La Société des Pétroles du Sénégal (Petrosen) est désormais l’unique actionnaire du permis offshore Yakaar-Teranga et entend pousser le développement de ce gisement gazier majeur selon ses propres priorités. Ce projet, estimé à plusieurs milliards de dollars, suscite toutefois des interrogations sur sa capacité de financement dans un contexte de crise de la dette sénégalaise.
Après le retrait formel de Kosmos Energy, qui détenait auparavant 90 % des parts, Petrosen contrôle intégralement le bloc. Ce départ s’est effectué sans compensation financière pour l’opérateur américain, conformément à un accord conclu en avril 2026. Le permis d’exploration, dont l’échéance était prévue en juillet 2026, sera transféré exclusivement à l’entreprise nationale par arrêté ministériel.
Yakaar-Teranga figure parmi les plus importantes découvertes de gaz en eaux profondes en Afrique de l’Ouest, avec des ressources récupérables estimées à environ 25 trillions de pieds cubes (environ 708 milliards de mètres cubes). Le projet s’inscrit dans la stratégie nationale « Gas-to-Power » et « Gas-to-Industry », visant à réduire les importations d’énergie, alimenter les centrales électriques et soutenir l’industrialisation du pays.
Selon nos sources, Petrosen cible une décision finale d’investissement (FID) avant la fin de l’année 2026, avec une première production de gaz prévue entre fin 2028 et début 2029. Une phase initiale pourrait atteindre environ 150 millions de pieds cubes par jour. L’entreprise a déjà lancé plusieurs études de concepts en collaboration avec des acteurs internationaux comme Subsea7, Baker Hughes, Wison et Turkish Petroleum.
Un virage souverainiste
Ce développement s’inscrit dans la politique de réaffirmation de la souveraineté énergétique portée par le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko. Après le retrait de BP en 2023 et celui de Kosmos, Dakar entend désormais piloter directement les grands projets hydrocarbures afin de prioriser les besoins nationaux tout en gardant ouverte l’option d’exportations de GNL.
« Nous voulons donner à Petrosen, qui dispose de l’expertise, l’opportunité de développer ce projet pour répondre aux besoins domestiques en gaz », avait déclaré le ministre de l’Énergie Birame Souleye Diop.
Défis de financement et de mise en œuvre
Malgré ces ambitions, des défis majeurs persistent. Le développement en eaux profondes nécessite des investissements colossaux en infrastructures (têtes de puits, pipelines, unités de traitement). Dans un contexte de tensions sur la dette publique sénégalaise, la question du montage financier reste centrale : recours à des partenaires techniques, financements internationaux ou multilatéraux, ou encore mécanismes de project finance ?
Petrosen prévoit d’investir environ 100 millions de dollars en 2026 pour accélérer l’exploration onshore et offshore, mais le coût total de Yakaar-Teranga pourrait largement dépasser les 3 milliards de dollars selon certaines estimations.
Les observateurs soulignent également les risques techniques et opérationnels liés à l’absence d’un grand major international comme opérateur principal. Cependant, les autorités sénégalaises mettent en avant le renforcement des capacités locales et les transferts de technologies déjà engagés.
Contexte régional positif
Ce projet intervient alors que le Sénégal enregistre de bons résultats sur d’autres fronts gaziers. Les champs Sangomar (pétrole) et Greater Tortue Ahmeyim (GTA, gaz transfrontalier avec la Mauritanie) ont récemment affiché des performances de production solides, avec les premières cargaisons de GNL expédiées.
Yakaar-Teranga pourrait ainsi consolider la position du Sénégal comme futur hub gazier régional, à condition que les défis de financement et d’exécution soient surmontés dans les délais impartis.
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