Dans la course effrénée vers les métaux critiques nécessaires à la transition énergétique mondiale, le Ghana vient de franchir une étape décisive en révisant sa politique minière. Traditionnellement porté par l’or et le cacao, Accra tourne désormais ses ambitions vers « l’or blanc ». Le gouvernement ghanéen a récemment validé une nouvelle politique de gestion de l’exploitation du lithium, visant à maximiser les bénéfices locaux et à éviter les erreurs du passé liées à l’exportation brute de matières premières. Cette décision intervient alors que le voisin malien, avec son projet géant de Goulamina, a déjà pris une avance significative, forçant le Ghana à accélérer ses réformes pour rester compétitif.
La nouvelle stratégie du Ghana se distingue par une exigence de transformation locale plus stricte. Contrairement aux modèles extractifs classiques, Accra conditionne désormais l’octroi de licences à des engagements clairs en matière de raffinage domestique. L’objectif est de créer une véritable chaîne de valeur en Afrique de l’Ouest, allant de l’extraction à la production de concentré de spodumène, voire à terme, de composants pour batteries. En augmentant la part de redevances et en exigeant une participation accrue de l’État dans les projets, le Ghana espère générer des revenus supérieurs à ceux du secteur aurifère, tout en favorisant le transfert de technologies.
Au cœur de cette stratégie se trouve le projet Ewoyaa, porté par la société Atlantic Lithium. Ce gisement, situé sur la côte sud du pays, bénéficie d’un avantage logistique majeur par rapport aux gisements enclavés du Sahel : sa proximité immédiate avec les infrastructures portuaires. Les autorités ghanéennes misent sur cet atout géographique pour attirer les investisseurs internationaux, notamment américains et européens, soucieux de diversifier leurs sources d’approvisionnement face au quasi-monopole chinois sur le raffinage du lithium. Le partenariat avec le Fonds souverain ghanéen (MIIF), qui a injecté des capitaux importants dans le projet, illustre cette volonté de garder un contrôle souverain sur la ressource.
Le repositionnement du Ghana s’inscrit dans une dynamique régionale où le Mali fait figure de pionnier. Avec le gisement de Goulamina, le Mali s’apprête à devenir l’un des plus grands producteurs mondiaux, attirant les géants chinois comme Ganfeng Lithium. En ajustant son cadre réglementaire, le Ghana ne cherche pas seulement à rattraper son retard, mais à proposer un modèle alternatif plus axé sur la durabilité et l’intégration industrielle. Cette saine émulation entre les deux puissances ouest-africaines pourrait, à terme, faire de la région un pôle incontournable du marché mondial des batteries, à condition que les infrastructures de transport et d’énergie suivent le rythme des ambitions minières.


