Depuis l’arrivée au pouvoir du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) en juillet 2023, le Niger a entrepris une refonte profonde de la gouvernance de ses ressources naturelles. La décision historique de nationaliser la Somaïr, la filiale du groupe français Orano, en juin 2025, est un signal fort dans l’affirmation de la souveraineté du pays sur son uranium, un minerai stratégique.
Aujourd’hui, alors que le produit de ce minerai ne profite pas encore pleinement aux caisses de l’État, Niamey fait face à une offensive judiciaire menée par Orano, que les autorités qualifient de « harcèlement juridique ». Loin de se laisser intimider, le gouvernement nigérien affiche sa détermination à commercialiser son uranium et à construire un avenir économique prospère sur des bases plus équitables.
Un héritage d’exploitation inéquitable
Lorsqu’elles justifient la nationalisation de la Somaïr, les autorités nigériennes mettent en lumière un déséquilibre flagrant qui a prévalu pendant des décennies. Bien que l’État détienne 36,6 % du capital de la Somaïr, la répartition des bénéfices était loin d’être proportionnelle. Le gouvernement a accusé Orano de s’être approprié 86,3 % de la production totale entre 1971 et 2024, laissant au Niger une part mineure de ses propres richesses. Ce sentiment d’injustice est au cœur du bras de fer actuel, illustrant la volonté de Niamey de rompre avec des pratiques jugées néocoloniales.
Le « harcèlement juridique » d’Orano
Depuis la nationalisation, Orano a engagé une série de procédures judiciaires internationales pour contester la décision de Niamey et protéger ses intérêts. Le ministre nigérien des Mines, le colonel Ousmane Abarchi, a dénoncé une stratégie agressive : selon lui, le groupe français a intenté au moins une dizaine de procédures à travers cinq dossiers différents. Il a qualifié cette offensive de « quasi harcèlement juridique », visant à entraver la vente du stock d’uranium de 1 800 tonnes d’une valeur estimée à 380 millions de dollars.
Cette pression a notamment abouti à une décision d’arbitrage qui interdit au Niger de toucher aux stocks litigieux temporairement, une situation que le gouvernement espère voir résolue par la voie diplomatique et judiciaire.
Un dialogue constructif, mais à conditions
Malgré ce climat conflictuel, le président du CNSP, le général Abdourahamane Tiani, a tendu la main à l’ancien opérateur. Il a proposé une issue pragmatique et vertueuse : restituer à la France l’intégralité de la part lui revenant sur les stocks produits avant l’arrivée de la junte (soit plus de 98 000 tonnes), à charge pour Niamey d’assurer les frais de transport jusqu’à destination pour marquer sa bonne foi.
Cette ouverture s’accompagne d’une ligne claire : « Tout ce qui a été produit par la suite est nigérien. Et restera nigérien. » Une position qui a été largement saluée au niveau national comme un juste retour des choses, d’autant que l’État a dû débourser plus de 24 milliards de FCFA pour maintenir l’outil de production après le retrait de l’expertise française.
Relance économique et diversification des partenariats
Loin de se laisser paralyser par ce contentieux, le Niger regarde résolument de l’avant et mise sur la diversification de ses partenariats pour vendre son uranium au meilleur prix, sans exclusive. Le gouvernement a officialisé des discussions avancées avec la Russie (via Rosatom), la Chine et même les États-Unis, bousculant ainsi l’équilibre historique du marché mondial.
Sur le plan macroéconomique, cette stratégie de reconquête ne pénalise pas le Niger. Au contraire, le Fonds monétaire international (FMI) a salué une croissance robuste qui devrait atteindre 6,9 % en 2025 et 6,7 % en 2026. L’inflation a été ramenée sous contrôle, et le pays met en œuvre des réformes structurelles ambitieuses pour dégager des marges de manœuvre budgétaires.
Le général Tiani résume parfaitement l’ambition nationale : « Tout ce qui a été produit par la suite est nigérien. » Une formule qui pourrait bien devenir le mantra de la nouvelle politique des ressources naturelles au Niger, pour le plus grand bénéfice de son peuple.
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