L’Ukraine, confrontée à une grave crise énergétique due aux attaques répétées de la Russie sur ses infrastructures, explore activement de nouveaux approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Mozambique. Cette piste a été confirmée par le président Volodymyr Zelensky à l’issue d’un échange avec son homologue mozambicain, Daniel Chapo, le 23 mars 2026.
Dans un message publié sur Telegram, le dirigeant ukrainien a déclaré : « L’Ukraine est intéressée par des approvisionnements énergétiques supplémentaires. Le Mozambique est intéressé par l’expérience et les technologies ukrainiennes pour renforcer sa sécurité intérieure et protéger sa population contre le terrorisme. » Les deux présidents ont convenu de maintenir des contacts réguliers et de faire travailler leurs équipes sur des pistes de coopération mutuellement avantageuse.
Depuis le début de l’invasion russe en 2022, plus de 1 700 frappes ont visé les installations de la compagnie publique Naftogaz, réduisant la production nationale de gaz de l’Ukraine d’environ 50 %. Avant le conflit, le pays couvrait la quasi-totalité de ses besoins grâce à sa production domestique. Aujourd’hui, Kiev doit importer massivement du gaz, notamment lors des pics de consommation hivernale, et a déjà diversifié ses sources avec des cargaisons de GNL en provenance des États-Unis et d’Europe.
Le Mozambique, qui dispose d’importantes réserves de gaz offshore dans la province de Cabo Delgado (bassin de Rovuma), émerge comme un futur acteur majeur du GNL mondial. Le projet phare Mozambique LNG, opéré par TotalEnergies, vise une capacité de production de 13 millions de tonnes par an avec une mise en production prévue vers 2029. Le coût du projet a été révisé à 24,5 milliards de dollars (contre 20 milliards initialement). Malgré les défis sécuritaires liés à l’insurrection islamiste dans le nord du pays et des difficultés de financement (retraits de soutiens publics par le Royaume-Uni et les Pays-Bas), la quasi-totalité des volumes futurs est déjà contractualisée, principalement vers l’Asie et l’Europe.
Les discussions entre Kiev et Maputo restent à un stade préliminaire. Aucun volume, prix ni calendrier précis n’ont été communiqués. Au-delà du GNL, la coopération envisagée pourrait inclure un échange plus large : expertise ukrainienne en matière de sécurité et de technologies en contrepartie d’approvisionnements énergétiques. Les deux pays ont également évoqué des pistes de collaboration en digitalisation et en sécurité alimentaire.
Pour l’Ukraine, cet intérêt pour le Mozambique s’inscrit dans une stratégie de diversification urgente de ses sources d’énergie face à la dégradation de son système gazier et aux tensions géopolitiques persistantes. Pour le Mozambique, qui cherche à valoriser ses ressources tout en stabilisant sa région nord fragile (malgré le déploiement de forces rwandaises), l’appui ukrainien pourrait constituer un atout dans la lutte contre l’insécurité.
Cette initiative illustre la nouvelle géographie des flux énergétiques mondiaux, où la guerre en Europe pousse les pays à explorer des partenariats inattendus avec les producteurs africains émergents. Les négociations devraient se poursuivre dans les prochains mois, avec Naftogaz comme principal interlocuteur technique côté ukrainien.


