La Guinée et le géant émirati Emirates Global Aluminium (EGA) sont sur le point de conclure un accord qui permettrait d’éviter une procédure d’arbitrage international imminente concernant la prise de contrôle par l’État de la filiale bauxitique d’EGA, Guinea Alumina Corporation (GAC).
Selon trois sources proches du dossier citées par Reuters, un accord de principe a été atteint, bien que plusieurs détails techniques restent encore à finaliser. Ce règlement intervient après la prise de contrôle par les autorités guinéennes, en octobre 2025, des actifs de GAC, suite à un différend portant sur le projet de raffinerie d’alumine. Les actifs ont ensuite été transférés à la société minière d’État Nimba Mining.
Le litige remonte à des désaccords sur l’avancement de la construction d’une raffinerie d’alumine d’une capacité prévue de 1,2 million de tonnes par an. Le gouvernement guinéen avait reproché à GAC de ne pas respecter ses engagements en matière de transformation locale, une priorité stratégique pour Conakry qui souhaite capter davantage de valeur ajoutée sur sa production de bauxite. Cette mesure s’inscrit dans une vague plus large de réaffirmation de la souveraineté sur les ressources minières, observée dans plusieurs pays africains.
Dans le cadre de l’accord en cours de finalisation, les discussions portent notamment sur des contrats d’achat à long terme (offtake) de bauxite et sur des mécanismes de paiement anticipé (prepayments) sur des cargaisons futures. Ces paiements upfront permettraient de régler les revendications d’EGA. Nimba Mining a engagé des négociations avec plusieurs grandes maisons de négoce. Des cargaisons au comptant de 400 000 à 500 000 tonnes métriques sont actuellement discutées, avec des offres allant jusqu’à 600 000 tonnes. Des volumes plus importants, jusqu’à 1,6 million de tonnes, ont été évoqués sans aboutir pour l’instant.
Un responsable gouvernemental guinéen a confirmé que « l’accord est proche », tout en précisant que « plusieurs détails techniques demeurent à résoudre ». Un consultant du secteur minier a toutefois mis en garde : le deal pourrait encore évoluer, notamment en raison de la réévaluation des priorités d’EGA dans un contexte géopolitique tendu au Moyen-Orient.
EGA a décliné tout commentaire. Ni Nimba Mining ni le ministère des Mines n’ont répondu aux sollicitations de la presse. Du côté des traders impliqués dans les négociations, la prudence domine. L’un d’eux a déclaré sous couvert d’anonymat : « Nous avons besoin de voir les actifs et de nous assurer que le matériel est traçable, y compris des garanties sur les normes de travail. »
Cette résolution potentielle intervient alors que la Guinée, premier producteur mondial de bauxite avec plus de 40 % de l’offre globale, poursuit sa stratégie de contrôle accru sur le secteur. Elle fait suite à plusieurs révocations de permis et à une volonté affichée de mieux réguler les exportations et de favoriser la transformation locale, comme en témoigne également l’examen récent de quotas d’exportation face à la chute des prix.
Si l’accord est finalisé, il pourrait permettre de restaurer une partie des chaînes d’approvisionnement en bauxite et d’éviter un contentieux arbitral coûteux et long. Il marquerait également une étape importante dans la gestion des tensions entre l’État guinéen et les grands investisseurs étrangers dans un secteur stratégique pour l’économie du pays et pour l’industrie mondiale de l’aluminium.
Les observateurs restent néanmoins attentifs aux modalités finales, qui pourraient servir de précédent dans les relations entre Conakry et les opérateurs miniers du Golfe et d’ailleurs.


