une seule période. En glissement annuel, la hausse atteint 73,3 % , confirmant l’ampleur de la transformation en cours.
Un excédent de la balance
Avec des importations en légère hausse de 3,2 % à 529,6 milliards de FCFA (882,7 millions de dollars), la balance commerciale se traduit par un excédent de 183,8 milliards de FCFA (306,3 millions de dollars). Ce résultat contraste fortement avec le déficit de 60,1 milliards de FCFA enregistré en février 2026. Sur l’ensemble du premier trimestre, la balance commerciale cumulée s’établit désormais à +11,5 milliards de FCFA, un revirement spectaculaire par rapport au lourd déficit de 460,5 milliards de FCFA de la même période en 2025.
Pétrole, gaz, or et acide phosphorique : le moteur à plusieurs cylindres
La bonne tenue des comptes extérieurs repose essentiellement sur le dynamisme des secteurs extractifs et énergétiques. En détail :
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Pétrole brut : les ventes atteignent 227,5 milliards de FCFA, contre 142,3 milliards en février.
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Or non monétaire : les exportations progressent fortement pour s’établir à 162,9 milliards de FCFA, contre 90,7 milliards le mois précédent.
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Acide phosphorique : le poste renoue avec 55,3 milliards de FCFA après une quasi‑absence en février.
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Gaz naturel liquéfié (GNL) : les expéditions se chiffrent à 30,7 milliards de FCFA, contre 17,8 milliards un mois plus tôt.
Cette accélération confirme la place désormais centrale du pétrole et du gaz dans le commerce extérieur, aux côtés de l’or, qui demeure un contributeur majeur.
Des débouchés diversifiés
La Suisse et les Pays‑Bas restent les principaux débouchés des produits sénégalais, avec respectivement 22,2 % et 22,0 % des parts de marché, devant l’Inde (8,6 %), l’Espagne (7,9 %) et le Mali (7,8 %). Sur le plan bilatéral, le revirement est particulièrement marqué avec la Suisse (solde de +156,3 milliards de FCFA) et les Pays‑Bas (+150,9 milliards de FCFA). L’Espagne et l’Inde, avec lesquels le Sénégal était auparavant en déficit, affichent désormais des excédents respectifs de 33,5 et 18,1 milliards de FCFA.
Hausse modérée des importations
Les importations ont progressé à un rythme beaucoup plus modéré (+3,2 %) pour atteindre 529,6 milliards de FCFA en mars. Cette hausse s’explique notamment par l’augmentation des achats de riz (de 13,2 à 37,6 milliards de FCFA), de froment et méteil (de 3,2 à 24,2 milliards de FCFA) et d’engrais (20 milliards de FCFA). Les principaux fournisseurs du Sénégal restent la Chine (14,9 % des parts de marché), la Russie (10,4 %), le Nigeria (9,0 %), la France (8,9 %) et l’Inde (8,2 %).
Perspectives : l’ambition énergétique se confirme
Ce revirement de la balance commerciale s’inscrit dans un contexte de consolidation de l’appareil productif sénégalais. Le champ pétrolier offshore de Sangomar, entré en production en juin 2024, a déjà produit 36,1 millions de barils en 2025, dépassant les objectifs initiaux. Pour 2026, les prévisions de production ont été révisées à la hausse, à 31,6 millions de barils. En mars 2026, trois cargaisons de pétrole brut (2,98 millions de barils) ont été expédiées, confirmant la stabilité du plateau de production. Depuis le début de l’exploitation, le site a produit 56,13 millions de barils, dont 55,7 millions ont été commercialisés via 58 cargaisons internationales.
Sur le volet gazier, le projet transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) – opéré par bp et associant Kosmos Energy, Petrosen et la mauritanienne SMH – a poursuivi sa montée en puissance : quatre cargaisons de GNL, représentant 0,66 million de mètres cubes, ont été exportées en mars. À l’échelle du premier trimestre 2026, la production du projet a atteint environ 17 000 barils équivalent pétrole par jour. Pour l’ensemble de l’année 2026, les perspectives oscillent entre 32 et 36 cargaisons, avec un volume moyen d’environ 170 000 m³ par cargaison. À terme, 20 à 25 % de la production devraient être destinés au marché local, grâce à un réseau de gazoducs et une centrale électrique en construction près de Saint‑Louis, dont le démarrage est attendu mi‑2026.
Une croissance économique sous tension
Si la performance commerciale est indéniable, les perspectives macroéconomiques restent contrastées. Le FMI a révisé en baisse ses prévisions de croissance pour le Sénégal en 2026, à 2,2 % (contre 3,0 % précédemment), soit un niveau bien inférieur à la moyenne régionale de 4,3 %. Dans le même temps, le déficit du compte courant devrait se creuser à 6,2 % du PIB en 2026. Le gouvernement table quant à lui sur une croissance de 2,5 % en 2026, après une année 2025 dopée par les hydrocarbures (environ 6,7 %). L’exploitation des ressources énergétiques constitue ainsi une arme à double tranchant : moteur puissant des exportations, elle reste également soumise à des coûts d’investissement élevés et à des recettes fiscales encore limitées à court terme.
Néanmoins, l’excédent commercial historique de mars 2026 et l’amélioration structurelle des comptes extérieurs illustrent la place grandissante du Sénégal comme nouvel acteur énergétique sur la scène internationale. Reste à vérifier si cette dynamique se maintiendra dans la durée et contribuera durablement à l’équilibre extérieur et à la croissance du pays.
Mapathé SOW, Specialist Oil, Gas, Energy & Mining / Founder – OR NOIR AFRICA
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