Alors qu’elle a exporté 182 millions de tonnes de bauxite en 2025, la Guinée, premier fournisseur mondial de ce minerai stratégique, accélère sa mue industrielle avec l’annonce d’un quatrième projet de raffinerie d’alumine d’envergure. Porté par la compagnie minière publique Nimba Mining Company (NMC), l’ouvrage devrait être mis en service à l’horizon 2030, selon les précisions apportées par son directeur général, Patrice L’Huillier, lors d’un entretien.
La future raffinerie, dont la capacité annuelle est estimée à environ un million de tonnes d’alumine, s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale de transformation locale de la bauxite. Elle viendrait s’ajouter aux deux unités déjà en développement, respectivement pilotées par le chinois State Power Investment Corporation (SPIC) et par le Winning Consortium Alumina Guinea (WCAG) – deux projets dont les budgets oscillent entre 1,03 et 1,2 milliard de dollars pour des capacités voisines (environ 1,2 million de tonnes par an). Actuellement, le pays ne dispose que d’une seule raffinerie en activité, l’usine Friguia exploitée par le russe Rusal.
Le projet de NMC en est encore à ses prémices : des études de faisabilité d’environ 18 mois sont en cours, avant une phase de construction estimée à deux ou trois années. « Il s’agit d’un projet de longue date, pour lequel les premières études avaient déjà été réalisées au début des années 2010 et dont le site est identifié. Notre ambition est désormais d’entrer dans une phase d’exécution concrète », a déclaré Patrice L’Huillier.
L’ambition guinéenne, portée par le ministre des Mines et de la Géologie Bouna Sylla, est d’installer entre cinq et six raffineries d’alumine d’ici à 2030, afin de porter la capacité locale de transformation à environ 7 millions de tonnes métriques par an. Ce bond en avant vise à rompre avec six décennies d’exportation de minerai brut (« no refineries have been built since colonial days » a martelé le ministre) et à capter davantage de valeur ajoutée : sur le marché de Shanghai, la tonne d’alumine se négocie actuellement autour de 346 dollars, contre 67,5 dollars pour la bauxite guinéenne.
La Banque mondiale a salué l’initiative, soulignant que le traitement local des minerais pourrait créer des emplois industriels tout en réduisant l’exposition du pays aux fluctuations des prix des matières premières.
L’arrivée de NMC sur ce segment n’est pas anodine. Créée par décret présidentiel en août 2025, la société publique a hérité des actifs de l’émirati Guinea Alumina Corporation (GAC), filiale d’Emirates Global Aluminium (EGA), après que Conakry a dénoncé le non-respect d’engagements contractuels relatifs à la construction d’une raffinerie locale. Ce litige a été réglé par un accord évitant un arbitrage international, mais il a marqué la ferme volonté des autorités de faire respecter le contenu local.
Malgré cette volonté affichée, la Guinée devra surmonter des défis de taille : instabilité de l’approvisionnement électrique, besoins en compétences techniques spécialisées et, dans le cas précis de NMC, pilotage en parallèle de la remise en service de sa mine de bauxite, à l’arrêt pendant plus d’un an et relancée en décembre 2025. NMC a toutefois réussi à exporter un million de tonnes en 2025 et vise 10 millions de tonnes pour 2026.
Si l’élan industriel est salué, certains analystes appellent à la mesure. Allison Ju, de Shanghai Metals Market (SMM), relativise la portée de cette transformation : « Les projets chinois d’alumine en Guinée ne réduiront pas la dépendance du pays, car les exportations passeront simplement de la bauxite à l’alumine ».
Reste que la dynamique enclenchée place la Guinée sur la voie d’une industrialisation minière longtemps attendue, et dont les résultats concrets se mesureront à l’aune des mises en service prévues d’ici à la fin de la décennie. Prochaine étape majeure : le chantier de SPIC, dont l’achèvement est espéré pour fin 2027.
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