Le gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) a officiellement annoncé la reprise de ses exportations de cobalt, mettant fin à un gel de près de quatre mois. Cette décision, prise dans un contexte de chute historique des cours, a atteint son objectif premier : redresser les prix du métal stratégique, essentiel à la transition énergétique mondiale.
Cette mesure d’interruption, mise en place le 22 février dernier par l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (Arecoms), visait explicitement à « stabiliser le marché face à la surabondance de l’offre ». Alors que les cours s’étaient effondrés pour atteindre leur plus bas niveau en huit ans, l’embargo aura permis une reprise spectaculaire. Selon le ministre des Finances, Doudou Fwamba, le prix de la tonne de cobalt est passé de 22 000 à environ 55 000 dollars durant cette période.
Cette intervention directe sur les flux d’exportation souligne la volonté de Kinshasa d’utiliser son poids de producteur dominant pour influencer la formation des prix. La RDC assure en effet près de 76 % de l’approvisionnement mondial (environ 220 000 tonnes en 2024), principalement via les mastodontes Tenke Fungurume et Kisandu, exploités par le chinois CMOC dans la région du Katanga.
« Comment pouvons-nous être le premier à fournir 70% de ce produit stratégique mais ne pas influer sur la formation du prix ? C’est à cela que nous avions dit non », a ainsi justifié le ministre Fwamba. Le pays, directement impacté par la baisse des cours via une érosion de ses recettes fiscales, a donc temporairement retiré son offre du marché pour en faire remonter la valeur.
Si l’opération a été un succès sur le front des prix, elle n’efface pas pour autant les défis structurels du secteur minier congolais. La RDC, malgré son immense richesse souterraine, reste l’un des pays les moins développés au monde. Son industrie minière est minée par des problèmes endémiques de corruption, de contrebande et d’exploitation illégale.
La question sensible du cobalt artisanal, qui représente 3 à 5 % de la production nationale, reste également d’actualité. Ce segment, bien que marginal en volume, reste associé à des violations des droits humains, selon les experts, malgré les efforts de régulation déployés.
La reprise des exportations marque ainsi un retour à la normale pour les acheteurs mondiaux, rassurés sur la continuité de l’approvisionnement. Toutefois, cette démonstration de force de la RDC envoie un signal clair aux marchés : le premier producteur mondial de cobalt entend désormais jouer un rôle actif dans la gouvernance des prix de cette ressource critique pour l’ère électrique.


