Le gouvernement sierra-léonais a signé un accord de permis de reconnaissance avec Shell Exploration Company, autorisant la major à mener des études géologiques et géophysiques avancées sur 19 blocs offshore couvrant plus de 20 000 kilomètres carrés. Ce contrat, officialisé mercredi 22 avril lors du forum Invest in African Energy 2026 à Paris, vise à mieux caractériser le potentiel hydrocarboné des bassins sierra-léonais afin d’attirer de futurs investissements d’exploration.
Le périmètre couvert par cet accord s’étend sur environ 20 594 kilomètres carrés et inclut les blocs G-91, G-92, G-93, G-110, G-111, G-112, G-114, G-115, G-116, G-117, G-133, G-134, G-135, G-148, G-149, G-150, G-162, G-163 et G-164, situés dans les eaux territoriales du pays. Le programme de reconnaissance confié à Shell comprend un large volet d’analyses techniques : traitement et interprétation de données sismiques, intégration de données de puits, analyses pétrophysiques détaillées, modélisation de bassins, évaluation des systèmes pétroliers, identification des pièges structuraux et des couloirs réservoirs, ainsi que des travaux de cartographie du potentiel prospectif.
Cette signature intervient dans le cadre d’une stratégie nationale volontairement axée sur la production de données géoscientifiques de haute qualité pour « dérisquer » les bassins sierra-léonais et attirer des partenaires internationaux crédibles. Selon Foday B. L. Mansaray, directeur général de la Petroleum Directorate of Sierra Leone (PDSL), l’obtention de Shell comme partenaire constitue « une validation forte du travail accompli pour renforcer notre base de données géoscientifiques et notre cadre réglementaire ». Le président Julius Maada Bio a salué un « moment décisif » dans la valorisation responsable des ressources naturelles du pays, soulignant que cet accord envoie « un signal fort et crédible à la communauté mondiale des investisseurs, indiquant que la Sierra Leone est ouverte aux affaires, dans un cadre de transparence, de stabilité et de bonne gouvernance ».
Pour Shell, cet engagement ne constitue pas pour l’instant un engagement ferme à procéder à des forages. Un porte-parole du groupe a rappelé que la major « interagit régulièrement avec les gouvernements par le biais d’accords non contraignants pour accéder à des données et évaluer des opportunités potentielles », et que toute décision ultérieure resterait subordonnée aux processus internes de gouvernance, aux procédures réglementaires et aux audits de diligence.
Un pays qui mise désormais sur une stratégie « data-led »
La Sierra Leone ne produit actuellement aucun pétrole ni gaz, mais cherche à devenir un pôle émergent de l’exploration en Afrique de l’Ouest, à l’image de pays voisins comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal qui sont devenus exportateurs grâce à d’importantes découvertes ces dernières années. Le pays a connu huit forages et quatre découvertes non commerciales depuis les années 1980, et plusieurs cycles d’appels d’offres (2002, 2014, 2015, 2016, 2019 et 2022) n’ont pas abouti à des accords fermes. Face à ces échecs, la PDSL a opéré un changement de stratégie en misant sur l’acquisition et le traitement de données sismiques pour rendre ses bassins plus attractifs. L’exécution de campagnes d’acquisition sismique 3D à long offset et de retraitements 3D a permis d’améliorer l’imagerie du sous-sol et d’identifier plusieurs « plays » d’exploration.
Cette approche a déjà produit des résultats tangibles. En novembre 2025, le groupe italien Eni a signé un accord de reconnaissance couvrant cinq blocs offshore (G-113, G-129, G-130, G-131 et G-132), soit environ 6 790 kilomètres carrés. Certains blocs attribués à Shell, dont les G-114, G-133 et G-112, sont situés à proximité de ceux détenus par Eni. Plus récemment, le gouvernement a également conclu un accord de licence pétrolière avec la compagnie nigériane Marginal Energy Limited, portant sur cinq blocs supplémentaires (G-145, G-146, G-147, G-160 et G-161), pour un engagement de dépenses d’exploration estimé à plus de 225 millions de dollars.
Une dynamique régionale portée par la « chasse au prochain Brésil »
L’arrivée de Shell en Sierra Leone s’inscrit dans un mouvement plus large de reconstitution de portefeuilles d’actifs par les grandes compagnies pétrolières en Afrique de l’Ouest et australe. Chevron et TotalEnergies figurent parmi les majors qui s’emparent de blocs offshore, attirées par une géologie prometteuse, des réformes réglementaires et la nécessité de reconstituer leurs réserves. Selon les données de S&P Global Commodity Insights, environ 11 % du pétrole et du gaz découverts dans le monde depuis 2020, soit quelque 8,7 milliards de barils équivalent pétrole, l’ont été le long de la côte ouest-africaine.
Shell elle-même a récemment renforcé sa présence dans la région, signant en janvier 2026 un accord pour acquérir une participation de 35 % dans deux blocs d’eaux profondes en Angola, après vingt ans d’absence dans ce pays. Cette stratégie vise à soutenir sa production jusqu’aux années 2030, alors que la croissance du schiste américain marque le pas. Les similitudes géologiques entre la marge ouest-africaine et les bassins ultra-productifs de l’autre côté de l’Atlantique, au Brésil, alimentent cet engouement. Le gouvernement sierra-léonais estime quant à lui ses ressources pétrolières à 44 milliards de barils, dont la moitié serait récupérable, et qualifie son brut de « léger et doux », comparable au grade nigérian Qua Iboe.
Les informations issues des études menées par Shell alimenteront les futures sessions d’appels d’offres. Un sixième cycle d’attribution de licences d’exploration est d’ores et déjà en préparation pour 2026, et s’appuiera sur les nouvelles données sismiques acquises ces dernières années. L’objectif affiché par Freetown est clair : transformer ce petit État d’Afrique de l’Ouest en une destination attractive pour l’exploration pétrolière, en misant sur la transparence, la qualité des données et des partenariats avec les plus grandes compagnies mondiales.
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