Le milliardaire nigérian Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, a annoncé son intention de construire une immense raffinerie de pétrole d’un coût estimé entre 15 et 17 milliards de dollars à Mombasa, au Kenya. Ce projet marque un virage stratégique important, alors qu’il était initialement envisagé pour la Tanzanie. Dans un récent entretien avec le Financial Times, Dangote a clairement exprimé sa préférence pour la ville côtière kényane, citant la supériorité de ses infrastructures portuaires comme facteur décisif.
Infrastructures portuaires et taille du marché : des atouts clés
Le choix de Dangote fait suite à une comparaison directe entre Mombasa et le site précédemment proposé à Tanga, en Tanzanie. « Je penche davantage pour Mombasa car Mombasa dispose d’un port beaucoup plus grand et plus profond », a déclaré Dangote, ajoutant que l’économie plus importante du Kenya et sa consommation de carburant plus élevée constituent des avantages certains. Ce projet, d’une capacité de 650 000 barils par jour, serait une réplique de sa raffinerie phare à Lagos, au Nigeria, entrée en service en 2024.
Dynamiques politiques : la décision entre les mains du président Ruto
La décision finale appartient désormais au président kenyan William Ruto. « La balle est dans le camp du président Ruto », a confié Dangote, ajoutant : « Je ferai ce que le président Ruto me dira. »
Pour que le projet aboutisse, Dangote a posé trois conditions au gouvernement kényan : la fourniture de terrains, un financement est-africain partiel et, surtout, une protection contre ce qu’il appelle le « dumping » de carburants bon marché en provenance de pays comme la Russie et l’Inde. « Aucune raffinerie au monde ne peut survivre sans cette protection », a-t-il affirmé. Si ces conditions sont remplies et qu’un accord est trouvé, la construction pourrait débuter dès cette année.
Importance stratégique pour le secteur énergétique de l’Afrique de l’Est
Cette raffinerie répondrait à une vulnérabilité critique de l’Afrique de l’Est, qui importe actuellement près de 75 % de ses produits pétroliers raffinés, principalement du Moyen-Orient. Cette dépendance expose la région aux perturbations mondiales de l’approvisionnement et à la volatilité des prix, comme l’a montré le récent conflit. La nouvelle installation renforcerait la sécurité énergétique régionale, réduirait la dépendance aux importations et pourrait stabiliser les prix dans plusieurs pays.
Une stratégie continentale pour l’indépendance énergétique
L’expansion de Dangote en Afrique de l’Est s’inscrit dans une stratégie plus large visant à construire l’autosuffisance du continent. Lors du sommet « Africa We Build » en avril 2026 à Nairobi, il a critiqué le modèle économique de longue date de l’Afrique, qui consiste à exporter des matières premières et à importer des produits finis, déclarant que « lorsque nous importons, nous importons la pauvreté ». Il a également souligné que son groupe avait déjà investi massivement dans divers secteurs, avec un engagement à investir 40 milliards de dollars d’ici 2030.
La raffinerie est-africaine projetée serait la deuxième grande installation du groupe Dangote hors du Nigeria. La raffinerie de Lagos, un complexe de 20 milliards de dollars, est actuellement en expansion pour atteindre une capacité de 1,4 million de barils par jour, ce qui en ferait la plus grande du monde. Cette expansion souligne l’influence croissante de Dangote dans le paysage industriel africain et son engagement à transformer le secteur énergétique du continent.
Prochaines étapes et implications régionales
Sous réserve de la décision du président Ruto, le projet impliquerait le développement d’infrastructures, y compris des pipelines pour desservir l’ensemble de l’Afrique de l’Est. Dangote a estimé un délai de réalisation de quatre à cinq ans après la finalisation des accords gouvernementaux.
Mapathé SOW, Specialist Oil, Gas, Energy & Mining / Founder – OR NOIR AFRICA
En savoir plus sur Or Noir Africa
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


