Le Maroc et le Nigeria finalisent les préparatifs pour la signature, cette année, d’un accord intergouvernemental (IGA) portant sur le mégaprojet de gazoduc Nigeria-Maroc, estimé à 25 milliards de dollars. Cette infrastructure majeure, connue sous le nom de African Atlantic Gas Pipeline, vise à transporter le gaz nigérian vers le Maroc et l’Europe, tout en favorisant l’intégration énergétique de l’Afrique de l’Ouest.
Amina Benkhadra, présidente de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc, a confirmé à Reuters que l’accord intergouvernemental sera signé en 2026. Elle a annoncé la création prochaine d’un comité de haut niveau au Nigeria, qui réunira des représentants ministériels des 13 pays participants afin d’assurer la coordination politique et réglementaire du projet.
Un projet de société commune (joint venture) sera également établi entre l’ONHYM et la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) pour superviser les phases de financement, de construction et d’exploitation du gazoduc.
D’une longueur totale de 6 900 km (dont plus de 1 600 km sur le territoire marocain), le pipeline suivra un tracé hybride offshore-onshore le long de la côte atlantique. Il disposera d’une capacité maximale de 30 milliards de mètres cubes par an, dont 15 milliards de mètres cubes destinés à approvisionner le Maroc et à soutenir les exportations vers l’Europe.
Le projet sera réalisé par phases : les premiers segments relieront le Maroc aux champs gaziers de Mauritanie et du Sénégal, puis connecteront le Ghana à la Côte d’Ivoire, avant la liaison finale avec les champs nigérians. Il traversera au total 13 pays : Nigeria, Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Guinée, Guinée-Bissau, Gambie, Sénégal, Mauritanie et Maroc.
Amina Benkhadra a souligné l’importance stratégique de cette infrastructure pour la souveraineté énergétique du Maroc, le développement économique régional et le renforcement de l’intégration ouest-africaine. Le gazoduc bénéficiera à plus de 340 millions d’habitants et devrait stimuler l’industrialisation et la création d’emplois le long de son tracé.
Le Roi Mohammed VI avait qualifié ce projet, en 2022, de « projet de co-développement et d’intégration économique africaine » dépassant largement le cadre bilatéral, destiné aux générations présentes et futures.
Le financement n’est pas encore bouclé. La future société de projet aura pour mission de mobiliser un mix de capitaux propres et de dette. Selon Amina Benkhadra, le projet suscite déjà un « intérêt fort » de la part d’investisseurs internationaux en raison de sa position géostratégique, notamment dans un contexte de tensions au Moyen-Orient qui perturbent les marchés énergétiques mondiaux.
Ce gazoduc intervient à un moment clé pour le Maroc, qui cherche à consolider son rôle de pont énergétique entre l’Afrique et l’Europe, et pour le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, qui souhaite valoriser davantage ses ressources gazières.
Le projet, soutenu par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a déjà franchi les étapes d’études de faisabilité et d’ingénierie. Sa concrétisation représenterait l’un des plus grands chantiers énergétiques du continent africain.


