Face aux réticences des partenaires internationaux à s’engager sur des zones pionnières, la Société Nationale des Pétroles de Guinée (SONAP) a lancé une campagne d’exploration terrestre entièrement autofinancée. Une stratégie inédite pour une jeune compagnie nationale qui entend démontrer par elle-même le potentiel de ses bassins sédimentaires avant de solliciter des investisseurs étrangers.
L’initiative a été présentée cette semaine à Paris par le directeur général adjoint de la SONAP, Fama Bangaly Soumaoro, lors du Forum Invest in African Energy (IAE) 2026. « Vous voulez que les gens investissent, vous devez démontrer que vous êtes prêt à agir. Nous ne voulons pas supplier les gens de venir chez nous », a-t-il déclaré, résumant la philosophie d’une stratégie qui rompt avec l’approche traditionnelle d’attente passive des investisseurs.
Une stratégie de réduction des risques
Le programme comprend des études géophysiques et géochimiques sur les bassins terrestres, ainsi que des forages stratigraphiques visant des profondeurs de plus de 3 000 mètres, menés en partenariat avec la société de données sismiques TGS. Parallèlement, la SONAP a acquis ses propres équipements de terrain et forme ses techniciens à l’interprétation des résultats, afin de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur technique.
L’objectif est clair : réduire les incertitudes sur le sous-sol et constituer un dossier d’investissement solide pour les 27 blocs ouverts du pays, qui s’étendent sur un vaste bassin de 80 000 km² appuyé par 15 000 km² de données sismiques 3D et 42 000 km² de données 2D. « Nous avons pris la décision de ne pas attendre, mais d’agir », a résumé Soumaoro, expliquant que l’absence de partenaires avait conduit la compagnie à relancer elle-même l’exploration terrestre.
Un pivot stratégique assumé
Soumaoro a clairement justifié ce choix par les réalités du marché. « Pour l’offshore, les investissements sont vraiment élevés et les partenaires ne sont pas prêts à prendre le risque », a-t-il observé, présentant la campagne onshore comme un moyen de générer des résultats tangibles pendant que le processus d’attribution des licences offshore parvient à maturité.
Cette approche s’inscrit dans un rééquilibrage plus large en cours dans le bassin MSGBC (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau et Guinée-Conakry), où les pays s’efforcent de concilier exploration et attractivité des investissements grâce à la transparence des données et à des stratégies de développement coordonnées. Le Sénégal et la Mauritanie voisins ont déjà atteint la production commerciale avec les projets Sangomar et Greater Tortue Ahmeyim, produisant respectivement 100 000 barils par jour et 250 millions de pieds cubes par jour, renforçant ainsi le potentiel du bassin.
Un potentiel géologique prometteur
La Guinée présente des atouts géologiques indéniables. Les bassins terrestres du pays partagent le même système géologique que le Sénégal et la Côte d’Ivoire voisins, et une découverte d’hydrogène au Mali a renforcé la thèse selon laquelle le bassin sédimentaire ouest-africain s’étend plus loin que ce qui était précédemment cartographié. Trois puits d’exploration ont déjà confirmé l’existence d’un système pétrolier et la présence d’hydrocarbures.
Une transformation institutionnelle en cours
Créée en décembre 2021 par décret présidentiel, la SONAP est née de la fusion de l’Office national d’administration pétrolière (ONAP) et de la Société nationale d’importation des produits pétroliers (SONIP). Sous la direction du directeur général Lanciné Condé, la compagnie a entrepris des réformes ambitieuses pour se positionner comme une destination pétrolière compétitive.
Un cadastre pétrolier national a été mis en place et 22 blocs d’exploration ont été identifiés pour un futur appel d’offres. La SONAP a également créé son premier centre national de visualisation des données sismiques, en collaboration avec SLB et TGS, qui donne accès à plus de 15 000 km² de données sismiques 3D et 45 000 km² de données 2D. « SONAP fait ce que peu de compagnies pétrolières nationales ont fait à ce stade précoce – construire les bonnes fondations avant l’explosion », a salué NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie.
Perspectives
L’initiative de la SONAP témoigne d’une maturité stratégique rare pour une compagnie nationale aussi récente. En internalisant l’exploration et en investissant sur fonds propres, la Guinée espère non seulement attirer des partenaires internationaux mieux armés pour affronter les risques, mais aussi négocier avec eux sur un pied d’égalité, forte de données qu’elle aura elle-même produites et maîtrisées.
La campagne terrestre pourrait servir de modèle pour d’autres pays africains confrontés au même défi : comment valoriser un potentiel pétrolier avéré sans attendre passivement que les investisseurs prennent seuls le risque de l’exploration initiale. En choisissant l’action plutôt que l’attente, la SONAP ouvre une voie nouvelle pour le développement pétrolier du bassin MSGBC.
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