Une ambition légale encore loin des réalités du terrain, deux ans après l’entrée du pays dans le cercle des exportateurs de pétrole. Le secrétariat technique du Comité national de suivi du contenu local (ST-CNSCL) a réuni les acteurs des hydrocarbures et des assurances pour trouver les moyens d’accroître significativement la part des compagnies sénégalaises dans la couverture des risques liés au pétrole et au gaz.
Les chiffres donnent la mesure du chemin restant à parcourir. Selon Alioune Guèye, directeur général de la société publique Petrosen Holding, les assureurs locaux ne captent aujourd’hui que moins de 5 % des primes générées par le sous‑secteur des hydrocarbures au Sénégal. Une situation que le responsable a jugée insatisfaisante en appelant à « faire en sorte qu’une part importante de ces revenus soit captée par les entreprises sénégalaises ».
Pourtant, le cadre légal existe. La loi relative au contenu local dans le secteur des hydrocarbures, adoptée et promulguée en 2019, impose déjà le recours aux assurances et aux services financiers locaux dans l’ensemble des activités pétrolières et gazières. Sept ans après son adoption, la réalité du terrain reste toutefois en décalage avec les ambitions affichées, alors même que les grands projets ont démarré : le champ pétrolier de Sangomar a produit 16,9 millions de barils dès sa première année d’exploitation en 2024, et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) a lancé sa production début 2025.
La journée de concertation, coorganisée par le ST-CNSCL et la Fédération sénégalaise des sociétés d’assurances (FSSA), a rassemblé autour de la table les principales parties prenantes : Petrosen Holding, la Direction des Assurances, la Société sénégalaise de réassurances (SEN RE) et de nombreux experts du secteur. L’objectif affiché était de dépasser la simple formalité contractuelle pour faire de l’assurance un véritable levier de structuration du risque, de protection des actifs et de sécurisation des investissements, comme l’a rappelé Mor Bakhoum, secrétaire technique du CNSCL.
Le même responsable a résumé l’enjeu par une formule qui a marqué les échanges : « Passer d’une logique de simple domiciliation à une logique de maîtrise ; de la police locale formelle à la souscription locale réelle ; du fronting à la conservation effective ». Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de cocher une case réglementaire, mais de faire en sorte que les compétences, les capacités financières et la gestion des risques s’ancrèrent durablement au Sénégal.
De son côté, El Hadj Amar Kébé, président de la FSSA, a souligné que le secteur des assurances a un rôle clé à jouer dans cette nouvelle phase de développement économique portée par l’exploitation des ressources pétrolières et gazières du pays. La concertation a permis d’approfondir les réflexions techniques sur le cadre juridique, le fonctionnement d’un éventuel pool pétrolier et gazier, ainsi que les mécanismes de contrôle, afin d’alimenter les futurs textes réglementaires de la réforme en cours.
Alors que l’industrie pétrogazière sénégalaise est désormais une réalité opérationnelle, la question de la participation des assureurs locaux prend une acuité nouvelle. Entre une loi qui fixe une orientation claire et une part de marché encore marginale, les marges de progression sont considérables. Les travaux engagés le 7 mai à Dakar devraient déboucher sur des propositions concrètes de réformes, seules à même de transformer une ambition légale en retombées économiques tangibles pour le secteur financier national.
En savoir plus sur Or Noir Africa
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


