Le géant pétrolier italien Eni a officiellement reçu le feu vert des autorités nigérianes pour lancer un vaste projet de développement offshore estimé à 10,3 milliards de dollars. Cette décision marque un tournant décisif pour l’exploitation des champs pétroliers Zabazaba et Etan, situés sur le permis OPL 245, au cœur d’un contentieux international ayant paralysé la zone pendant près de vingt ans.
L’investissement colossal prévoit l’installation d’une unité flottante de production, de stockage et de déchargement (FPSO) d’une capacité de 150 000 barils par jour, accompagnée d’infrastructures sous-marines associées. Selon les données techniques, ces installations devraient permettre de récupérer près de 560 millions de barils équivalents pétrole, avec une mise en production envisagée à l’horizon 2029.
La fin d’un imbroglio juridique vieux de vingt ans
L’approbation intervient après plusieurs années de blocages réglementaires et judiciaires autour du bloc OPL 245. Ce permis, estimé à environ neuf milliards de barils de réserves selon des experts du secteur, a été au centre de litiges internationaux impliquant notamment Eni et Shell, ainsi que d’une retentissante affaire de corruption jugée en Italie.
Le dénouement est intervenu en mars dernier, lorsque le gouvernement nigérian a annoncé la résolution amiable du conflit via un accord signé sous l’égide du président Bola Tinubu. L’État a décidé de fractionner le périmètre OPL 245 en quatre nouvelles licences, mettant fin aux procédures d’arbitrage en cours auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Concrètement, le bloc a été scindé en deux licences d’exploitation, les Petroleum Mining Leases (PML) 102 et 103, et deux licences d’exploration, les Petroleum Prospecting Leases (PPL) 2011 et 2012. Sur l’ensemble de ces permis, la filiale locale du groupe italien, Nigerian Agip Exploration (NAE), agit désormais comme opérateur aux côtés de la compagnie publique NNPC Ltd et de Shell.
Un levier stratégique pour la production nationale
Ce déblocage s’inscrit parfaitement dans la stratégie ambitieuse du Nigeria de relancer sa production pétrolière. Après avoir enregistré une moyenne comprise entre 1,6 et 1,7 million de barils par jour en 2025, les autorités visent un objectif de 1,8 million de barils quotidiens d’ici la fin de l’année 2026, avec une perspective à long terme de 3 millions de barils par jour d’ici 2030. Le projet Zabazaba-Etan, à lui seul, pourrait ajouter environ 150 000 barils par jour à cette production nationale.
Bayo Ojulari, PDG du groupe NNPC, a salué cette avancée majeure. « Ce jour marque un tournant pour la nation et pour la NNPC, alors que nous continuons à faire avancer le développement responsable des ressources énergétiques stratégiques de notre pays », a-t-il déclaré. « Faire progresser ce développement pourrait ajouter environ 150 000 barils par jour à la production pétrolière du Nigeria, représentant une étape significative vers le renforcement de notre sécurité énergétique nationale et de notre résilience économique ».
Au-delà des volumes, les retombées économiques attendues sont considérables. Des études sectorielles estiment que la mise en valeur de cette zone pourrait générer une contribution cumulée allant jusqu’à 41 milliards de dollars au PIB du Nigeria sur les 25 prochaines années, tout en créant plus de 200 000 emplois.
Un signal fort envoyé aux investisseurs internationaux
Cette décision intervient dans un contexte de regain d’intérêt pour les actifs offshore nigérians, moins exposés aux perturbations et aux vols que les sites terrestres du delta du Niger. En décembre 2025, le gouvernement a déjà lancé un appel d’offres portant sur 50 blocs pétrogaziers, suscitant l’intérêt confirmé de majors comme TotalEnergies, ExxonMobil et Chevron. Ces engagements représenteraient environ 24 milliards de dollars d’investissements amont, selon les déclarations de la NNPC.
Par ailleurs, Eni a récemment renforcé son ancrage dans le secteur profond nigérian en acquérant une participation supplémentaire de 15 % dans le permis OML 118. Le groupe italien, présent au Nigeria depuis 1962, affiche ainsi sa volonté d’accélérer le développement de ses actifs tout en répondant à la volonté des autorités locales de structurer de nouveaux cadres contractuels conformes aux règles de gouvernance du secteur.
Cet accord historique lève ainsi le dernier verrou majeur entravant l’exploitation de l’un des plus importants gisements inexploités d’Afrique, envoyant un signal de stabilité réglementaire et de prévisibilité aux investisseurs internationaux.
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