Face à la fermeture du détroit d’Ormuz et à la forte hausse des cours mondiaux du pétrole, les principaux producteurs d’Afrique subsaharienne ralentissent leurs ventes et retiennent plusieurs cargaisons de brut prévues pour le mois d’avril. Cette stratégie vise à profiter d’une anticipation de prix encore plus élevés sur le marché international.
Selon des informations rapportées par l’Agence Ecofin et confirmées par quatre négociants de brut interrogés par Reuters, environ vingt cargaisons destinées à un chargement en avril restent disponibles sur le marché, mais les vendeurs se montrent très sélectifs et les négociations s’éternisent. Des cargaisons nigérianes, angolaises et congolaises sont proposées, mais les transactions ne se concluent pas aussi rapidement qu’à l’accoutumée.
Plusieurs producteurs ont choisi de différer leurs ventes ou d’orienter une partie de leur production vers le raffinage local afin de maximiser leurs revenus dans un environnement de prix soutenus. L’offre globale de pétrole en provenance d’Afrique subsaharienne est estimée entre 2,6 et 2,7 millions de barils par jour par l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Le Brent se négocie actuellement autour de 108 dollars le baril. Certaines qualités de brut africain se traitent même avec une prime significative : le Bonny Light nigérian, par exemple, s’échange à environ 7,5 dollars au-dessus de la référence Brent. Cette situation est largement alimentée par les perturbations géopolitiques au Moyen-Orient. La fermeture du détroit d’Ormuz – par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial – a réduit l’offre disponible et fait grimper les coûts de transport maritime, rendant les cargaisons africaines plus chères à l’arrivée pour les acheteurs.
En Asie, principal marché de débouché pour le brut subsaharien (bruts légers et à faible teneur en soufre très appréciés des raffineurs), certains opérateurs se tournent désormais vers des approvisionnements alternatifs plus compétitifs.
Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, a mis en garde contre les risques pesant sur la sécurité énergétique mondiale et n’a pas exclu de nouvelles libérations de stocks stratégiques pour atténuer les tensions.
Cette retenue des cargaisons africaines intervient dans un contexte où les producteurs du continent cherchent à tirer le meilleur parti d’un marché tendu. Elle illustre également les défis logistiques et économiques auxquels font face les exportateurs subsahariens, confrontés à des coûts de fret en forte hausse et à une concurrence accrue sur les routes maritimes.
Les cargaisons de pétrole d’Afrique subsaharienne continuent d’occuper une place stratégique sur le marché mondial, alimentant principalement l’Asie et l’Europe. Cependant, cette prudence des vendeurs pourrait accentuer les tensions sur l’offre à court terme et contribuer à maintenir les prix à des niveaux élevés dans les prochaines semaines.
Les observateurs du marché suivront avec attention l’évolution des négociations au cours des prochains jours, alors que la crise au Moyen-Orient continue de peser sur les flux pétroliers internationaux.


