Alors que le conflit au Moyen-Orient et le blocage partiel du détroit d’Ormuz perturbent les approvisionnements en produits pétroliers raffinés, la raffinerie Dangote, située à Lagos, s’impose rapidement comme une alternative régionale crédible. En quelques semaines seulement, des négociants ont déjà expédié 456 000 tonnes de carburants vers la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Ghana, le Togo et la Tanzanie, marquant une accélération spectaculaire de l’expansion du groupe nigérian sur le continent.
Selon des informations concordantes publiées par plusieurs médias dont Jeune Afrique, Bloomberg et Energy Focus Report, la raffinerie de 650 000 barils par jour – la plus grande à train unique au monde – a atteint sa pleine capacité de production en février 2026. Face à la flambée des prix du Brent (qui a dépassé les 100 dollars, avec des pics proches de 120 dollars le baril) et à la raréfaction des cargaisons en provenance du Golfe, plusieurs gouvernements africains se tournent désormais vers Dangote pour sécuriser leurs approvisionnements en essence (PMS), gasoil et autres produits raffinés.
Des sources proches des négociations indiquent que le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Cameroun figurent parmi les principaux destinataires des premières cargaisons. Le Ghana, qui ne couvre qu’environ un tiers de ses besoins (125 000 barils par jour) grâce à ses raffineries locales, aurait initié des achats dès il y a deux mois, avant même l’escalade du conflit. L’Afrique du Sud et le Kenya auraient également manifesté un intérêt marqué pour des contrats d’approvisionnement à long terme (jusqu’à 12 mois dans le cas sud-africain).
Pour Aliko Dangote, cet engouement représente une validation stratégique majeure. Après des années de retards et d’investissements colossaux (estimés à plus de 25 milliards de dollars), la raffinerie nigériane, qui priorise d’abord le marché domestique, commence à exporter massivement. Les 12 cargaisons totalisant 456 000 tonnes expédiées ce mois-ci démontrent la capacité réelle du complexe à devenir un hub régional de raffinage, réduisant ainsi la dépendance historique de l’Afrique vis-à-vis des importations en provenance d’Europe et du Moyen-Orient.
Cette dynamique profite directement aux économies ouest-africaines et centrafricaines, souvent confrontées à des pénuries et à une forte volatilité des prix à la pompe. En Côte d’Ivoire et au Cameroun notamment, où les importations traditionnelles subissent de plein fouet la hausse des coûts de fret et les primes d’assurance liées au risque géopolitique, l’arrivée de produits Dangote à des conditions plus stables est perçue comme une bouffée d’oxygène.
Analystes et observateurs du secteur estiment que la crise au Moyen-Orient pourrait durablement repositionner la raffinerie nigériane sur la carte énergétique africaine. Alors que le continent produit environ 7 % du pétrole mondial mais a vu sa capacité de raffinage reculer d’un tiers au cours des deux dernières décennies, le projet de Dangote incarne une forme de souveraineté énergétique longtemps attendue.
Reste à voir si cette expansion se traduira par des partenariats plus structurés – contrats gouvernementaux ou implantations locales – ou restera cantonnée à des ventes via des traders. Pour l’heure, une chose est certaine : la guerre au Moyen-Orient, loin d’être seulement une menace, agit comme un puissant accélérateur pour l’ambition panafricaine du milliardaire nigérian.


