Après des années de grande sélectivité sur les nouveaux permis pétroliers et gaziers en Afrique, Eni et TotalEnergies reprennent progressivement leur offensive. Les deux géants italo-français, qui se disputent depuis longtemps la position de premier opérateur sur le continent, ont entamé une nouvelle phase de conquête stratégique.
D’un côté, l’un des deux groupes accélère le rythme de mise en production de ses champs déjà découverts. De l’autre, le concurrent relance des projets qui avaient été gelés ces dernières années. Parallèlement, les deux majors ont remporté de nouveaux blocs d’exploration lors de récentes adjudications. Ce « duel au long cours », comme le décrit l’hebdomadaire panafricain, marque un tournant après une décennie marquée par la prudence face à l’instabilité politique, aux revendications locales et à la transition énergétique mondiale.
Selon l’analyse de Maher Hajbi, auteur de l’enquête, Eni et TotalEnergies restent les acteurs les plus ambitieux parmi les majors occidentaux encore présents en Afrique. « En Afrique, Eni est plus efficace en exploration-production et plus enthousiaste pour les projets de taille moyenne à grande, tandis que TotalEnergies… », note l’article, soulignant des approches complémentaires mais concurrentielles.
Cette rivalité intervient à un moment clé pour le continent. L’Afrique détient encore des réserves considérables d’hydrocarbures, notamment dans les bassins offshore (Namibie, Côte d’Ivoire, Mozambique, Angola, Égypte) et dans les zones matures (Nigeria, Libye, Congo). Alors que de nombreux investisseurs internationaux se retirent ou réduisent leur exposition, les deux groupes européens misent sur une présence durable, combinant production classique et projets gaziers à forte valeur ajoutée (GNL).
Pour Eni, l’efficacité opérationnelle et la capacité à développer rapidement des découvertes de taille moyenne constituent un atout historique. Pour TotalEnergies, la stratégie semble davantage axée sur des projets intégrés et une diversification progressive vers les énergies basses émissions, tout en maintenant une forte activité upstream en Afrique.
Ce regain d’appétit intervient alors que le continent fait face à une double pression : besoin croissant d’énergie pour sa croissance démographique et économique d’un côté, exigences internationales de décarbonation de l’autre. Les analystes estiment que le vainqueur de ce duel pourrait non seulement consolider sa position de leader africain, mais aussi influencer durablement les termes des contrats futurs et la répartition des investissements sur le continent.
Reste à savoir si ce sprint à deux tiendra face aux défis persistants : instabilité géopolitique dans plusieurs bassins, pression des gouvernements pour une plus grande participation locale, et concurrence accrue des compagnies nationales et des acteurs asiatiques. En attendant, Eni et TotalEnergies ont clairement signifié qu’ils ne comptent pas céder le terrain africain sans combattre.
Un match de fond dont les prochains épisodes se joueront sur les plateaux offshore et dans les salles de négociations des capitales africaines.


