L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a tiré la sonnette d’alarme face à la crise qui paralyse le détroit d’Ormuz, qualifiant la situation de « plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire ». Le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a déclaré lundi 23 mars à Canberra : « Nous sommes au milieu d’une crise énergétique mondiale », ajoutant que l’impact actuel est « plus grave que les chocs pétroliers des années 1970 ».
Selon l’AIE, le marché mondial a perdu environ 11 millions de barils par jour de pétrole et de produits raffinés, un volume supérieur à la somme des pertes enregistrées lors des deux crises pétrolières majeures de 1973 et 1979. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite traditionnellement environ 20 % du pétrole mondial (et une part significative du gaz naturel liquéfié), reste bloqué, entraînant des perturbations simultanées sur les marchés du pétrole et du gaz.
Face à cette tension extrême sur l’offre, l’AIE a déjà coordonné, le 11 mars 2026, la plus importante libération de stocks stratégiques de son histoire : 400 millions de barils issus des réserves d’urgence de ses pays membres. L’agence consulte actuellement plusieurs gouvernements, y compris en Asie et en Europe, sur la possibilité d’une nouvelle vague de déstockage pour stabiliser les marchés.
Fatih Birol a toutefois insisté sur le caractère temporaire de ces mesures : « La libération de stocks peut contribuer à atténuer l’impact sur l’économie globale, mais ce n’est pas la solution. La solution la plus déterminante reste la réouverture du détroit d’Ormuz. Tant que ce passage stratégique demeurera bloqué, la sécurité énergétique mondiale restera menacée. »
La crise, liée aux tensions au Moyen-Orient, a également endommagé gravement plus de 40 infrastructures énergétiques dans neuf pays de la région. Elle se traduit par une flambée des prix du pétrole et du gaz, compliquant l’accès aux produits raffinés et renchérissant fortement les coûts d’importation pour de nombreuses économies importatrices.
En Afrique, plusieurs pays – dont le Ghana, l’Afrique du Sud et le Kenya – subissent de plein fouet cette hausse des prix et se tournent désormais vers la raffinerie Dangote au Nigeria pour sécuriser leurs approvisionnements en carburants, soulignant la vulnérabilité du continent face aux chocs extérieurs.
L’AIE se dit prête à intervenir « si nécessaire » pour soutenir les marchés énergétiques, mais met en garde : « Aucun pays ne sera immunisé » si la crise se prolonge. La réouverture rapide du détroit d’Ormuz apparaît comme la seule issue durable pour éviter un choc économique mondial de grande ampleur.
Cette alerte intervient alors que les prix du Brent ont déjà franchi des seuils critiques, rappelant aux décideurs politiques et aux opérateurs l’importance stratégique des routes maritimes du Golfe et la nécessité d’une coordination internationale renforcée.


