Le gouvernement guinéen resserre son contrôle sur les exportations de bauxite. Dès le mois d’avril 2026, un contrôle strict des volumes exportés sera mis en place, a annoncé le ministre des Mines. Cette mesure vise principalement les deux plus grands producteurs du pays : la Société Minière de Boké (SMB) et Chalco, tous deux étroitement liés aux intérêts chinois.
Selon des informations publiées par Africa Intelligence, le ministre des Mines a clairement indiqué que Conakry entend exercer un contrôle rigoureux sur les produits exportés à partir du mois prochain. Bien que les modalités précises n’aient pas encore été détaillées publiquement, cette décision s’inscrit dans la volonté du gouvernement de mieux réguler le secteur et de stabiliser les revenus tirés de la bauxite, premier produit d’exportation du pays.
Cette annonce intervient quelques semaines après que des sources gouvernementales et industrielles avaient révélé à Reuters que Conakry étudiait l’instauration de quotas ou de limitations de volumes par projet minier. Le ministre Bouna Sylla avait alors précisé qu’il ne s’agissait pas d’une interdiction totale d’exportation, mais d’une réduction ciblée des volumes afin de soutenir les prix mondiaux et de protéger les plus petits producteurs face à la surabondance sur le marché.
En 2025, les exportations guinéennes de bauxite ont enregistré une forte hausse de 25 %, atteignant environ 183 millions de tonnes, dont plus de 70 % étaient destinées à la Chine. Cette offre abondante, combinée à la faiblesse de la demande chinoise et à la hausse des coûts de fret, a entraîné une chute des prix de 20 % à 35 % par rapport aux sommets de 2025. Les cargaisons de référence se négociaient récemment entre 60 et 70 dollars la tonne.
Les autorités guinéennes ont demandé à tous les producteurs de bauxite de soumettre leurs plans de production sur les trois prochaines années. Ces documents sont actuellement en cours d’examen avant la finalisation des mesures de limitation, attendues avant la fin du mois de mars ou début avril.
En ciblant particulièrement SMB et Chalco – deux acteurs majeurs aux capitaux chinois –, le gouvernement semble vouloir rééquilibrer les rapports de force dans un secteur où les opérateurs liés à Pékin dominent largement la production. Cette démarche s’inscrit également dans une tendance plus large de renforcement du contrôle étatique sur les ressources minières, observée dans plusieurs pays africains.
Pour l’instant, aucune réaction officielle n’a été communiquée par les compagnies concernées. Les opérateurs miniers devront cependant adapter leurs programmes d’exportation aux nouvelles contraintes qui devraient être précisées dans les prochaines semaines.
Cette décision pourrait avoir des répercussions importantes sur le marché mondial de la bauxite, dont la Guinée assure plus de 40 % de l’offre. Elle intervient alors que le pays cherche à maximiser les retombées économiques de son secteur extractif, pilier essentiel des recettes budgétaires et de l’emploi en Guinée.
Le ministère des Mines n’a pas apporté de précisions supplémentaires à ce stade sur les volumes exacts qui seront autorisés ni sur les sanctions prévues en cas de non-respect des nouvelles règles. Les prochaines semaines devraient permettre d’en savoir davantage sur l’ampleur réelle de ce resserrement des exportations.


