Face à un déficit énergétique chronique qui touche encore près de la moitié de sa population, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) intensifie ses efforts pour mobiliser des financements et des compétences techniques. Lundi 16 mars 2026 à Abuja, au Nigeria, la Direction de l’énergie et des mines de la CEDEAO a organisé une importante réunion de travail avec Energy China International (CEEC), grande entreprise chinoise spécialisée dans le développement des infrastructures énergétiques, en présence de représentants du West African Power Pool (WAPP).
Cette rencontre exploratoire vise à identifier des pistes concrètes de collaboration pour accélérer le financement et la réalisation des projets d’infrastructures électriques régionaux. Les discussions ont porté sur l’examen des portefeuilles de projets prioritaires, les capacités techniques de CEEC et les mécanismes de financement innovants adaptés au contexte ouest-africain.
La région fait face à des défis énergétiques majeurs : une capacité installée encore insuffisante, des réseaux de transport et de distribution sous-développés, des disparités importantes entre pays et des coupures d’électricité récurrentes qui freinent le développement économique. Selon les données disponibles, le taux moyen d’accès à l’électricité dans la CEDEAO s’établissait à 61,6 % en 2023, avec une chute spectaculaire à 32,1 % dans les États de l’Alliance des États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger). La population totale de la région dépasse les 400 millions d’habitants.
Au cœur des échanges figure le Plan directeur énergétique régional 2019-2033, qui prévoit la mise en œuvre de 75 projets prioritaires pour un coût global estimé à 36,39 milliards de dollars. Ces initiatives, portées notamment par le WAPP, visent à mutualiser les capacités de production, à renforcer les interconnexions électriques entre États membres (notamment entre la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Sénégal) et à améliorer la stabilité et la fiabilité de l’approvisionnement électrique régional.
« La CEDEAO cherche à attirer davantage d’investisseurs afin de combler le déficit d’infrastructures », a souligné la délégation régionale. Ces projets d’interconnexion permettront d’optimiser l’utilisation des ressources énergétiques disponibles et de favoriser une intégration régionale plus poussée, essentielle pour soutenir la croissance économique, l’industrialisation et l’accès universel à une électricité abordable.
La Chine est déjà un partenaire historique majeur du développement des infrastructures en Afrique. Entre 2000 et 2022, les prêts chinois aux États africains ont atteint 170,08 milliards de dollars, dont 52,4 milliards dans le secteur énergétique. Le commerce bilatéral Chine-Afrique a quant à lui culminé à 348 milliards de dollars en 2025.
Cette nouvelle démarche avec Energy China International s’inscrit dans une dynamique de partenariat Sud-Sud renforcé. Elle intervient à un moment où la CEDEAO ambitionne d’augmenter significativement la part des énergies renouvelables dans son mix électrique et de réduire sa dépendance aux importations coûteuses d’énergie.
Les prochaines étapes consisteront à approfondir les discussions techniques et financières afin de concrétiser des projets concrets. Pour la CEDEAO, ce rapprochement avec l’un des leaders mondiaux de l’ingénierie énergétique pourrait constituer un levier décisif pour combler son retard infrastructurel et transformer son potentiel énergétique en véritable moteur de développement régional.
Ce partenariat exploratoire est suivi avec attention par les acteurs du secteur, alors que la région cherche à concilier sécurité énergétique, transition vers les renouvelables et attractivité pour les investisseurs internationaux.


