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Pierre Lhermitte sur le pétrole : “le contenu local doit être compétitif“

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Pierre Lhermitte sur le pétrole : “le contenu local doit être compétitif“ | Or Noir Africa

Consultant spécialisé dans le secteur pétrolier africain, Pierre Lhermitte estime qu’il faut que le contenu local s’inscrive dans une logique rationnelle de compétitivité et de création de valeur. Entretien.


Comment devrait-on vous présenter ? Quel est votre rôle dans la chaîne de valeur du pétrole ?


Je suis un consultant international, passionné par les problématiques de création de valeur en Afrique et spécialisé dans le secteur pétrolier. Aujourd’hui, je mets mes compétences au service des États Africains pour les aider à tirer le meilleur parti de leurs réserves de pétrole et de gaz. Officier de Marine Marchande, j’ai passé la première partie de ma carrière principalement dans la salle des machines, passant progressivement des navires de commerces aux plateformes de forage avant de rejoindre le groupe Total comme spécialiste marine puis comme responsable logistique. Cette deuxième étape professionnelle m’a permis de passer plus de 10 années au cœur des opérations pétrolières amonts et de découvrir un monde d’excellence et de défis techniques toujours plus audacieux mais aussi de gaspillage et d’inefficience systémique.

Après un passage à l’INSEAD, pour un Executive MBA, je me suis résolu à tenter de comprendre les mécanismes d’escalade des coûts pétroliers. Rapidement, il m’est apparu que les premières victimes des surcoûts sont les pays producteurs africains puisque l’immense majorité des moyens de production y sont importés. Le contenu local s’est alors imposé comme une évidence, mais je n’ai pas souhaité proposer mes services aux États africains sans retourner de nouveau à l’école, à Sciences Po cette fois, pour un Master de Politique et Management du Développement spécialisé sur l’Afrique.

Aujourd’hui cette triple casquette technique, business et politiques publiques me permet de contribuer à l’élaboration de stratégies nationales visant non seulement à maximiser la valeur ajoutée des projets pétroliers et gaziers, mais aussi à écarter les effets secondaires dramatiques, communément regroupés sous le terme malédiction du pétrole. Ceci m’assure aujourd’hui des missions passionnantes pour lesquelles je me sens d’autant plus à l’aise que j’ai rejoint récemment le cabinet de conseil Performances et que je peux désormais m’appuyer sur l’expérience de ce groupe qui travaille depuis 25 ans à la transformation des économies africaines, et de son dirigeant, Victor Ndiaye qui a su bâtir le premier cabinet africain de classe mondiale.


La société civile africaine estime en général que les contrats de partage pétroliers sont déséquilibrés ? Qu’en est-il ?

La société civile a raison d’être exigeante mais pour répondre à votre question, je vous propose un petit retour en arrière pour observer l’évolution du partage de la richesse entre les compagnies pétrolières et les États hôtes. Ce retour nous permet de constater qu’avant la généralisation des contrats de partage de production, le système prévalent était le régime de concession. Dénué de tout risque pour le pays hôte, les premières concessions se sont néanmoins révélées extrêmement désavantageuses pour des pays qui, peu conscients de la valeur des réservoirs, acceptaient des rentes forfaitaires ou un fixe par baril. L’addition de majoration de la rente en cas de hausse des cours à quelque peu réduit le déséquilibre mais la véritable avancée eut lieu dans les années 60 avec l’apparition en Indonésie du premier contrat de partage de production.

Ce type d’accord, majoritairement utilisé aujourd’hui, constitue un véritable partenariat entre le groupe de compagnies pétrolières d’une part, comprenant éventuellement la compagnie nationale, et l’État producteur, d’autre part, qui prend désormais sa part de risque technique et commercial. Le mécanisme général de ce type de contrat est très simple : le groupe entrepreneurs avance les investissements et conduit les opérations pétrolières pour assurer la production. Cette production sert en premier lieu à rembourser les coûts pétroliers, avant que le solde, appelé profit pétrolier, ne soit partagé entre l’État et le groupe de compagnies pétrolières.

Aujourd’hui, on peut schématiser en disant que dans les cas les moins favorables, le profit est partagé à 50/50 entre les deux parties, mais que le plus souvent, l’État producteur est majoritaire. Il est sans doute possible de toujours faire mieux mais en l’état actuel des choses, je ne pense pas qu’on puisse dire que le partage est déséquilibré mais qu’il reflète au contraire, l’équilibre d’éléments fondamentaux qui sont la propriété légitime de la ressource d’un côté, et de l’autre, le savoir-faire, le financement et le risque découverte. Ce n’est donc pas le moment de crier au scandale mais plutôt celui d’œuvrer sans relâche pour modifier cet équilibre entre les parties. Rappelons que c’est, entre autres, la connaissance du réservoir qui a permis aux pays producteurs de passer avec succès des contrats de concessions aux contrats de partage de production et que ce sera la parfaite maitrise du forage et des architectures pétrolières qui leur permettra d’évoluer vers des contrats de services plus avantageux. C’est à ce titre qu’il convient de saluer la création au Sénégal, de l’Institut National du Pétrole et du Gaz qui vise à éliminer l’asymétrie d’information et de formation.


Quel rôle joue la fiscalité dans l’équilibre entre les parties ?

La fiscalité est un outil potentiellement puissant mais n’étant pas fiscaliste, je ne rentrerai pas dans les détails et me bornerai à rappeler qu’il s’agit avant tout d’un levier de répartition interne des revenus tirés des hydrocarbures. En effet, si on prend la vue d’ensemble, la valeur d’un réservoir de pétrole ou de gaz sera partagée entre trois classes d’acteurs : les fournisseurs, les compagnies pétrolières et l’État. Que ce dernier tire ses revenus d’une part de production en nature, de plus ou moins de redevances ou d’impôts sur les bénéfices ne modifie pas nécessairement le montant total de la valeur qui lui revient. Il n’y a donc pas de formule unique qui permette de maximiser le revenu total de l’État mais une chose certaine est qu’il est impératif de coordonner les différentes exigences légales, contractuelles et fiscales.

Car du côté des compagnies pétrolières, l’appréciation financière d’un projet est consolidée dans une feuille de calcul compilant l’intégralité des éléments avec pour résultat, un avis “Go / no Go“. Seule une approche similaire de la situation peut permettre aux pays hôtes de laisser à leur partenaire le juste profit correspondant au savoir-faire et au risque encouru. Des exigences trop basses amènent au sacrifice d’une portion de la valeur de l’État alors que des demandes exagérées provoquent la fuite des compagnies exploratrices vers d’autres horizons. C’est seulement après avoir défini une valeur cible globale que doit s’établir la stratégie de répartition entre les impôts et taxes, la part de production, les redevances éventuelles et autres dispositions diverses. En ce qui concerne les impôts, un élément déterminant pour un État est sa capacité réelle à taxer des acteurs parfois experts en optimisation fiscale.


Quelles sont les autres pistes pour les pays africains pour créer de la valeur ?

Une fois fixés les termes du contrat pétrolier, les compagnies pétrolières deviennent les partenaires stratégiques des États hôtes et leur partenariat, s’il fonctionne bien, peut entrainer une création de valeur de supplémentaire, notamment en luttant ensemble pour la maitrise des coûts pétroliers, c’est-à-dire en évitant de laisser une part trop importante aux fournisseurs. Aujourd’hui encore, malgré des efforts de rationalisation consécutifs à la chute du baril, les moyens de production restent trop nombreux et sont facturés à des tarifs qu’aucune autre industrie n’accepterait de payer. Nul ne saurait être blâmé pour cela car le problème est non seulement mondial mais aussi systémique.

Pour les pays africains cependant, la sanction est double puisque l’immense majorité de ces moyens de production est toujours massivement importée. Prenons l’exemple d’un navire ravitailleur superflus : dans le Golfe du Mexique, ce navire probablement construit aux États-Unis contribuera à faire tourner l’économie américaine, alors que dans le cas d’un pays africain, il s’agira d’une perte sèche. Ce constat désolant a motivé les campagnes audacieuses de contenu local observées avant 2014, visant à “recycler“ une plus grande partie des coûts dans les économies nationales des pays producteurs. Le succès technique est incontestable et l’Angola ou le Nigéria, pour ne citer qu’eux, ont montré au monde entier la capacité de pays africains à relever des défis techniques de premier plan.

Au niveau économique, en revanche, le bilan est plus mitigé, et c’est là un euphémisme. Faute de stratégies de création de valeur, ces initiatives ont généralement abouti à des augmentations de coûts et, trop souvent, à une destruction de valeur pour les pays concernés. Pour éviter cela, le développement du contenu local ne doit pas retarder, ni renchérir la production des hydrocarbures, sauf vision stratégique à long terme. Je recommande donc de tempérer les ambitions d’une touche de réalisme et de conquérir la chaine de valeur “bottom up“. Il y a énormément à faire dans les services et notamment la logistique, et ces services ont, en outre, l’avantage de pouvoir être transposés à d’autres secteurs productifs et de favoriser ainsi la diversification des économies.


Au sujet des coûts justement, quel est le coût moyen de production du pétrole africain comparé à celui du Moyen Orient ou d’autres régions du globe ?

Le pétrole saoudien, produit principalement à terre, est, encore aujourd’hui, le plus facile à produire et donc le moins cher du monde. En comparaison, le pétrole africain, issu en grande partie de champs situés en mer dans des eaux de plus en plus profondes nécessite des investissements beaucoup plus importants et sa production qui nécessite plusieurs années de développement, coute plus cher. Abstraction faite du facteur qualitatif, le pétrole saoudien bénéficie donc d’un avantage compétitif évident.

Pourtant, ce n’est pas nécessairement d’Arabie Saoudite que vient le danger mais plutôt des États-Unis avec le développement récent de pétrole de schiste. Cette production supplémentaire inattendue, rendue possible par les techniques de fracturation, est venue bousculer l’équilibre entre l’offre et la demande, et reste l’une des causes principales du prix relativement bas qu’on observe actuellement.

Ce pétrole non conventionnel, encore cher à produire mais exempt des investissements initiaux massifs qui caractérisent le pétrole conventionnel offshore africain, risque de continuer à peser sur les marchés même s’il est évidemment impossible de prévoir l’évolution des prix tant les facteurs en jeu sont nombreux. Pour tenter d’anticiper l’offre future de ce pétrole non conventionnel, il faudra d’un côté, suivre les progrès techniques à même de réduire les coûts de production et d’améliorer le taux de récupération, et de l’autre observer la complexité grandissante et la distance croissante vers les réseaux de distribution des réservoirs restant à produire.


Concrètement, quel avenir pour le pétrole africain ? 

La question qui se pose avant tout est quel est l’avenir du pétrole en général. Il existe de nombreuses études et les scénarios associés vont d’une flambée des prix à pétrole bon marché en passant par autant de valeurs moyennes. Par ailleurs, rien n’interdit de penser qu’une innovation radicale motivée par des contraintes environnementales croissante ne viendra pas un jour rendre cette matière première définitivement obsolète. A l’inverse, une autre invention pourrait lui trouver un nouvel usage et le rendre encore plus indispensable. Il est donc extrêmement difficile de se positionner avec certitude et il sera de plus en plus nécessaire d’adopter des stratégies flexibles et évolutives. Ces stratégies devront néanmoins s’appuyer sur des constantes fortes : la maitrise des coûts, le développement d’un contenu local compétitif ou encore la diversification des économies. Un point essentiel est de de noter que l’excès de l’offre par rapport à la demande exacerbe la compétition entre producteurs mais que cette compétition peut être à géométrie variable. Une compétition au sein des pays producteurs africains pour inciter les compagnies pétrolières à développer en priorité leur potentiel minier, aboutira inexorablement au sacrifice d’une partie supplémentaire de la valeur des réserves.

A l’inverse, une collaboration étroite et une convergence des exigences permettront aux pays producteurs africains de mieux défendre leurs intérêts vis-à-vis de leurs partenaires techniques. De même, des stratégies concertées visant à réduire les coûts sans sacrifier le contenu local, mais aussi à améliorer le climat des affaires pour faire baisser le risque pays permettront de lutter plus efficacement contre la concurrence du pétrole non conventionnel américain. Rendons hommage à cette occasion à l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africain et à son Secrétaire Général, M. Mahaman Laouan Gaya, qui œuvre sans relâche pour rendre le secteur pétrolier africain plus fort, bien aidé cette année par le Ministre des Mines et de Hydrocarbures de Guinée Équatoriale, M. Gabriel Mbaga Obiang Lima, instigateur de l’initiative 2019, année de l’énergie. Ces leaders, et bien d’autres, ont compris que l’ère du pétrole n’est pas éternelle, mais qu’elle peut contribuer à développer une dynamique de développement et d’intégration en Afrique qui continuera à porter ses fruits bien après que les derniers puits ne soient taris ou abandonnés.

Financial Afrik

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NJ Ayuk : « mon livre «Billions at Play : The Future of Energy in Africa and Doing Deals»… « 

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NJ Ayuk : "mon livre «Billions at Play : The Future of Energy in Africa and Doing Deals»... "

L’avocat NJ Ayuk, spécialiste des questions énergétiques en Afrique, a effectué une présentation de son nouveau livre «Billions at Play : The Future of Energy in Africa and Doing Deals» en marge du Africa Oil and Power 2019 au Cap. Le président de la Chambre africaine de l’énergie évoque ici les questions majeures de son livre dont la gestion des ressources en hydrocarbures, la posture des Etats africains dans les négociations ainsi que la gestion transparente de cette industrie. L’animateur de la Grande Conférence sur le contenu local aborde aussi les perspectives d’un Sénégal producteur de pétrole et de gaz.

Votre nouveau livre «Des milliards en jeu : Le future de l’énergie et des affaires en Afrique» s’intéresse aux négociations et contrats entre les Etats africains disposant de ressources énergétiques et les différentes compagnies dans le secteur des hydrocarbures. Pourquoi un tel intérêt ?

Les capacités de négociations des Etats africains avec leurs investisseurs sont au cœur des problématiques liées au développement économique et au contenu local en Afrique. Notre connaissance des dynamiques mondiales du secteur de l’énergie, mais aussi nos capacités à nous mettre en position de force sur la table des négociations sont des éléments majeurs qui permettent la signature de contrats qui bénéficient les économies et populations africaines. «Des milliards en jeu» explore cette problématique non seulement en ce qui concerne les contrats de partage de production, mais également tout accord régissant le fonctionnement d’une société, que ce soit les politiques mises en place pour favoriser l’embauche des femmes ou les contrats d’investissement qui doivent permettre le développement du contenu local et la création d’emplois.

Que conseille l’avocat spécialisé en hydrocarbures aux nouveaux pays ayant découvert des gisements considérables ?

Les nouveaux pays ayant découvert des hydrocarbures doivent préparer à la fois leur cadre réglementaire, mais aussi le niveau de compétences locales disponibles dans leur marché. Le cadre réglementaire est le pilier du développement futur de toute industrie, y compris celle des hydrocarbures. Des cadres adaptés et progressifs doivent être mis en place, qui tiennent compte de l’avancement de l’industrie dans chaque marché. Un pays ne produisant que très peu de pétrole et de gaz et ayant tout juste découvert de grandes réserves comme le Sénégal, n’établira pas le même cadre réglementaire qu’un pays comme le Congo, qui produit plusieurs centaines de milliers de barils par jour depuis des décennies.
Préparer la main-d’œuvre locale est un second élément-clé. Alors que les pays africains développent des cadres réglementaires favorisant le contenu local, il est nécessaire qu’ils puissent offrir aux compagnies étrangères une main-d’œuvre locale qui soit convenablement formée et éduquée.

La production de pétrole et de gaz génère d’importantes ressources pour les pays. Comment faire pour que ces ressources profitent aux populations africaines, premières détentrices du gaz et du pétrole ?

L’introduction de régulations sur le contenu local est très importante. Les exemples récents de nouveaux codes des hydrocarbures au Cameroun ou au Gabon en sont de très bons exemples. Celui du Sénégal en est un autre. Les investisseurs étrangers n’investiront dans l’économie locale que s’ils y sont obligés. Il faut donc prévoir dans les régulations et les contrats des clauses stipulant que l’embauche d’une main d’œuvre locale et la fourniture de services et biens locaux sont une obligation dans tout projet d’hydrocarbures.
Il faut également s’assurer d’une distribution transparente et équilibrée des revenus du secteur à travers l’Economie nationale. Encore une fois, l’adoption de normes internationales en matière de bonne gouvernance et de transparence est nécessaire. En suivant ces principes, l’on s’assure que l’industrie soit génératrice d’emplois pour les populations locales, favorise le développement de sociétés indigènes, et que ses revenus soient redistribués dans des projets d’infrastructures qui appuient le développement de l’économie locale dans son ensemble.

Les ressources importantes en gaz de l’Afrique peuvent-elles être considérées comme un levier d’essor dans la production d’électricité, la diversification des économies et l’appui d’industries majeures comme l’agriculture ?

Absolument. Elles sont un levier d’essor dans la production d’électricité à condition encore une fois, que les contrats de partage de production contiennent des clauses concernant l’allocation d’une certaine partie de la production à la consommation nationale. C’est le cas au Sénégal par exemple, où une partie du gaz qui sera produit doit être réservée au Sénégal. Ce gaz peut non seulement alimenter des centrales électriques, mais aussi servir de combustible à des industries telles que le ciment et l’acier, ou être utilisé dans la production de produits pétrochimiques et d’engrais.

Le développement de ces ressources génère évidemment des revenus considérables pour le pays, qui peut ensuite les redistribuer pour soutenir le développement industriel national et des secteurs-clés comme l’agriculture. C’est la trajectoire empruntée par de nombreux pays pétroliers africains comme la Guinée Equatoriale ou le Nigeria, qui s’appuient de plus en plus sur les revenus du pétrole et du gaz pour financer leur diversification économique.

Que vous inspire l’approche du Sénégal jusqu’à présent en préparation de son virage pétrolier et gazier avec l’organisation d’un cadre légal et la consolidation des mécanismes d’accompagnement ?

Le Sénégal a fait preuve de beaucoup de cohérence et de pragmatisme. Les débats nationaux qui ont suivi les grandes découvertes depuis 2014 et qui ont précédé le changement du cadre réglementaire ont permis l’inclusion de l’industrie, du secteur privé et de la Société civile. Ceci est très positif et a été grandement salué à l’échelle régionale et mondiale.
L’évolution du cadre réglementaire sénégalais, ainsi que l’ouverture récente de l’Institut national du pétrole et du gaz (Inpg), sont une preuve de la volonté politique sénégalaise d’être prêt à la fois au niveau réglementaire et local à accueillir l’industrie des hydrocarbures et à être en mesure d’en tirer le plus de bénéfices possibles pour les Sénégalais.

Vous vous faites un défenseur dans ce livre des Etats africains dans la gestion de leurs ressources en hydrocarbures. Quelle est la place de leur responsabilisation et de la reddition des comptes pour une transparence de ces secteurs ?

De nombreux producteurs africains font partie de l’Initia­tive sur la transparence dans les industries extractives (Itie), par laquelle ils s’engagent à rendre accessible un certain nombre de données et statistiques sur leur secteur pétrolier et ses revenus. Cette transparence est nécessaire à la responsabilisation de l’industrie et à la reddition de ses comptes.
Il convient également à la Société civile de jouer son rôle d’observateur et de demander des comptes aux gouvernants quant à l’utilisation des revenus du pétrole comme soutien de l’économie locale.
De nombreux exemples en Afrique et dans la monde démontrent également que la création de fonds financés par la rente pétrolière est très bénéfique à la fois pour la transparence du secteur mais également pour s’assurer que ses revenus soient proprement redistribués.

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Le Sénégal conçoit une stratégie bien équilibrée de pétrole et de gaz (Entretien)

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Le Sénégal conçoit une stratégie bien équilibrée de pétrole et de gaz

En tant qu’organisme de promotion du secteur des hydrocarbures au Sénégal, la Société nationale des pétroles du Sénégal (PETROSEN), une entreprise publique productrice de pétrole et de gaz, a constaté une augmentation spectaculaire de l’intérêt des acteurs internationaux pour les ressources pétrolières du pays. Mamadou Faye, directeur général de PETROSEN, a expliqué, comment PETROSEN est l’instrument d’application de la politique pétrolière de l’État du Sénégal.

Dans quelle mesure les différentes institutions gouvernementales, Cos-Petrogaz, PETROSEN, INPG sont-elles complémentaires dans la réalisation de la vision du président Macky Sall concernant le secteur du pétrole et du gaz?

Plusieurs institutions clés sont impliquées dans le secteur pétrolier et gazier au Sénégal, notamment le Comité national d’orientation stratégique pour le pétrole et le gaz (Cos-Petrogaz), le ministère du Pétrole et de l’Énergie, le ministère des Finances et du Budget, la société pétrolière publique PETROSEN. et l’Institut national du pétrole et du gaz.

Le Cos-Petrogaz, qui relève directement de la présidence de la République du Sénégal, est un organe de gestion et de surveillance stratégique. Sa mission est d’assister le président de la République et le gouvernement dans la définition de la stratégie globale du secteur des hydrocarbures et de suivre sa mise en œuvre, par le biais du secrétariat permanent, qui sert d’outil de coordination.

Le ministère du Pétrole et de l’Énergie est l’organe de contrôle officiel chargé de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique définie par le chef de l’État dans le secteur de l’énergie. Il assure notamment le contrôle et le suivi des opérations pétrolières.

PETROSEN est en charge des opérations suivantes: promotion du bassin sédimentaire, exploration et production de ressources en hydrocarbures, raffinage, stockage, commercialisation, transport et distribution, ainsi que des activités industrielles liées aux segments énumérés ci-dessus.

Enfin, l’Institut national du pétrole et du gaz a pour objectif de développer l’expertise nationale en matière de pétrole et de promouvoir l’emploi des sénégalais et des sénégalais dans les secteurs du pétrole et du gaz.

Le Sénégal a fait des découvertes majeures de pétrole et de gaz au cours des dernières années et l’exploration se poursuit. Bien que les premières productions arriveront en 2022, le gouvernement a décidé d’anticiper plusieurs segments liés au secteur de l’énergie et du pétrole.

Avant ces découvertes, le Sénégal avait décidé de s’associer à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), une initiative mondiale visant à accroître la transparence dans les secteurs minier et pétrolier. PETROSEN a un représentant au sein du comité national de l’ITIE.

Pouvez-vous nous donner quelques détails sur la stratégie d’exploitation des premières ressources extraites d’ici 2022?

La production de pétrole et de gaz devrait commencer en 2022. Pour le pétrole, une partie de la production sera utilisée pour le marché intérieur, à savoir vendue à et raffinée localement par la Société Africaine de Raffinage, la raffinerie du Sénégal. À court terme, il est prévu d’accroître la capacité de SAR grâce à un programme de modernisation des installations, qui passera de 1,2 million de tonnes par an à 1,5 million de tonnes par an. Toutefois, l’État envisage la construction d’une nouvelle raffinerie, d’une capacité accrue, capable de raffiner des bruts complexes.

Pour le gaz naturel, un plan directeur de monétisation est en cours d’élaboration. En outre, le ministère du Pétrole et de l’Énergie a mis en place une stratégie «Gas-to-Power» pour la production d’électricité à bon marché utilisant le gaz naturel comme matière première. En bref, outre la production de GNL destiné à l’exportation, le gaz sera utilisé principalement pour la production d’électricité, mais des options de transformation en engrais et autres produits dérivés sont également envisagées.

Quelle est la stratégie du Sénégal concernant l’allocation de blocs offshore actuellement ouverts à l’exploration? Envisagez-vous de lancer une série de licences officielles?

Une douzaine de blocs offshore sont actuellement ouverts. Ils comprennent de nouveaux blocs offshore ultra-profonds. Conformément au nouveau code pétrolier introduit plus tôt cette année, nous lancerons un cycle de licences officiel pour ces blocs. L’annonce sera faite lors de la conférence Africa Oil and Power, qui se tiendra le 9 octobre 2019 à Cape Town, en Afrique du Sud. Le processus durera six mois, au cours desquels les entreprises intéressées auront accès à une salle informatique dédiée afin d’acquérir et d’interpréter des données et de soumettre des demandes pour les blocs de leur choix.

Le Sénégal est un pays stable démocratique. Il a une économie en croissance et des institutions fortes. Dans le secteur du pétrole et du gaz, les découvertes réalisées entre 2014 et 2017 ont été déterminantes pour prouver que le pays possède une province des hydrocarbures au large des côtes. Ces deux facteurs combinés permettent aux investisseurs étrangers et aux opérateurs de voir le Sénégal comme un pays sûr et attrayant pour les entreprises.

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Le cadre réglementaire modernisé du Sénégal pour attirer les investissements

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Le cadre réglementaire modernisé du Sénégal pour attirer les investissements

Centurion Law Group est un conglomérat panafricain de droit des sociétés, spécialisé dans le droit des affaires transfrontalier et le droit de l’énergie.

Quels aspects réglementaires clés doivent être mis en œuvre par un pays producteur proche comme le Sénégal pour améliorer l’attractivité du secteur pétrolier et gazier?

Dans tous les pays pétroliers, les régulateurs et les décideurs doivent tenir compte de l’état d’avancement de leur secteur pour mettre en œuvre les politiques et les cadres réglementaires appropriés. De toute évidence, un pays comme le Sénégal, qui produira bientôt plus de 20 000 barils de pétrole par jour, ne produira pas les mêmes réglementations qu’un pays comme le Nigéria, qui produit plus de 1,5 million de barils depuis des décennies. Les réglementations doivent être progressives. Ce qui compte dans un cas comme le Sénégal, c’est d’appliquer des réglementations qui jettent les bases du développement d’une industrie durable, axée sur le contenu et créatrice d’emplois. Lors de la planification du développement de l’industrie et de ses réglementations, le renforcement des capacités nationales, tant au sein des institutions nationales que du secteur privé, revêt une importance primordiale.

Quel est votre sentiment vis-à-vis de l’état de préparation du cadre réglementaire sénégalais à la lumière des premières productions produites en 2022?

J’ai un sentiment extrêmement positif et optimiste quant à la capacité du Sénégal à construire une industrie du pétrole et du gaz robuste et durable. Saluons d’abord l’engagement du gouvernement en faveur de la transparence avec le peuple sénégalais. Très tôt après les découvertes, le gouvernement a commencé à engager l’ensemble de la société civile sénégalaise autour de débats tels que le développement de contenu local, le renforcement des capacités nationales et les emplois locaux. Cela a envoyé un message fort à la région et à la communauté des investisseurs dans son ensemble: le Sénégal était déterminé à mettre en place un secteur pétrolier et gazier africain moderne fondé sur la bonne gouvernance.

Comment le nouveau code pétrolier et gazier répond-il à l’objectif ambitieux du gouvernement en matière de contenu local?

Le nouveau code relève de deux aspects. Le premier concerne l’inclusion. Toute la société sénégalaise a participé activement aux débats et discussions avant et pendant la rédaction du code, ce qui fait du texte final un texte qui réponde aux aspirations de l’industrie et des citoyens. Deuxièmement, le nouveau cadre concerne spécifiquement le contenu local, qui bénéficie de sa propre loi. De nouvelles conditions rendent obligatoire la participation du secteur privé sénégalais aux activités liées aux hydrocarbures, en particulier aux activités de construction, d’approvisionnement et de services relatifs aux champs de pétrole. Le texte prévoit également des transferts de technologies et de compétences qui contribueront dans une large mesure au développement des entreprises sénégalaises.

Quels pays africains peuvent servir de modèles pour que le Sénégal mette en place un cadre réglementaire efficace?

Il existe de nombreux enseignements à tirer de plusieurs juridictions africaines en ce qui concerne la mise en œuvre du cadre réglementaire approprié pour le Sénégal. Prendre des modèles internationaux non africains peut également s’avérer très bénéfique. Trinité-et-Tobago, par exemple, est très utile car c’est un pays relativement petit qui s’est très tôt concentré sur la réglementation et le développement de son industrie gazière et qui est maintenant un exportateur mondial de gaz. En Afrique, il faut absolument tirer des enseignements du développement du contenu local au Nigéria, de la durabilité environnementale au Gabon ou du bon usage des revenus pétroliers pour stimuler la diversification économique en Guinée équatoriale.

Comment la coopération régionale peut-elle stimuler l’exploration pétrolière et gazière dans le bassin de MSGBC? Quelles mesures doivent être prises par les pays pour créer des synergies efficaces?

Le Sénégal et la Mauritanie ont déjà montré à l’Afrique que le fait de mettre ses différences de côté et de travailler au co-développement de projets serait avantageux pour les économies africaines et leurs populations. Tortue est un projet phare à cet égard, et il aura un impact profond sur le développement socio-économique des deux pays. La principale étape pour encourager de telles collaborations et projets futurs consiste simplement à maintenir le dialogue ouvert et à en engager davantage.

C’est ce que fait par exemple la Chambre de l’énergie africaine. Nous devons voir les pays africains s’engager davantage, car le dialogue énergétique intra-africain est resté trop faible compte tenu du potentiel de ressources naturelles de notre continent.

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